Isabelle Pion
La Tribune
Isabelle Pion
Les dossiers d’intervention en matière de recherche et de sauvetage en forêt ont littéralement doublé depuis le début de la saison à la Sûreté du Québec.
Les dossiers d’intervention en matière de recherche et de sauvetage en forêt ont littéralement doublé depuis le début de la saison à la Sûreté du Québec.

Les sauvetages en forêt bondissent : des choses à savoir

CHRONIQUE / Les dossiers d’intervention en matière de recherche et de sauvetage en forêt auraient littéralement doublé depuis le début de la saison à la Sûreté du Québec (SQ). Et ce n’est qu’une partie du portrait, puisque ces données (183 dossiers au total) ne contiennent pas les interventions effectuées par les services de protection des incendies des municipalités ou encore les corps de police régionaux.

Selon le lieutenant Hugo Fournier, porte-parole à la SQ, ces chiffres du 1er avril à la fin août, concernaient tant des randonneurs que des personnes ayant des problèmes de santé mentale. La SQ n’a pas les données des années précédentes. « À vue d’homme, cela représente le double d’interventions, principalement pour des gens qui se sont perdus dans le bois. »

Une tendance lourde se dessinait déjà en début de saison : Rando Québec disait avoir eu plusieurs signalements depuis la réouverture des sentiers, à la fin mai.

Une situation causée par plusieurs facteurs : l’appel de la nature, la quasi-obligation de demeurer dans la province pour la période estivale, mais aussi le fait que les gens n’ont peut-être pas l’habitude de faire du plein air et qu’ils se mettent dans des situations à risque, me disait alors Renée-Claude Bastien, guide et formatrice en plein air, également enseignante et coordonnatrice d’un programme en tourisme d’aventure au Cégep de Saint-Laurent.

Un peu partout au Québec, les sauvetages ont fait la manchette.

À la mi-septembre, au mont Chauve dans le parc national du Mont-Orford, une randonneuse peu expérimentée y a passé la nuit. Une équipe de policiers spécialisés en recherche en forêt a été appelée, de même que des pompiers et des ambulanciers. Elle a été retrouvée vers 5 h par les patrouilleurs.

Selon les données de la Ville de Magog (Sécurité incendie), on rapporte 20 sauvetages par civière ou traîneau sur le territoire de la Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) depuis le début de l’année, de même que 5 ou 6 assistances au service ambulancier aux monts Orford et Giroux. Ces interventions ont eu lieu en majeure partie sur le flanc ouest de la boucle du Mont-Chauve, et dans les sentiers du ruisseau David et des Crêtes. La Régie de police Memphrémagog (RPM) compte aussi quelques appels.

Au parc régional du Mont-Ham, dans la MRC des Sources en Estrie, on compte généralement une quinzaine d’interventions par année, dont deux à trois évacuations par civière. Selon le coordonnateur Frédéric Therrien, on s’attend à une légère hausse, malgré l’achalandage beaucoup plus grand cette année.

Les coûts dans tout ça

Peut-on s’attendre à payer en cas de pépin? Des fois oui, d’autres non, lance Nicholas Bergeron, directeur technique de Rando Québec.

Il pourrait arriver que les gens aient à payer, par exemple pour un service privé comme le transport ambulancier. À la Sépaq, on mentionne qu’il est possible de se procurer auprès d’un assureur « une protection relative à ces risques ». Des organisations comme Rando Québec ou CAA Québec proposent d’ailleurs ce type d’assurances.

« C’est possible que tout soit couvert. Il ne faut pas envoyer le message que c’est gratuit, parce que c’est loin de l’être. Ça se peut que l’hélicoptère et l’équipe qui te sortent de là, ce n’est pas toi qui le paies, parce que tu es en danger de mort et c’est un service public de te porter assistance. Cela dit, ça a tendance à désengager le public de ses responsabilités et ce n’est pas un bon signal à envoyer », commente-t-il.

« Ce sont des coûts que l’on paie entre autres dans les taxes municipales. Les petites municipalités qui sont en rebord de sentiers, comme le village de Sutton, ce sont leurs pompiers (qui interviennent). Ce sont les citoyens qui se tapent la facture. Il y a une responsabilité civile et sociale hyper importante dans la préparation qui ne doit pas s’arrêter à : s’il y a quelque chose, on va venir me chercher. Parce que de toute façon, ce n’est même pas vrai. Il y a des conditions qui peuvent faire qu’on ne pourra pas aller vous chercher. »

Les intervenants abondent dans le même sens : bien des incidents auraient pu être prévenus. « Dans certains cas, on a envoyé beaucoup d’effectifs et ça aurait pu être évité avec une meilleure préparation de la randonnée », souligne Hugo Fournier.

La base

Éviter ce genre de situation part de conseils de base comme... se connaître soi-même.

« On a vécu une situation où une personne a fait une fausse couche la veille. C’est arrivé pour vrai cet été. Le lendemain, elle part faire sa rando. Elle n’avait pas fini de saigner, elle a fait de l’anémie, elle est tombée là. Il a fallu faire venir une armada. Il y a un numéro un dans la préparation : comment je vais. C’est simple de même : suis-je en forme? Ai-je de l’expérience? Il y a un drôle de syndrome qui existe dans le cerveau humain qui fait que moins on a de l’expérience dans quelque chose, plus on se sent compétents (...). Tout ça pour dire que l’expérience va finir par nous rendre plus raisonnables. Si je n’ai pas beaucoup d’expérience, je fais attention pour ne pas me surestimer, je commence petit, pour être sûr d’avoir du fun. »

Les gens ont d’ailleurs souvent tendance à se surestimer. « Une personne qui a de l’expérience va être très respectueuse de ses limites. »

Nicholas Bergeron note que l’équipement est le deuxième élément à considérer. Viennent ensuite les risques externes, comme la météo, le niveau du sentier, etc.

« Beaucoup de gens ont beaucoup à apprendre sur ces bases-là », dit-il en notant que plusieurs viennent de découvrir les bienfaits de la nature... une bonne chose en soi.

« C’est la grosse base : mon analyse du risque, ma planification et ma préparation. C’est la clé pour ne pas que ça arrive. Je ne dis pas de ne pas y aller si on n’a pas d’expérience. Allons-y, mais prenons le temps de se préparer. »

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