Un village de pêcheurs pousse sur les glaces du fleuve à Boischatel

Vingt-deux cabanes de pêche, un nombre record, sont installées sur le fleuve Saint-Laurent cette année, à la hauteur de Boischatel. Situés dans une baie au nord de l'île d'Orléans, les pêcheurs sont à l'abri du va-et-vient des bateaux et peuvent compter sur une glace de plus d'un mètre d'épaisseur pour s'adonner à leur loisir hivernal.
On y pêche le poulamon, communément appelé «petit poisson des chenaux». Mais ce qui a surtout amené la première cabane à s'installer, il y a une dizaine d'années, c'est le corégone, un poisson à chair blanche qui a recommencé à frayer dans cette partie du fleuve il y a peu de temps. «C'est parce que l'eau est plus propre», soutient Serge Lachance, l'un des propriétaires de cabanes, en montrant une eau cristalline, très différente de l'eau brunâtre d'il y a 20 ans.
Au fil des ans, le bouche-à-oreille à fait la réputation de l'endroit, connu non seulement des pêcheurs, mais des sportifs qui s'adonnent au snowkite, des photographes qui ont une vue imprenable sur la ville de Québec, et des touristes qui s'arrêtent dans les cabanes pour se réchauffer et poser des questions sur la pêche blanche.
Cette petite communauté improvisée s'organise toute seule pour l'instant. Les propriétaires de cabanes s'entraident pour s'installer en début de saison et pour déneiger des sentiers. Ils empruntent le stationnement du motel Éconolodge situé tout près. Comme ils sont situés dans une zone qui ne demande pas de permis de pêche, l'endroit est non réglementé.
Une situation qui pourrait poser problème si jamais l'activité grandit encore. Le mois dernier, une cabane de pêche a pris feu et les pompiers ont dû intervenir. Et encore, les autres propriétaires de cabanes ont dû «mettre de la pression» pour que l'endroit soit nettoyé après le sinistre. «S'il y en a un qui laisse traîner des débris sur le fleuve, ben c'est tout le monde qui va être pénalisé», soutient Serge Drouin, qui possède deux cabanes à cet endroit.
Le maire de Boischatel, Yves Germain, trouve «intéressant» que les gens s'approprient ainsi le fleuve et ne pensent pas à interdire la pratique. «Mais je vous dirais que c'est la première année qu'il y a autant de cabanes. Alors on va analyser la situation pour l'année prochaine. On va peut-être aller voir ce qui se fait ailleurs, dans d'autres villes, comme encadrement et on prendra une décision après.»