Colombe St-Pierre et sa brigade ont concocté huit recettes dont elles ignoraient totalement la provenance.

Colombe St-Pierre au Gelinaz! Shuffle

RIMOUSKI — Pour la deuxième fois en carrière, Colombe St-Pierre du Restaurant Chez Saint-Pierre a, mardi, relevé le défi complètement fou du Gelinaz! Shuffle. À la différence de celui de 2015, où la cheffe de Rimouski était partie cuisiner à Stockholm durant cinq jours pendant qu’un chef parisien s’était installé dans sa cuisine du secteur du Bic, la réputée cuisinière a concocté un repas composé de huit services basé sur autant de recettes d’un chef dont elle ignorait la provenance dans le monde.

À 22h, un journaliste avait la tâche d’annoncer à la trentaine de convives du restaurant bas-laurentien ainsi qu’à la cheffe St-Pierre et sa brigade la provenance des huit plats. C’est l’autrice de ces lignes qui a eu le privilège de leur apprendre qu’ils avaient mangé des mets créés par Sung Anh de Séoul, en Corée du Sud. «Je le savais», s’est immédiatement écriée l’extravertie Colombe St-Pierre, qui avait avoué être certaine, pendant qu’elle imaginait les recettes, qu’il s’agissait assurément de recettes asiatiques, voire coréennes ou japonaises.

L’événement gastronomique international complètement déjanté, qui est considéré par certains comme le plus grand délire culinaire de la planète, se rapproche davantage de la performance artistique. Pendant un soir, 148 chefs dans 138 restaurants de 38 pays se sont échangé des recettes pigées au hasard, sans en connaître la provenance. Par souci de n’émettre aucune émission de gaz à effet de serre, le Gelinaz! Shuffle a, pour la première fois, refusé les voyages en avion, tout en n’érigeant aucune frontière. Ce sont plutôt les recettes qui ont voyagé.

La cheffe-propriétaire de Chez Saint-Pierre dit ne pas avoir trouvé le défi difficile. «J’adore les défis», a-t-elle lancé avec assurance. «Ce sont des événements qui sont construits autour de la créativité. On nous proposait des recettes, mais le but, c’était de les interpréter, d’essayer de s’inspirer d’une cuisine d’une autre culture, de la faire renaître avec nos produits, notre culture et notre interprétation de ces recettes. C’est un échange interculturel monumental. Je suis une voyageuse. Donc, ce n’est pas du tout déroutant pour moi!»

Colombe a dû modifier un peu quelques recettes à cause de la disponibilité des produits. Par exemple, elle a préféré changer le homard qui est seulement vendu en vivier en hiver par de la pieuvre et le maquereau par du thon rouge de la Baie des Chaleurs. Voici quelques exemples de plats qui ont été servis par l’équipe de Chez Saint-Pierre : pétoncle et calmar, jus émulsionné de fermentation de légumes de saison; tartelette de crevettes nordiques, mousse de beurre de homard et radis roses en brunoise; flan d’algues et soya biologique, œufs de harengs marinés à l’huile de sapin baumier, riz noir soufflé et oreilles de Judas. 

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LES RECETTES DE COLOMBE CUISINÉES EN AUSTRALIE

C’est le chef Dan Hunter de Birregurra en Australie qui a cuisiné les huit recettes de Colombe St-Pierre. La lauréate d’un Laurier en 2018 ne lui a pas simplifié la tâche. 

«Les recettes étaient beaucoup plus racontées que notées», explique-t-elle. «On avait un service de courges et de consommé à la tomate avec des légumes de garde. On leur a fait faire un feu parce que, pour nous, la cuisson sur feu de bois, c’est quelque chose d’important. C’est difficile à contrôler, mais ça nous ramène à nos origines un peu plus primates. Le premier service, c’était la mignardise. Pour faire référence au réchauffement climatique, on l’emprisonnait dans un bloc de glace et les gens pouvaient la manger seulement à la fin du repas. Il y avait une grosse référence à l’hiver.»

Outre Colombe St-Pierre, les deux seuls autres chefs du Canada qui participaient à l’événement étaient Dyan Solomon du Foxy et Marc-Olivier Frappier de Mon Lapin!, deux établissements de Montréal.