Parmi les gins arrivés récemment en SAQ: Gros Gin de la Distillerie Fils du Roy

Québec, planète gin!

Il y a trois ans, Le Soleil écrivait que le Québec serait bientôt pris d’assaut par les microdistilleries. En 2019, c’est chose faite! Et le gin a définitivement la cote auprès des Québécois, alors que l’offre pour ce spiritueux distillé chez nous s’est décuplée!

Plus d’une soixantaine de gins québécois se retrouvent désormais sur les tablettes de la Société des alcools du Québec (SAQ), qui vient d'ailleurs de lancer des pastilles de goût pour aider à s'y retrouver. En l’espace de deux ans, les ventes ont triplé, passant de 12 millions$ en 2016-2017 à 36 millions$ en 2018-2019, selon les chiffres de la SAQ.

En 2015, la Distillerie du St. Laurent, à Rimouski, était alors en cours d’élaboration, et moins de 10 microdistilleries étaient en activité dans la province. On en compte aujourd’hui plus d’une cinquantaine, dont quatre dans la région de Québec.

Pionnière dans la capitale, Vice & Vertu Distilleries a ouvert ses portes à l’automne 2017 à Saint-Augustin-de-Desmaures. L’entreprise a depuis lancé deux gins, BeOrigin et BeDirty, et son dernier-né, l’eau-de-vie AquaVice, vient tout juste de faire son entrée à la SAQ.

Parmi les gins arrivés récemment en SAQ: Gin Citrus de la Distillerie du St. Laurent

La Distillerie de Québec a suivi, d’abord avec le lancement du gin Trait-Carré et de la vodka Cap Diamant, puis avec l’apparition du gin vieilli Trait-Carré 1665. 

Récemment, c’était au tour de la Distillerie des Appalaches de lancer le Kepler Gin (voir autre texte), puis de la Distillerie Stadaconé de faire découvrir pas moins de trois gins: Rouge, Bleu et Noir.

Certains établissements proposent aussi leur création exclusive, notamment la Maison Livernois, dans le Vieux-Québec, qui offre le Jules-Ernest, un gin aux arômes de thym et de citron embouteillé à la Distillerie Menaud dans Charlevoix. Le restaurant Ciel! offre de son côté le gin L’Horizon, produit par l’Absintherie des Cantons à Granby, qui met en valeur les épices du nord du Québec.

Parmi les gins arrivés récemment en SAQ: gin Rouge de la Distillerie Stadaconé (aussi Bleu et Noir)

Faire sa marque

Bouteille au design attrayant, voire provocateur, clin d’œil à l’histoire, gin coloré ou aromatisé, ajout d’ingrédients du Québec… au-delà de la réputation qu’ont déjà acquis certains gins québécois, tous les moyens sont bons pour se démarquer dans un marché où la compétition est de plus en plus féroce.

Par exemple, le BleuRoyal, conçu par BluePearl Distillery à Montréal et lancé en décembre dernier, est rapidement devenu l’un des gins les plus vendus en SAQ. Sa particularité: sa teinte bleue, provenant de la fleur de pois papillon, qui vire au mauve lorsqu’on y ajoute un peu de citron ou du tonique.  

Plusieurs événements

En novembre dernier, le Gin’s Club a organisé la toute première semaine consacrée au gin dans la capitale. Dix-huit distilleries, majoritairement québécoises, étaient en vedette dans plus de 30 restaurants de Québec et de Lévis, qui ont créé des cocktails exclusifs pour l’occasion. Le Gin Week sera de retour en novembre, indiquent les organisateurs au Soleil — les dates exactes sont à confirmer.

Parmi les gins arrivés récemment en SAQ: Betchwan de la Distillerie Puyjalon

Mais avant, le 26 septembre, la 8e Soirée découverte du Gin’s Club se tiendra au nouveau Diamant, où les participants pourront déguster les produits des distilleries québécoises Stadaconé, des Appalaches, du St. Laurent, Puyjalon (Havre-Saint-Pierre) et Mitis. (Info: facebook.com/GinsClub)

Signalons aussi la tenue d’une soirée dégustation de gins québécois, le 6 novembre, au profit du Centre de pédiatrie sociale de Lévis, où six distilleries du Québec seront à l’honneur: Noroi, Puyjalon, du Fjord, Stadaconé, des Appalaches et Fils du Roy. (Info: facebook.com/events/653362671735870)

Devant la multiplication des spiritueux québécois, un premier festival leur étant entièrement consacré s’est tenu à Montréal il y a deux semaines: pas moins de 26 distilleries ont pris part à TRIBUTE, une initiative de l’Association des microdistilleries du Québec (AMDQ) et de l’Association des distilleries artisanales du Québec (ADAQ).

Dans la capitale, l’événement Bulles, whisky et Cie consacre une section grandissante aux spiritueux québécois.

Parmi les gins arrivés récemment en SAQ: gin Mugo de la Distillerie Mitis

Bientôt le whisky?

Pourquoi tant de microdistilleries se lancent-elles dans le gin? Parce qu’il est rapide à produire. Quelques jours seulement, comparativement à au moins un an pour le rhum, et trois ans pour le whisky, qui doivent vieillir en barrique. 

Une façon de rentabiliser plus rapidement son investissement, donc. Mais plusieurs distilleries se sont déjà lancées dans la production, ce qui laisse présager que les whiskys québécois devraient eux aussi se multiplier dans les prochaines années. 

L’été dernier, les fondateurs de la Distillerie de Québec confiaient au Soleil élaborer un rhum et un whisky. À la Distillerie Stadaconé, on a indiqué vouloir produire éventuellement du whisky, de la vodka, du rhum et de l’absinthe.

Quant à Vice & Vertu, le fondateur Franck Sergerie espère que son whisky en cours de vieillissement, élaboré à partir de grains locaux, sera prêt en 2022. La distillerie se lance également dans la production de vodka à partir de son propre alcool, et un premier lot de 200 bouteilles de gin vieilli deux ans sera prêt sous peu.

Des baies de genévrier

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LE KEPLER EN ORBITE

Avant même son arrivée toute récente à la SAQ, le premier gin lévisien, Kepler, brillait déjà début juillet en recevant une médaille d’or au prestigieux Gin Masters 2019 de Londres.

Fait particulier, la Distillerie des Appalaches fabrique son propre alcool neutre, à partir duquel sera élaboré son gin. «On est une des cinq distilleries qui font leur propre alcool au Québec. Il est fait de maïs, d’orge malté et de seigle malté», signale Dave Ricard, l’un des trois fondateurs et pdg de la microdistillerie lévisienne.

«C’est d’ailleurs l’ajout de seigle, qui rappelle l’odeur du bon pain, qui a retenu l’attention des juges à Londres», ajoute fièrement Patrick Morin, maître distillateur et cofondateur. 

À cet alcool, on ajoute plusieurs aromates qui constituent la «recette» du Kepler et qui proviennent en grande majorité de la rive sud de Québec et d’ailleurs en province: des fleurs de sureau séchées; des baies de genévrier et de la coriandre — «les classiques de tout gin»; du thé du Labrador frais fourni par des cueilleurs de Chicoutimi; du pamplemousse (les pelures, en fait, qui sont récupérées); des canneberges séchées, qui confèrent un petit côté caramélisé; des baies d’argousier de la Beauce; des bleuets sauvages.

Parmi les aromates qui parfument le gin Kepler, on remarque notamment le thé du Labrador, les baies d’argousier et les bleuets.

Dans l’entrepôt du Parc industriel de Lauzon où la Distillerie des Appalaches s’est installée en février, les amateurs de gin sont accueillis sur place depuis la mi-juillet. «C’était juste une semaine après avoir reçu notre médaille, il y avait une longue file de gens qui attendaient dehors!» s’exclame M. Ricard.

Les jeudis et vendredis de 15h à 19h, et certains samedis, on peut déguster et acheter sur place le Kepler et rencontrer ses artisans. 

Au fait, pourquoi Kepler? «Avec ce clin d’œil à l’astronome [Johannes Kepler], on voulait un nom avant-gardiste, moderne et futuriste, qui ouvre de nouveaux horizons», explique Dave Ricard. La bouteille rappelle d’ailleurs la vue à travers un télescope, où on aperçoit des étoiles.

Le gin Kepler affiche une image futuriste, signée LG2

Autres produits

S’ils sont très fiers de leur gin et de l’accueil qui lui est réservé, les associés de la Distillerie des Appalaches sont bien conscients que le marché commence à être saturé. Voilà pourquoi ils planchent déjà sur la création d’un rhum à l’érable — le troisième cofondateur, Kevin Pelletier, est d’ailleurs aussi distributeur de sirop d’érable.

Ce rhum, baptisé Moins 40, qui vieillit en fût de chêne, devrait être prêt au printemps 2020, indique M. Ricard.

Patrick Morin et Dave Ricard, deux des trois cofondateurs de la Distillerie des Appalaches

Éventuellement, les acolytes aimeraient aussi faire un gin qui aura vieilli un ou deux mois dans les barils ayant servi au rhum à l’érable. Et du whisky, également, «mais sans attendre trois ans qu’il soit prêt. On pense à un whisky blanc ou moonshine», qui n’a pas (ou peu) vieilli en fût de chêne. 

Pour suivre les projets de la distillerie : keplergin.com et facebook.com/Keplerdrygin

Les nouvelles pastilles de gin de la SAQ