Certains optent encore pour les funérailles dans les églises, mais ils se butent parfois à un nouveau problème: le manque de disponibilité des prêtres, qui sont de plus en plus rares, indique Sylvain Roy, copropriétaire et directeur des opérations chez Harmonia.

Réinventer les funérailles: dire adieu autrement

Nouvelles croyances, athéisme, familles multiconfessionnelles: les gens désertent de plus en plus les églises au moment de dire adieu à leurs proches. Les cérémonies funéraires, plus créatives et décloisonnées que jamais, ont changé considérablement le visage des services funéraires.

«Les rituels changent à vitesse grand V ces dernières années», confirme Sylvain Roy, copropriétaire et directeur des opérations chez Harmonia, une entreprise née à Saint-Apollinaire au tournant des années 2000, avec l’intention de faire les choses différemment dans le domaine funéraire. «Les gens font de plus en plus de cérémonies d’adieu en présence des cendres, avec des hommages. On a conçu des bureaux de planification et élaboré un réseau de salles, qu’on appelle des milieux de vie, où les gens peuvent faire des cérémonies davantage à leur image et signifiantes», ajoute-t-il. 

Parmi cette centaine de lieux: musées, terrains de golf, clubs nautiques, milieux naturels comme les domaines Cataraqui ou Maizerets. Il note aussi une certaine demande pour des cérémonies à la maison. Certains optent encore pour les funérailles dans les églises, mais ils se butent parfois à un nouveau problème: le manque de disponibilité des prêtres, qui sont de plus en plus rares, note Sylvain Roy.

Encore un rite important

Officiées par des célébrants religieux ou neutres, parfois dans un complexe funéraire, parfois dans des endroits inusités, les cérémonies restent ancrées dans les habitudes. «Que ce soit de façon privée ou publique, le moment de recueillement est de plus en plus important pour les familles», soutient Annie Saint-Pierre, directrice de la Corporation des thanatologues du Québec. «L’offre est illimitée tant et aussi longtemps que ça demeure dans le respect de la personne décédée et de ceux qui restent», ajoute-t-elle. 

Depuis une quinzaine d’années, certains repères ont disparu avec le retrait des gens de la religion. «On travaille constamment à refaire nos services, à moderniser nos produits», précise Annie Saint-Pierre. 


« Il ne faut pas tomber dans l’excès. Ce n’est pas en édulcorant le moment que le deuil sera plus facile à traverser. Il y a un grand défi pour la société québécoise de réinventer les rites funéraires »
Sylvain Roy, copropriétaire et directeur des opérations chez Harmonia, une entreprise de Saint-Apollinaire

Sylvain Roy n’hésite pas à dire que le milieu funéraire a été un domaine «très sclérosé» dans le passé. Les compagnies funéraires, plaide-t-il, ont le devoir de proposer de nouvelles façons de faire à leurs clients, qui se retrouvent un peu perdus quand ils n’optent pas pour le traditionnel duo exposition au salon/funérailles à l’église. 

«Il ne faut toutefois pas tomber dans l’excès», avertit-il, alors qu’il y a une certaine tendance à vouloir rendre l’événement joyeux à outrance, d’occulter la tristesse de la mort. «Ce n’est pas en édulcorant le moment que le deuil sera plus facile à traverser. Il y a un grand défi pour la société québécoise de réinventer les rites funéraires», soutient-il.

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UN GRAND BESOIN DE CÉLÉBRANTS

Le changement profond dans la façon de concevoir les rites de passage de la vie a amené Geneviève Lemay, anthropologue de formation, à s’intéresser à la profession de célébrant. Quand elle a voulu se marier, il y a plusieurs années, elle s’est retrouvée devant un grand vide et s’est mariée à l’Église, un peu malgré elle. Elle est ensuite devenue célébrante de mariage, avant de constater que le besoin se faisait encore plus criant dans le domaine funéraire. 

Avec d’autres officiants, elle a créé l’Association des célébrants de la vie, pour essayer de professionnaliser le métier. Il faut suivre une formation de neuf heures pour en devenir membre. «J’ai lancé notre association parce que je voyais qu’il y avait un grand besoin actuellement au Québec d’une ressource humaine compétente capable d’animer des cérémonies sans affiliation religieuse. Il n’y avait pas d’encadrement éthique, un peu tout le monde faisait n’importe quoi», explique Geneviève Lemay.

Diversité de croyances

Sur le terrain, elle constate un désir important de ses clients d’avoir des cérémonies ouverte sur la diversité de religions et de croyances. «J’ai fait des études en sciences des religions et on réalise que ce n’est pas nécessairement vrai que les gens ont rejeté la religion. Ils vont refuser de se faire contrôler par une institution. Les gens ont encore beaucoup de croyances religieuses, mais elles vont être extrêmement diversifiées», témoigne-t-elle.


« On réalise que ce n’est pas nécessairement vrai que les gens ont rejeté la religion. Ils vont refuser de se faire contrôler par une institution. Les gens ont encore beaucoup de croyances religieuses, mais elles vont être extrêmement diversifiées »
Geneviève Lemay, anthropologue

Ainsi, elle a déjà officié une cérémonie funéraire pour un homme d’origine indienne, qui avait été bouddhiste une grande partie de sa vie, mais était agnostique au moment de sa mort. Son fils était un «athée radical» et sa fille, «une évangéliste passionnée». Comment on s’y prend pour rassembler tout ce beau monde? «C’est un art qui se développe, ça prend de la créativité», opine-t-elle. 

«J’ai développé des trucs que j’enseigne à mes célébrants, pour servir la diversité de croyances, poursuit Geneviève Lemay. D’abord, il faut toujours rester neutre. Souvent, les gens vont me demander un Notre Père, par exemple. Je vais dire: “La famille me demande de vous proposer de faire un Notre Père, et ceux qui le souhaitent peuvent m’accompagner”. C’est une façon que j’ai d’introduire chacun des gestes religieux comme étant non pas ma décision à moi en tant que célébrante, mais comme mandataire que ce que la famille m’a demandé.»

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DES FUNÉRAILLES... AVANT LA MORT

Assister à ses funérailles de son vivant, une idée saugrenue? Pas tant que ça, selon Marie-Ève Chamberland, fondatrice de l’entreprise Un Cadeau du ciel. Avec Jean-Marie Lapointe, elle a créé le concept d’Hymne à la vie, une cérémonie qui se passe du vivant d’une personne mourante. «Dans un contexte où la personne est en fin de vie, on crée avec elle et pour elle, avec ses proches, une célébration de la personne qu’elle a été. Pour nous, l’idée n’est pas de mettre de côté les funérailles, elles ont leur raison d’être. On veut plutôt les compléter», explique l’entrepreneure. Depuis la création du produit, relativement récente, elle dit avoir constaté de visu l’impact positif d’une telle démarche. «Ça a été confirmé par plusieurs experts que ça peut apporter des bienfaits, tant pour la personne qui quitte que pour ceux qui restent. Ça facilite le deuil. C’est ce qui nous a poussés à aller vers l’avant», raconte celle dont l’entreprise se spécialise aussi dans l’héritage affectif, des cadeaux qu’on peut laisser à ses proches après son décès, et dans l’accompagnement dans le deuil.