Pour ou contre les lutins de Noël?

Pris au jeu

Au début, je n’y croyais pas plus qu’à l’existence des lutins eux-mêmes. Inventer un mauvais tour par jour? Par-dessus toutes les autres responsabilités parentales? Et on veut me faire croire qu’après trois jours, ça va me faire un effet différent de celui d’une brassée de lavage?

Mais il est arrivé la même chose que lorsque je commence à construire une toupie en Lego (un classique chez nous) avec mes garçons et que je finis par y passer une demi-heure parce que, finalement, je veux en faire une grosse : je me suis laissé prendre au jeu, j’ai voulu faire des tours de plus en plus gros ou originaux, et… eh ben, j’ai fini par y prendre un peu goût, ma foi.

Bien sûr, ça m’a valu quelques regards en coin de papas qui trouvaient que je plaçais la barre haute, comme la fois où j’ai transformé un tabouret en avion à lutin avec des boîtes de carton.

La fois où j'ai transformé un tabouret en avion à lutin avec des boîtes de carton.

Ou des regards réprobateurs de parents qui se demandaient si mes tours n’étaient pas un peu déplacés — comme quand un lutin a vidé ma caisse de bière, dans laquelle il s’est endormi, et qu’il a vomi sur la table. (Qu’on se rassure, il s’agissait de gruau avec du colorant vert.)

Et bien sûr, comme l’imagination humaine, ou du moins la mienne, n’est pas infinie, les tours finissent souvent par tourner autour des mêmes thèmes. Les lutins chez moi ont un penchant marqué pour les bobettes : sortir toutes les bobettes des enfants et les lancer dans le sapin de Noël, guirlandes de bobettes, bobettes sur la tête des toutous, etc.

Un des «pires» tours que les lutins m’ont faits : me raser seulement un côté du visage pendant que je faisais la sieste.

Mais en général, les idées viennent d’elles-mêmes, et ce ne sont forcément pas les plus élaborées qui font le plus d’effet de toute manière — les jeux de cherche et trouve parce que les lutins se sont cachés remportent toujours un vif succès.

Et quand j’entends, chaque matin, les «Oh!» et les «Ah!», les pas de course des enfants qui cherchent et leurs rires quand ils trouvent, je me dis que je vais certainement recommencer la nuit prochaine.  Jean-François Cliche

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Ah! ces gredins

Il y en a qui détestent les clowns. Moi je déteste les lutins de Noël. 

Ils sont là, à nous narguer avec leurs petits yeux figés et leur visage anguleux, prêts à reprendre du service le premier jour de décembre. Le sac de farine éventré, les rouleaux de papier de toilette déroulés, les bobettes suspendues dans le sapin... AU SECOURS!

Dès que la mode a été lancée, je me suis opposée. Mes enfants étaient petits et rêvaient qu’un lutin «coquin» nous adopte pour faire les 400 coups. Mais leur maman répondait inlassablement : «Non mes chéris, c’est du marketing»... avec explications de circonstances. C’est qu’ils ne sont pas donnés, en plus, ces gredins! Et bien souvent, chaque enfant veut le sien.

Mais voilà, deux amis de mon conjoint, outrés par notre manque de magie parentale en période de l’avent, ont décidé de nous donner une leçon. 

Un soir de décembre, minuit passé, ils sont venus incognito corriger le tir ou perpétrer leur crime, selon les points de vue. Ils ont littéralement ligoté notre voiture et l’ont coiffée d’énormes choux. Puis les malfrats ont suspendu les deux lutins coupables au rétroviseur et à un buisson.

Un matin de décembre moins neigeux que cette année, deux lutins ont ligoté notre voiture.

Jusque-là, j’avais plein contrôle la nuit dans ma maison. Mais le lendemain arrivé, des cris de joie ont fusé du rez-de-chaussée. Mes petits chéris, à qui j’avais expliqué mille et une fois la stratégie mercantile derrière les lutins de Noël, en ont fait fi et sont tombés dans le panneau. Trop heureux de voir ma mine déconfite... «Tu vois bien, maman, ils existent!»

Devant ce coup monté de main de maître, je n’ai pu que m’incliner. Et photographier un lutin avec un bras d’honneur, en guise de réponse aux vilains démasqués, ravis et hilares.  Alexandra Perron

- À Hugues et à Martin, qui se reconnaîtront assurément!

Ma réponse aux malfaiteurs