Isabelle Pion
Un des points de vue du mont Chauve, dans le parc national du Mont-Orford. Le mont Chauve a fait l’objet de nombreux sauvetages cette saison et sa popularité ne se dément pas.
Un des points de vue du mont Chauve, dans le parc national du Mont-Orford. Le mont Chauve a fait l’objet de nombreux sauvetages cette saison et sa popularité ne se dément pas.

Réfléchir avant de partir

CHRONIQUE / Ça m’a sauté aux yeux pendant la pandémie. En pleine campagne, loin des foules pourtant : la quantité de déchets qui se retrouvaient dans les fossés pendant que je courais le long de la route. En 2020, vraiment? Et puis, Dieu merci, les espaces où je vais randonner ont rouvert. Mais de quoi auront-ils l’air à la fin de l’été?

On vous en parlait dans ces pages la semaine dernière : çà et là, des municipalités se retrouvent avec des campeurs qui improvisent et des traces bien visibles de visiteurs qui sont passés par là.

L’enjeu n’est pas tant le nombre de personnes qui passent que les conduites qu’elles adoptent, précise Renée-Claude Bastien, guide en tourisme d’aventure depuis près de 20 ans. Elle est aussi formatrice de Sans trace, un programme qui vise à réduire notre empreinte écologique en plein air.

L’enseignement à ce sujet a évolué, dit-elle.

« On favorisait des petits groupes de plein air. On s’est rendu compte qu’il y a moins d’impacts à avoir un groupe de 25 personnes très bien informées et qui prennent soin de minimiser leurs impacts qu’un groupe de 10 qui n’ont aucune information et qui créent des impacts. Ça revient à l’importance de cette réflexion pour minimiser les conséquences sur le milieu naturel qu’on va visiter. »

Le mouvement Sans trace est né aux États-Unis au milieu des années 1970 avant de s’étendre ici. 

« C’est venu du fait que les gens ne respectaient pas la réglementation en plein air, en ne se doutant pas qu’elle n’est pas là pour contraindre nos libertés, mais pour protéger l’espace naturel. »

Un programme national d’éducation visant à expliquer pourquoi cette réglementation est en place. 

« Quand on sort d’un sentier, on piétine la flore, on crée des sentiers secondaires qui favorisent l’érosion du sol et on doit ensuite restreindre l’accès. Quand on dit aux gens de rester dans le sentier, ça ne les allume pas. Quand on leur explique pourquoi on demande ça, en ayant la raison, c’est plus difficile de faire l’action inverse. »

Renée-Claude Bastien, guide en tourisme d’aventure et formatrice de Sans trace.

Biodégrable? Oui, mais...

Les gens font souvent l’erreur de penser que ce n’est pas problématique de laisser sa pelure d’orange par terre parce qu’elle est biodégradable. Mais il faut penser plus loin. « Ils se disent que ce n’est pas comme une enveloppe de barre tendre, c’est organique et donc biodégradable. La réalité, c’est que c’est vrai, mais jusqu’à un certain point. Le parc, le sentier, le belvédère n’est pas le lieu pour faire cette biodégradation, et ça se retrouve à être un déchet qui invite les autres à reproduire le geste. » 

On peut cependant planifier d’apporter un petit sac pour rapporter ces déchets-là. 

C’est d’ailleurs la première règle avant de partir en sentiers : planifier et s’informer. Y a-t-il des toilettes sur place, par exemple?

« Beaucoup de gens pensent que c’est du papier et que c’est biodégradable, mais avant que ça disparaisse, ça peut prendre un an ou deux. Avant qu’il disparaisse, il y en a du monde qui va passer à côté! On s’entend qu’un papier hygiénique imbibé d’urine, personne n’a envie de ramasser ça. » Si on sait d’avance qu’il n’y aura pas de salles de bain sur notre chemin, on pourra penser à prendre un sac pour ramener le déchet jusqu’à la poubelle. 

Le conseil s’applique aussi pour choisir des sorties adaptées à notre niveau, que ce soit en kayak ou en randonnée.

La nature partagée avec les autres, fait-elle valoir, n’est pas une extension de la cour arrière. Ni devant le feu de camp au camping avec notre guitare ni en randonnant avec de la musique à tue-tête. « C’est quand même un bruit qui n’est pas naturel à cet espace-là et qui peut être dérangeant pour les gens venus profiter de la nature. Certains aiment ça marcher et écouter de la musique. On peut se mettre des écouteurs, on n’est pas obligé de faire subir ça à tout le monde autour. » Je seconde. Tellement! 

Les fameux Inukshuks

Un des principes Sans trace est de laisser intact ce que l’on retrouve. 

« Dans ma vision de ce que propose le Sans trace, il y a des puristes qui diraient la roche, on ne la bouge pas. Moi, j’aime beaucoup le contact que les jeunes peuvent avoir avec la nature. Je suis pour que les jeunes ramassent des bâtons et des roches. L’idée, c’est que si les parents laissent l’enfant jouer pour faire un inukshuk, pas de problème. La problématique vient quand on laisse cet aménagement-là. Quand le jeune a fini, on renaturalise le site. Les roches, on les remet à peu près où on les a trouvées. Les branches, on les met dans le bois, pas dans le stationnement. »

Un inukshuk au Bic

Les médias sociaux, pour leur part, accentuent l’afflux de gens sur des territoires parfois déjà fragiles ou peu aménagés. « Ils vont prendre une photo instagrammable, à la limite donner les coordonnées GPS, et ensuite tout le monde se garroche. On en arrive parfois à un point où on doit fermer l’accès carrément. Notre responsabilité, si on veut réduire ça, c’est justement de garder une petite gêne sur les lieux qu’on va visiter. J’en publie des photos sur mon Facebook, mais je vais nommer largement la région ou le parc... C’est ce genre de réflexion qu’il faut avoir si on veut agir par respect pour les autres et surtout pour les milieux naturels. »

On prévoit visiter un lieu donné pendant nos vacances? On devrait toujours prévoir un plan B et C afin d’éviter les endroits surchargés. 

Comme disait la professeure de l’Université Laval Pascale Marcotte dans nos pages samedi dernier, ces principes peuvent sembler élémentaires... mais il est bon de les rappeler. 

Le parc national des Îles-de-Boucherville