Isabelle Pion
La Tribune
Isabelle Pion
On ne m’avait dit que du bien du Petit Témis, cette piste cyclable reliant le Québec et le Nouveau-Brunswick, et qui longe en partie le lac Témiscouata.
On ne m’avait dit que du bien du Petit Témis, cette piste cyclable reliant le Québec et le Nouveau-Brunswick, et qui longe en partie le lac Témiscouata.

Parc national du lac-Témiscouata: entre immensité et archéologie

CHRONIQUE / Il m’était tombé dans l’œil en 2013. En me rendant aux Îles-de-la-Madeleine, j’avais aperçu le lac Témiscouata s’étirer presque à l’infini devant moi. Je m’étais promis de découvrir le parc national du même nom. Il m’aura fallu cet été de voyages au Québec pour partir enfin à sa découverte. 

Neuf heures, un lundi matin des semaines de la construction. Le lac Témiscouata est étonnamment calme en cette période occupée. Ses 44 km ne sont sans doute pas étrangers au fait d’avoir l’impression qu’il y a très peu de bateaux à moteur... et que nous n’en découvrirons qu’une infime partie à bord de notre kayak.

Pendant environ trois heures, nous pagayons, en partie aux abords des rives protégées du parc. Ici, un huard plonge devant nous; là, un martin-pêcheur semble chercher un déjeuner, du haut de sa branche.

Kayak et ornithologie

Depuis la fin avril, les balades en kayak sont presque devenues, pour moi, une initiation à l’ornithologie, sur les plans d’eau estriens autant que sur ceux de la Mauricie et du Témiscouata.

Les possibilités ne manquent pas pour les kayakistes là-bas. Nous avons en tête de découvrir le Grand lac Touladi, de sillonner le passage des îles entre le Grand et le Petit lac Touladi... en sachant très bien qu’il s’agit d’un programme un peu trop rempli. Les lacs Touladi ont d’ailleurs servi de route pour les canots, pendant des millénaires, afin de relier le fleuve Saint-Laurent à la baie de Fundy, au Nouveau-Brunswick.

Une conversation avec une employée du parc, native du coin, nous convainc de s’élancer sur le plus petit des deux, où les spectacles de la faune s’annoncent intéressants.

Nous ne sommes que trois kayakistes sur la petite étendue, après qu’un court orage eut laissé sa place au soleil.

Rapidement, le spectacle commence. Ici, des huttes de castors. Là, des canards qui se laissent observer. Puis, soudain, le clou du spectacle : le pygargue à tête blanche, l’emblème du parc, s’élance.  

Quelques coups de pagaie plus tard, on retrouve la femelle, toute noire, perchée sur une branche. Le couple survole le plan d’eau, nous donnant la chance de mesurer sa stature.

« Le pygargue peut évoluer sur 60 km autour de son nid », me raconte au bout du fil le directeur du parc, Denis Ouellet, en notant qu’on a retrouvé trois nids actifs dans le parc. Il est toutefois difficile, à l’intérieur de son périmètre, d’avoir une estimation juste du nombre d’oiseaux de cette espèce considérée vulnérable au Québec.

Point de vue sur Témiscouata-sur-le-Lac (secteur Cabano), lors d’une randonnée à la montagne du fourneau.

Oubliez les grands dénivelés et les sommets à conquérir : le parc propose néanmoins différentes randonnées et un tronçon du Sentier national sillonne son territoire. Et, pour les plus petits, le Sentier des curieux de nature, avec des stations de découvertes, suscite l’intérêt.

Nous choisissions de profiter de la montagne du Fourneau, point de vue vedette du parc. La randonnée d’environ une heure et demie permet d’avoir un beau coup d’œil sur Témiscouata-sur-le-lac (secteur Cabano) juste en face, et de mesurer l’immensité du lac. Pas besoin d’être un grand sportif pour s’y rendre, et le tracé peut aussi bien se faire avec des enfants. Même si le trajet est court, nous ne sommes pas déçus : ce sera un pique-nique avec vue.

Nous ne pouvions pas partir sans nos vélos pour ce séjour. On nous avait dit grand bien du Petit Témis, cette piste cyclable de 135 km qui part de Rivière-du-Loup et qui se rend jusqu’au Nouveau-Brunswick. Nous parcourons une trentaine de kilomètres qui nous mènent dans le quartier de Notre-Dame-du-Lac à Témiscouata-sur-le-Lac. La promenade est parsemée de plusieurs beaux points de vue sur le lac, qu’on longe jusqu’au point d’arrivée, et de passages sur des passerelles de bois. À 35 degrés, cependant, les quelque 30 km (additionnés au kayak en avant-midi) seront suffisants pour nous. 

En temps normal, les randonneurs et les cyclistes peuvent monter à bord de l’Épinoche, la navette nautique du parc. Elle permet de relier le parc au quartier Cabano et d’accéder à la piste cyclable du Petit-Témis. COVID oblige, il me faudra revenir pour effectuer cette traversée.

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Témoin du passé

Le parc national du Lac-Témiscouata compte un impressionnant potentiel archéologique, et il s’agit d’une de ses signatures. Son territoire compte 54 sites, dont deux ont été fouillés, explique son directeur, Denis Ouellet. Le territoire est fréquenté et utilisé depuis des millénaires par l’homme. 

Les visiteurs peuvent avoir un aperçu des trésors que recèle l’endroit en se rendant au Jardin des mémoires.

« Dans l’ensemble ou la plupart des activités du parc, c’est ce lien entre l’être humain et la nature depuis des centaines, des milliers d’années qu’on essaie d’exprimer à travers nos activités. Il y a toujours ces couleurs-là. » Certaines activités sont cependant sur pause en raison de la pandémie.

« Quand notre archéologue fait son projet de recherche de fouille, on permet à trois personnes d’y participer. Elles découvrent en même temps que nous les secrets du territoire. Ça change les perspectives. C’est assez impressionnant. Je l’ai déjà fait avec l’archéologue. Quand tu découvres un artefact et que tu sors de la terre une pointe de flèche, tu sens que tu participes à l’acquisition des connaissances du territoire. Et ce n’est pas arrangé avec le gars des vues. » 

Ce potentiel archéologique amène toutefois un défi au chapitre de la préservation.

« Dès qu’on veut montrer un site archéologique, il faut faire une fouille en bonne et due forme. Quand on fait une fouille, on se trouve à détruire le site. On ne le fait pas de n’importe quelle façon, il faut que ce soit dans le cadre d’un projet de recherche, que ce soit documenté, image M. Ouellet. Ce n’était pas évident de mettre en valeur l’archéologie alors que ce n’est pratiquement pas visible sur le terrain. On a eu l’idée de faire des évocations. »

« C’est un beau défi, mais comme on dit, on ne fait pas de la fouille pour faire de la fouille. Probablement qu’au parc, ce sont des centaines de sites archéologiques qui existent, et ils ne sont pas tous découverts. Dans ma vie, je n’ai pas l’ambition de tous les découvrir. On pourra laisser ça à d’autres. Si on veut faire des fouilles, il faut avoir des objectifs de recherche. On s’entend sur les priorités de recherche en début de saison avec la Première Nation (Wolastogiyik Wahsipekuk) pour dire, par exemple, il y a tel site qui nous permettrait d’en savoir un peu plus sur le passé... »

À la création du parc, il a fallu faire un inventaire archéologique partout où l’on prévoyait développer des infrastructures, raconte-t-il. 

Denis Ouellet souligne qu’on a mis en valeur la période préhistorique (environ 5000 ou 6000 ans avant notre ère), la période de rencontre (lorsque les Eurocanadiens ont pu être en contact avec les Malécites) et puis une période plus contemporaine, celle des premières compagnies forestières avec l’exploitation de la matière ligneuse.