Isabelle Pion
Nicholas Bergeron avec trois des participants du Centre Bienvenue au réservoir du Poisson Blanc, en 2017.
Nicholas Bergeron avec trois des participants du Centre Bienvenue au réservoir du Poisson Blanc, en 2017.

Le plein air comme thérapie

CHRONIQUE / Jamais n’a-t-on entendu parler autant des bienfaits du plein air… que pendant cette période où son accessibilité est beaucoup plus limitée. Heureusement, depuis cette semaine, les portes du territoire québécois se rouvrent graduellement. Un peu partout, on a plaidé l’importance d’avoir accès à la nature. Parallèlement, alors que les écoles se cassaient la tête afin de trouver de la place à leurs élèves en cette ère de distanciation, des intervenants se sont fait entendre pour que l’extérieur fasse partie de la solution.

Directeur technique chez Rando Québec, Nicholas Bergeron a vu s’accumuler, comme intervenant pour l’organisme Face aux vents, des petites victoires chez des jeunes et des adultes qui jonglaient avec plusieurs défis.

L’intervention par la nature et l’aventure joue, en général au Québec, un rôle de traitement complémentaire afin de répondre à un plan d’intervention thérapeutique. Celui-ci est élaboré par des professionnels de la santé, résume Nicholas Bergeron, qui porte plusieurs chapeaux, dont celui d’intervenant spécialisé en plein air et chargé de cours à l’UQAC.

Il soulève plusieurs éléments actifs mis de l’avant par cette approche pour entraîner des bénéfices, dont celle du groupe et du risque.

Les activités proposées varient selon l’analyse réalisée entre autres en fonction des différentes clientèles.

« Il n’y a pas de recette parfaite. Il y a une analyse qui est faite pour réfléchir sur qui sont ces jeunes-là. Ils ne sont pas que des délinquants, ce sont des individus », image-t-il au sujet de ce type de clientèle. Si on dit que tous les délinquants doivent sauter en parachute, on ne part pas dans la bonne direction. »

De jeunes délinquants, par exemple, vont être invités à faire de l’escalade. Les faire sortir de leur zone de confort et les déstabiliser fera émerger des situations où ils pourront être vus pour qui ils sont, résume l’intervenant.

« Ce qu’on tente de faire, c’est de substituer leur consommation et leur thrill par des thrills plus sains. C’est plus pour ça que ça marche. Dans tous les cas, on va ajuster le risque en fonction de la clientèle. C’est une des choses qu’on va évaluer. »

Parce qu’il ne faudrait pas que l’aventure devienne une mésaventure. « Parce que si on ne vit pas un succès, il y a un problème. Quand je pense aux jeunes schizophréniques de la Société québécoise de la schizophrénie que l’on sort, juste arriver à passer deux heures avec un groupe, monter et descendre le mont Royal, ils vivent de quoi, là! Des fois, c’est d’être capable de ne pas aller vers le sensationnel, il faut lire le besoin de l’être humain que j’ai devant moi. Quelle est sa limite, quelle est la déstabilisation dont il a besoin pour réussir son défi? C’est ce qu’on souhaite. La notion de réussite est essentielle pour que cette approche-là fonctionne. »

Dans un bureau, il peut parfois être difficile de créer un sentiment ou une émotion, avance-t-il.

L’une des activités tenues par l’organisme Face aux vents au fil des ans.

Au même titre que la pandémie et son huis clos vont faire émerger des côtés moins reluisants de notre personnalité, passer des heures et des jours rassemblés dans un campement va faire en sorte que la personne ne peut pas cacher sa personnalité.

Pas besoin d’aller sur l’Everest pour repousser ses limites : des jeunes atteints de schizophrénie qui ont peur du regard des autres peuvent très bien vivre une victoire personnelle dans un campement... à Vallée Bras-du-Nord.

Si vous savez que vous hallucinez des voix ou des choses et que l’on vous juge, illustre l’intervenant, et vous vous retrouvez dans les bois avec des gens que vous ne connaissez pas, qui vivent la même chose que vous et avec qui vous pourrez vivre votre détresse sans être jugé, c’est déjà extrêmement déstabilisant. « Je n’ai pas besoin de les emmener faire du bungee, la randonnée va être bien correcte », illustre-t-il.

On entend de plus en plus parler de cette approche et sa crédibilité rayonne du même coup.

« Les universités ne sont pas étrangères à ça. Plus il y a de professionnels formés, plus ils retournent dans leur milieu de travail. Ils deviennent des ambassadeurs qui réalisent des projets à l’intérieur de leur structure », indique celui qui réalise une maîtrise en sciences de l’activité physique à l’UQAM.

« De façon générale, il faut rester humble, note Nicholas Bergeron au sujet des intervenants en plein air. La nature fait son travail. »

En contexte de nature, les intervenants peuvent constater une diminution de la fréquence cardiaque, de la tension artérielle; les participants soulèvent les sentiments de calme et de confort. « Généralement, on arrive à ça juste en 90 minutes de marche. Ça ne prend pas grand-chose. »

Ces bienfaits ne sont pas exclusifs aux participants qu’il accompagne. Et la beauté de la chose, note Nicholas Bergeron, c’est que l’on obtient le même résultat que l’on aille dans le fin fond des bois... ou dans le parc à côté de chez soi.