Les expériences à ski de Sébastien Lapierre au Groenland en 2010 (photo) et en kayak dans l'Arctique en 2013 auront été payantes pour l'aider à accomplir son périple en Antarctique.

Sébastien Lapierre atteint le pôle Sud

«C'est vraiment hot! Quand j'ai mis la main sur le marqueur du pôle Sud, tout est remonté. Je voulais tourner une petite vidéo, mais je me suis filmé à pleurer...»
Au bout du fil et au bout du monde, l'aventurier de Québec Sébastien Lapierre était encore dans l'émotion et sur un véritable high, lundi en milieu de soirée, lorsqu'il a joint Le Soleil le temps d'un appel par satellite.
Et pour cause, le sportif de 38 ans venait de relever un défi de taille : rejoindre en solitaire le pôle Sud à ski en autonomie complète par sa seule force (sans cerf-volant traction ou voile).
Au terme d'une dernière journée de 29 km à ski, il a atteint le point le plus au sud du globe à 15h22, heure du Québec.
Parti pour une demi-journée de ski alors qu'il s'attendait à du vent fort de face et une température ressentie de - 52 degrés Celsius, Lapierre planifiait terminer son périple mardi midi. Mais au moment de sortir de sa tente lundi matin, un ciel bleu et un vent plus favorable lui ont donné des ailes.
«Je ne me rendais pas compte, mais je roulais en malade.» Puis, à 19 km du pôle, il a vu pendant un moment les bâtiments de la base scientifique à l'horizon. «Là, c'était fini... Je me suis dit : "Je clenche"!»
Finalement, il aura effectué son périple d'un peu moins de 1200 km en 42 jours... et 5 heures. Lapierre, pompier à la Ville de Québec, devient du coup le premier Canadien à rejoindre par ses propres moyens l'ultime Sud en solitaire et en autonomie.
«Je ne réalise pas trop ce que je viens de faire. Je suis encore dans ma petite bulle ici. Je suis le premier Canadien sur 28 millions... Je ne le réalise pas!»
Dans une grande forme autant physique que morale après ce long voyage, Lapierre était particulièrement satisfait du travail accompli. «Je suis fier de l'exploit, mais aussi de la façon dont je l'ai fait.» En effet, outre le défi relevé dans un environnement aussi hostile, ce qui impressionne le plus est l'apparente «détente» que Lapierre a affichée tout au long de son exténuant voyage.
Le pompier de Québec Sébastien Lapierre a réalisé une première canadienne en atteignant le pôle Sud en solo.
Méthodique et excessivement bien organisé, le Québécois a quasiment donné l'impression que son périple était facile, tellement il a progressé sans ennuis. Tandis que d'autres aventuriers sur place pour leur propre défi souffraient du froid et racontaient sur les réseaux sociaux leurs multiples péripéties et bobos, Lapierre semblait simplement s'amuser.
«J'ai appris qu'on m'avait surnommé "M. Joyeux" à Union Glacier [un camp de base sur la côte qui sert de porte d'entrée à l'Antarctique et où Lapierre a transité avant d'amorcer son aventure à partir de Hercules Inlet]. On m'a dit que j'avais la réputation d'être le gars le plus heureux en Antarctique!»
Loin de dire que son voyage a été facile, Lapierre ne peut que constater que sa préparation était à point. «Lors des appels quotidiens, les médecins [à Union Glacier] n'en revenaient pas. Ils tentaient de me trouver des problèmes. Quand j'ai fini par leur dire que j'étais un peu fatigué après 40 jours, ils ont fait : "Bon, enfin! On le savait que tu étais humain!"» a relaté en riant l'aventurier.
Pour le Québécois, ses expériences à ski au Groenland en 2010 et en kayak dans l'Arctique en 2013 auront été payantes. Froid extrême - il faisait un «chaud» - 45 degrés Celsius avec le vent aujourd'hui - et isolement, «j'étais prêt à faire face à ça».
Comme l'éclair
Étonnamment, à écouter le natif du Saguenay, la quarantaine de jours à tirer son traîneau, seul contre la nature hostile de l'Antarctique, aura passé comme l'éclair. «Il me semble que c'est hier qu'on en parlait et que tu me disais que ce serait un putain de marathon...» m'a rappelé l'aventurier, qui espère maintenant retrouver le plus rapidement sa conjointe et ses deux jeunes enfants à Québec.
Mais en attendant, il profite du pôle Sud en... touriste! En effet, s'il dort encore sous la tente, Lapierre profite des commodités offertes aux riches touristes qui visitent les environs de la base scientifique. «Je suis dans une tente qui est trois fois plus grande que la mienne. Et elle est déjà montée!»
Hier soir, il s'est régalé d'un spaghetti avec du vin, gracieuseté de ses hôtes. Après des semaines à tout rationner, Lapierre s'enthousiasmait de simplement avoir accès à de l'eau chaude en tout temps, sans effort. «On se rend compte de ce qu'on a quand on le perd!»
De la base scientifique du pôle Sud, Sébastien Lapierre prendra un vol intérieur qui le ramènera au camp de Union Glacier possiblement mercredi, d'où il repartira pour l'Amérique du Sud quand la météo le permettra. Si tout va bien, l'aventurier espère rentrer à la maison au plus tard le 20 janvier.