La Cabane du pêcheur est un concept sympathique qui permet de commander à la fenêtre comme au casse-croûte, puis de déguster des plats qui font rêver de la mer.
La Cabane du pêcheur est un concept sympathique qui permet de commander à la fenêtre comme au casse-croûte, puis de déguster des plats qui font rêver de la mer.

Pour emporter: Cabane du pêcheur, belles prises

CRITIQUE / C’est l’été, il fait chaud, alors on est retournés manger dehors en testant la Cabane du pêcheur, la formule «à la fenêtre» de la Brasserie Les Mordus. Fans de fish and chips, notez bien cette adresse.

Malgré les nuages gris qui s’entassent au-dessus de la ville, c’est un mardi soir étouffant qui nous voit déambuler dans un Vieux-Québec anormalement désert pour un début juillet. Quelques touristes anglophones s’épongent le front en consultant leur cellulaire près de la boutique de Noël, des clients sont attablés en grappes éparses aux terrasses, mais sinon, les rues sont d’un calme troublant.

Avant d’arriver au Clarendon, David et moi jetons un œil au nouveau bistro Alphonse, dans l’ancienne caisse populaire : animé, bellement décoré, on lui souhaite du succès en cette période difficile.

Mais c’est la bouffe d’un autre resto que nous allons goûter ce soir, soit le menu pour emporter servi à la fenêtre de la Brasserie Les Mordus, qui a à peine eu le temps d’ouvrir en décembre dernier avant de devoir fermer trois mois plus tard pour vous-savez-quoi.

Les arancinis façon paella et la guédille au homard et crevettes nordiques, garnie de savoureux pickles de fenouil.

Petite confusion chez la serveuse qui nous accueille dehors : de derrière sa visière, elle nous indique qu’il faut commander à l’intérieur pendant les heures d’affluence en salle. Ah bon? Peut-être est-ce pour respecter la distanciation avec les clients sur la terrasse? Déçus de ne pouvoir vivre l’expérience promise, nous entrons et commandons — dans les jours suivants, un échange de courriels avec l’une des propriétaires m’apprendra qu’il s’agit d’une erreur de la part de son personnel, et que le service à la fenêtre a lieu en tout temps.

Quinze minutes plus tard, nous nous attablons aux jardins de l’Hôtel-de-Ville, près des jeux d’eau où des enfants s’amusent en trottinette, en bobettes, ou en courant yeux fermés et bouche ouverte. Leurs cris de joie constitueront une parfaite trame sonore à ce repas estival.

La mer n’est pas si loin

En déballant les plats, je constate que la guédille a été oubliée. Je retourne la chercher, et nous pouvons enfin commencer.

Qu’attend-on d’un calmar frit? Chair tendre et panure croustillante. On peut cocher les deux dans ce cas-ci, et excuser le léger excès de sel. Une relish de tomates aux herbes salées du Bas-du-Fleuve assure l’apport en acidité.

Les arancinis ont été joliment réinventés par les soins du chef Jonathan Jeanrie et sont interprétés façon paella, avec riz au safran, chair de crevettes et de poulet, chorizo, crème et parmesan, en plus d’une crémeuse aux moules et maïs qui se déguste très bien toute seule. Encore une fois, les conditions gagnantes sont réunies : c’est moelleux dedans, craquant dehors, et goûteux. Quelques légumes s’invitent sous forme de salade de roquette avec grains de maïs et dés de tomate.

Costaude, la guédille oubliée est garnie de savoureux pickles de fenouil et d’une pince de homard dodue. Le pain grillé a été généreusement beurré, mais la préparation qu’il contient est timide côté crevettes nordiques et homard; c’est surtout le goût du concombre qui ressort. Un détail facile à corriger. D’une extrême minceur, les chips maison doivent être mangés rapidement, car l’humidité ambiante a vite raison de leur craquant.


« Sans le savoir, nous avons gardé le meilleur pour la fin : le fish and chips, qui fait figure de modèle du genre »
Sophie Marcotte

Sans le savoir, nous avons gardé le meilleur pour la fin : le fish and chips, qui fait figure de modèle du genre. Morceaux de morue charnus et floconneux (A+ pour la cuisson), panure pas trop épaisse qui laisse s’exprimer ce qu’on désire : la saveur du poisson. Elle est ici présente, et avec les goélands qu’on entend crier au loin et les petits qui jouent dans l’eau en riant, on s’imagine aisément au bord de la mer. Il faut aussi saluer la qualité des frites de style casse-croûte, brunes et molles, mais surtout de la sauce tartare généreuse en câpres qui lui donnent un coup de fouet salé. Ne manquent que deux sachets de ketchup et plus de liant à la salade de chou pour que ce plat obtienne une note parfaite.

Songeant sérieusement à déboutonner mes shorts, je repousse à plus tard la consommation du gâteau des Mordus (un peu dans le genre pudding anglais avec sauce au caramel, qui s’avérera correct, mais pas renversant). Pour le moment, je ne me lasse pas d’observer une fillette d’un an et des poussières slalomer maladroitement entre les jets d’eau, hurlant de bonheur, et je meurs d’envie de partager son insouciance en cet étrange été.

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Cabane du pêcheur des Mordus
57, rue Sainte-Anne
Commandes à la fenêtre tous les jours de 9h à 21h
Entrées et plats de 12 $ à 24 $    
Coût de l’addition pour un repas pour deux (deux entrées, deux plats, un dessert), avant taxes et pourboire : 82 $