Denis Urubko et Adam Bielecki, en compagnie d'Elisabeth Revol.

Sauvetage héroïque sur la «montagne tueuse»

BLOGUE / C'est une histoire d'héroïsme en montagne digne d'un film. Et encore là, si le scénario était signé par Hollywood, les critiques pourraient dire que l'histoire était un peu trop exagérée...

Et pourtant, dans la réalité, l'opération de sauvetage au courant du week-end sur le Nanga Parbat (8126 m), neuvième sommet du monde, dépasse largement la fiction.

En difficulté depuis jeudi avec son compagnon de cordée sur celle que l'on surnomme «la montagne tueuse», l'alpiniste française Elisabeth Revol tentait de redescendre le Polonais Tomek Mackiewicz, atteint d'engelures, du mal des montagnes et de cécité des neiges.

Le duo venait de compléter l'ascension hivernale du géant.

Dans la descente, les choses se sont dégradées au point où Revol, 37 ans, a demandé à l'aide par téléphone satellite. Un sauvetage bien improbable était espéré...

La communauté de montagnards a cependant bien entendu l'appel. En quelques heures une levée de fonds par sociofinancement a permis d'amasser les quelques 80 000 $US nécessaires pour assurer l'envol d'un hélicoptère de l'armée pakistanaise.

Des volontaires à proximité étaient prêts à passer à l'action. Une collaboration internationale d'une rare efficacité. De l'héroïsme pur dans un environnement hostile par de véritables athlètes conscients de risquer gros pour aider des collègues grimpeurs. 

Et de la chance.

Tandis qu'Elisabeth Revol devait se résigner à poursuivre sa descente seule et abandonner son compagnon pour espérer survivre, deux alpinistes polonais de grand talent et déjà acclimatés à l'altitude faisaient le vol de 160 km entre le camp de base du K2 (8611 m) — où ils préparaient une ascension hivernale — pour les pentes du Nanga Parbat.

Au coeur de l'opération de sauvetage amorcée samedi, Denis Urubko et Adam Bielecki. Les deux grimpeurs ont été héliporté à proximité du camp 1, à près de 4800 m d'altitude, un vol jamais tenté auparavant à cet endroit.

Chargés d'équipements pour survivre sur la montagne et soigner les deux malheureux, Urubko et Bielecki ont littéralement sprinté dans la nuit pour tenter de retrouver Revol aux environs des 6000 mètres. En quelques heures, ils ont couvert ce qui normalement aurait dû prendre quelques jours.

«Personne n'avait auparavant fait une telle ascension», a expliqué au Figaro Karim Shah, un alpiniste pakistanais proche des sauveteurs. «La plupart des gens mettent deux ou trois jours pour le faire et ils ont mis huit heures dans l'obscurité!»

Bien renseignés, Urubko et Bielecki ont maximisé leurs chances en empruntant une voie qu'ils savaient déjà équipée de cordes fixes en bon état, question de pouvoir maximiser leur vitesse tout en réduisant les risques.

Dans une entrevue au magazine Desnivel, Urubko raconte la chance qu'ils ont eu d'être prêts à intervenir. Assez pour sauver Revol, qui se remet actuellement d'engelures aux mains et aux pieds — elle risque des amputations (voir vidéo ci-dessous. ATTENTION les images peuvent être choquantes pour certains).

Déception tout de même pour les héros du jour, l'impossibilité d'avoir pu rejoindre Mackiewicz, en très grande difficulté plus haut à environ 7300 m d'altitude.

Le terrain très technique de la montagne, la condition de Revol et une tempête approchant ont finalement mis fin aux espoirs d'un sauvetage pour Mackiewicz. En entrevue avec Desnivel, Urubko rappelle qu'ils ont priorisé la vie qu'ils savaient pouvoir sauver, à une situation beaucoup plus incertaine pour son compatriote.

Questionné à savoir si Revol aurait pu s'en sortir d'elle-même, Urubko salue la ténacité de la femme, mais souligne sa fatigue et ses engelures. «Les miracles surviennent», a-t-il dit. «Mais notre aide a été déterminante...»

Pour les deux héros, après un peu de repos bien mérité, ils retourneront au K2 où une première ascension hivernale du deuxième sommet de la planète les attend. Rien que ça! 

Il s'agit là du dernier joyau du genre à prendre sur les 14 sommets de 8000 mètres de la planète.

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À noter, Adam Bielecki était l'un des partenaires d'expédition du grimpeur de Québec Louis Rousseau, le printemps dernier.

De son côté, Denis Urubko est l'un des héros du film Cold, succès qui a révélé l'aventurier et photographe américain Cory Richards, premier Américain à gravir un 8000 m en hiver (le Gasherbrum II en 2011).

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