Bulgarie: coup de foudre non programmé [PHOTOS]

Valérie Marcoux
Valérie Marcoux
Le Soleil
Ils viennent du Québec, mais sont partis vivre aux quatre coins du monde. Pour le travail, par amour, pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Le Mag vous les présente et vous décrit leur quotidien. Tranches de vie.

NOM: René Lavoie
ÂGE: 55 ans
PROFESSION: Programmeur informatique dans le domaine du jeu vidéo

René Lavoie dans les vieilles montagnes pendant une pause.

TRAJECTOIRE
«J’ai vécu au Québec toute ma vie. Ma dernière ville d’adoption avant mon départ en Bulgarie fut Québec. J’ai travaillé comme programmeur informatique dans le domaine du jeu vidéo pendant 20 ans. Je me passionne pour l’alliage de l’art et de la technologie. J’ai toujours eu envie d’un jour vivre ailleurs. À mon dernier emploi au Canada, j’étais programmeur d’interface chez Ubisoft à Québec. Un jour, Ubisoft m’a demandé si je voulais aller aider sur un projet au studio de Sofia en Bulgarie pour trois mois. Je ne connaissais rien de la Bulgarie sinon que c’était en Europe de l’Est.»

Véliko-Tarnovo est l’ancienne capitale de la Bulgarie.

RAISON
«J’ai eu le coup de foudre pour ce pays. J’en ai parlé avec quelques collègues de Sofia et ils m’ont dit que le studio me prendrait sûrement. J’en ai parlé avec les ressources humaines et ils m’ont immédiatement fait une offre. Le processus d’obtention du visa de travail a duré neuf mois. Ce ne fut pas facile, mais j’étais déterminé. À l’époque j’avais 50 ans, aucune relation amoureuse, mais ce ne fut pas une décision facile d’abandonner mes amis, ma famille et mes chats. Aujourd’hui, après cinq ans, je ne regrette rien.»

Des chevaux sauvages rencontrés dans les vieilles montagnes.

LE PLUS DUR À APPRIVOISER
«Le plus dur pour moi fut la langue. Le bulgare est une langue slave. Les Bulgares sont les inventeurs de l’alphabet cyrillique. La majorité ne parle pas anglais. Au début, j’étais désorienté. En plus, les signes de tête pour le oui et le non sont inversés. J’ai aussi trouvé difficile de m’adapter à la culture du travail. La Bulgarie fut sous un régime communiste de 1944 à 1989. La culture du travail en est encore influencée.»

La Bulgarie partage la mer noire avec la Roumanie, la Moldavie, l’Ukraine et la Grèce.
Célébrations dans les rues de Pernik, en pleine compétition de costumes.

AUJOURD’HUI JE VIS COMME UN BULGARE PARCE QUE…
«J’aime ce pays qui a une culture riche et colorée. J’admire la passion des Bulgares pour leur histoire. La Bulgarie est un vieux pays. Il a passé à travers beaucoup d’épreuves, dont l’occupation turque et le communisme. C’est un peuple résilient et courageux. En Bulgarie, j’ai découvert la randonnée en haute montagne. Sofia est située tout près du mont Vitocha. Mon épouse et moi y allons toutes les fins de semaine. J’ai découvert l’amour en Bulgarie : j’ai fréquenté une Bulgare pendant deux ans et nous avons décidé de nous marier. Passionné de photographie, je suis aussi tombé amoureux des forêts et des montagnes majestueuses de ce pays.» 

Parade dans la ville de Kopribstitsa en l’honneur de la fin de l’occupation turque qui a commencé dans cette ville.

JE MANGE
«La culture culinaire bulgare est influencée par la Turquie et la Grèce. On y trouve beaucoup de viandes. Un repas traditionnel serait une salade composée de tomate, concombre, poivron vert et fromage blanc, accompagnée d’une eau-de-vie appelée rakia. Après la salade vient une soupe appelée shkembe : des tripes de bœuf bouillies et servies dans un bouillon de lait avec de l’ail et du piment fort. Comme plat principal, j’apprécie le mish-mash : un plat d’œufs brouillés avec du poivron vert et du fromage blanc. Traditionnellement, les Bulgares distinguent deux fromages : le blanc et le jaune. Le fromage blanc est ce que nous appelons féta et le fromage jaune est proche du cheddar, mais plus gras.»

J’HABITE
«Au centre-ville de Sofia, la capitale. J’aime beaucoup Sofia pour son accessibilité; le réseau de transport est très bien organisé et abordable. Les gens aiment beaucoup les parcs et la ville en est remplie. On y trouve plein d’arbres à fruits : pruniers, poiriers, figuiers, abricotiers... Au printemps, c’est vraiment beau de voir tous ces arbres en fleur. La ville aussi est remplie d’arbres. Par contre, c’est une des villes les plus polluées d’Europe. Sofia est entourée de chaînes de montagnes. S’il n’y a pas de vent, la pollution reste. Je compense en allant à la montagne, au-dessus de la pollution, pour prendre du grand air.»

Village de Melnik, un des plus vieux endroits où l’on fabrique du vin en Europe.

UN BON COUP DE MA VILLE D’ADOPTION QUE JE RAPPORTERAIS AU QUÉBEC
«Le gouvernement bulgare laisse plus les gens vivre tranquille. Ici, il y a moins de restrictions, concernant la consommation d’alcool par exemple. Je peux boire une bière tranquille dans un parc. Je peux acheter une bouteille de rakia fait maison. Je peux acheter du lait cru provenant de la ferme. On trouve dans les rues des vieilles dames qui vendent leurs produits du jardin sans que cela nécessite un permis.»

MON PAYS D’ADOPTION À L’HEURE DE LA COVID-19
«Le gouvernement a ordonné l’état d’urgence. Tous les commerces, bars, salles de spectacle sont fermés. Seuls les centres d’alimentation et les pharmacies sont ouverts. Plusieurs personnes sont sans travail. Je travaille de la maison heureusement. La ville de Bansko est en quarantaine à cause de plusieurs cas détectés. Ce qui me rassure, c’est que les gens ici ont vécu une situation similaire pendant le communisme. Les gens s’entraident beaucoup. Je ne crois pas que ce sera la panique. Le système de santé est bien organisé.»

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