Isabelle Pion
La Tribune
Isabelle Pion
Déjà grandissant, l’intérêt pour la mycologie connaît un intérêt marqué, accentué par les contraintes de la COVID.
Déjà grandissant, l’intérêt pour la mycologie connaît un intérêt marqué, accentué par les contraintes de la COVID.

Mycologie : des sentiers jusqu’à la table

CHRONIQUE / Les Québécois ne se contentent plus d’arpenter leur territoire : ils cherchent maintenant à découvrir ce qu’il contient. Déjà grandissant, l’intérêt pour la mycologie connaît une croissance marquée, accentuée par les contraintes de la COVID.

« C’est comme si les gens se disaient : tant qu’à découvrir le Québec, je vais bien le connaître et connaître notre culture », lance Sébastien Jubinville, agent de communications et marketing au parc régional de la rivière Gentilly.

Dans ce parc du Centre-du-Québec, situé à Sainte-Marie-de-Blandford, il y a quelques années que l’on organise des ateliers pour mieux faire connaître les champignons.

L’intérêt pour la mycologie est plus grand depuis l’année dernière, et c’est encore plus vrai maintenant avec la COVID. « Il y a eu un certain boom, parce que la COVID a fait que les gens sont restés beaucoup plus au Québec. Nous, ça nous a donné un bon boom pour ça. »

Le parc régional a la chance de compter une belle diversité de champignons dans son périmètre. « On a beaucoup de champignons et en plus on a la chance d’avoir des truffes. » Le parc a tenu des activités sur la mycologie de façon générale, mais aussi sur ce précieux végétal recherché.

« Les gens n’ont pas eu le choix de réaliser qu’on a du beau stock au Québec, lance-t-il en riant. Ça faisait quelques années que l’on disait que l’on avait des truffes et c’est cette année que les gens ont dit : ‘‘Ah oui?!’’ On en avait l’année d’avant aussi, mais on dirait que cette année l’intérêt est beaucoup plus grand envers la culture d’ici. »

Les participants s’intéressent à la gastronomie, mais plusieurs d’entre eux sont aussi des adeptes de plein air.

Plusieurs parcs régionaux offrent des ateliers de mycologie.

C’est aussi ce que remarque Elsa Poulin, technicienne en écologie chez Cultur’Innov.

Dans l’un de ses ateliers, récemment, elle comptait une petite famille complète, des parents et leurs adolescents.

Cultur’Innov est une coopérative de solidarité basée à Saint-Camille, dans la MRC des Sources, qui offre des services-conseils, notamment en évaluant le potentiel des terrains, agricoles ou forestiers. Elle est spécialisée dans les cultures émergentes et les produits forestiers non ligneux. Elle offre aussi différentes formations, dont en mycologie.

Elsa Poulin voit également un nombre plus grand de participants aux formations.

« On a eu plusieurs appels autant de groupements forestiers qui veulent développer des choses que de gens qui se sont regroupés et qui veulent connaître le potentiel de leur terrain, se former davantage en termes de cueillette et ensuite offrir des produits », constate-t-elle également.

Les débuts du mycotourisme

Même son de cloche du côté d’Aventure Écotourisme Québec, dont font partie les parcs régionaux.

AEQ travaille depuis quelques années avec la Filière mycologique de la Mauricie pour baliser la formation des guides de mycologues.

La COVID a accéléré l’intérêt déjà grandissant, confirme le directeur général Pierre Gaudreault, en notant que cela s’inscrit dans cette véritable ruée vers le plein air.

« C’est comme les jardins communautaires. Il n’y a pas beaucoup de gens qui faisaient de jardins à la maison, et avec la COVID, ça a été une explosion. Il manquait de terre noire... Ça va un peu dans cette mouvance-là, le retour à la nature, à la terre, à l’autosuffisance. »

« J’ai beaucoup d’amis français qui viennent nous visiter au Québec et chaque fois, ils se demandent pourquoi les Québécois ne sont pas aussi adeptes de champignons, alors qu’on a un territoire hyper fertile. C’est une richesse que l’on a et les gens commencent à en prendre conscience. »

Le mycotourisme, encore à ses balbutiements au Québec, est-il appelé à prendre de l’essor?

« Selon moi, oui, on l’a vu émerger davantage dans les parcs régionaux cet été. Ils s’adaptent à la demande et aux besoins des gens. Il y a une dizaine d’années, il y a certains parcs régionaux qui ont essayé d’offrir des activités de mycologie et ils faisaient un atelier par année ou deux, ce n’est pas quelque chose qui fonctionnait autant, comparativement à cet été. Les gens étaient beaucoup plus au rendez-vous. »

Des champignons aux plantes

La Windsoroise Julie Vigeant sillonne les bois depuis 10 ans maintenant, en se joignant aux Mycologues amateurs de l’Estrie. « En faisant des randonnées, je voyais tous ces beaux champignons colorés, de toutes les formes. Au départ, ça a été pour la mycophagie, la dégustation. Mais pour en venir là, il y a quand même une base d’étude à faire. Je me suis fait prendre au jeu. Pour manger différentes variétés, il faut approfondir l’étude parce qu’au début, on y va avec les plus faciles, ceux pour lesquels il y a le moins de confusion possible. On veut manger plus que trois ou quatre variétés... » Elle en mange maintenant entre 15 et 20, évalue-t-elle sommairement.

L’intérêt est devenu passion. Julie Vigeant s’adonne maintenant à la mycophilatélie (la collection de timbres de champignons). « Je ne les mets pas juste dans ma soupe, je les vois dans ma soupe! Ce n’est pas une période très longue, donc on y va à fond quand c’est le temps », dit celle qui fréquente entre autres les bois du Val-St-François, du Granit ou de Memphrémagog.

Elle conseille fortement de suivre des cours. Pas seulement pour la sécurité, mais afin d’utiliser les bonnes techniques, notamment pour respecter la nature. Depuis peu, les plantes comestibles trouvent aussi une place au fond de son panier.

Suggestions, questions? Écrivez-moi à isabelle.pion@latribune.qc.ca Suivez-moi sur Instagram à isabelle.pion