Parfois, il ne s'agit que de tirer parti d'un petit caprice de Dame Nature pour créer une aventure mémorable, comme la fin de semaine dernière durant la vague de froid, qui a littéralement vidé le populaire sentier du Mont-du-lac-des-Cygnes, dans Charlevoix.

L'aventure en format réduit

CHRONIQUE / Manque de temps, manque de savoir-faire, manque de forme, manque de moyens... Pour la très grande majorité d'entre nous, l'aventure se conjugue souvent mal avec les contraintes du quotidien. Pourtant, il existe une façon de satisfaire sa soif d'évasion sans avoir à toujours attendre les prochaines vacances loin de la civilisation. Découvrez l'art de l'aventure en format réduit.
C'est le concept popularisé par l'auteur et conférencier Alastair Humphreys. Après avoir voyagé partout à travers le monde par mille et un moyens, l'aventurier anglais de 40 ans a développé une expertise dans ce qu'il appelle les «microaventures». Une façon pour lui de s'amuser quand il n'était pas en train de faire le tour du monde à vélo, de compléter le Marathon des Sables ou encore de traverser l'Atlantique à la rame. Et j'en passe...
«Alors que la population mondiale devient de plus en plus urbanisée, occupée et coincée devant un écran, les microaventures offrent une évasion réaliste dans la nature sauvage, en toute simplicité, à la découverte des grands espaces, sans avoir besoin de skier au Pôle Sud ou de vivre dans une cabane en Patagonie», résume Alastair Humphreys sur son site Web. 
Une façon de satisfaire l'aventurier en nous au quotidien, mais aussi de parfaire ses connaissances petit à petit, en relative sécurité, avec ou sans le but de pousser plus loin ses limites par la suite. «L'attrait des microaventures est qu'elles rendent l'aventure accessible aux personnes qui peuvent avoir très peu d'expérience en plein air», écrit l'Anglais.
En 2011, il a ainsi pris l'année pour «rayonner» autour de chez lui au Royaume-Uni. Son genre de sorties? Un périple en vélo pliant, une descente de rivière sur une chambre à air, une nuit sur le plus haut sommet qu'il a pu trouver en campagne... Bref, jamais rien de trop compliqué, mais souvent axé sur l'originalité.
Une période fertile où Alastair Humphreys a cherché à embarquer dans le mouvement Monsieur et Madame Tout-le-monde, notamment grâce aux médias sociaux. Le mot-clic #microadventure - ou #microaventure en français - a ainsi fait son apparition et a pris un élan qui se poursuit toujours. 
Chemin faisant, pour son travail à promouvoir l'aventure en format réduit, l'Anglais a été nommé en 2012 par le National Geographic sur la prestigieuse liste des Aventuriers de l'année. Encore aujourd'hui, Humphreys partage son expertise et ses idées grâce à un site Web bien rempli, des vidéos et un ouvrage publié sur le sujet.
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Les enfants sont le prétexte parfait pour inventer des microaventures. Une tente montée dans la cour arrière et l'initiation au camping d'hiver devient vite un prétexte à la fête.
Alastair Humphreys présente la microaventure comme une sortie qui est courte, simple et peu dispendieuse, tout en étant amusante, excitante et représentant un défi. Elle doit être rafraîchissante et doit nous faire «grandir».
Par définition, pas besoin d'aller bien loin. La microaventure peut très bien s'amorcer de la maison, seul ou accompagné. Pour certains, ce sera aussi simple que d'abandonner la voiture un jour ou deux pour rouler ou courir jusqu'au boulot. Qui sait où ça mènera!
Humphreys le répète, il suffit de prendre une carte et de pointer un endroit où l'on n'a pas encore été pour y trouver notre prochaine mini-destination. Le réseau cyclable de Québec est votre habituel terrain de jeu? Combien se sont rendus avec leur monture jusqu'à Rivière-à-Pierre dans Portneuf? À Cap-Tourmente sur la Côte-de-Beaupré?
Pour l'aventurier anglais, chaque moment compte et il ne recule devant aucun obstacle pour enchaîner les découvertes. Si vous êtes habitués à la routine du 9 à 5, et bien il est temps de vous laisser surprendre par le... 5 à 9.
Eh oui, rien n'empêche de partir à l'aventure en format mini un soir de semaine! Pour Humphreys, cela rajoute à l'expérience, casse la routine, tandis que la contrainte de temps crée un défi stimulant. Que dire de votre état d'esprit le lendemain, après votre courte évasion. Les collègues seront jaloux! 
Une nuit à la belle étoile sur le bord du fleuve Saint-Laurent? Un camping avec les enfants dans la cour arrière? Une soirée dans un boisé près de la ville, le temps d'un pique-nique à la lanterne entre amis? L'imagination est la seule limite pour trouver quelque chose à votre mesure...
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Parfois, il ne s'agit que de tirer parti d'un petit caprice de Dame Nature pour créer une aventure mémorable, comme la fin de semaine dernière durant la vague de froid, qui a littéralement vidé le populaire sentier du Mont-du-lac-des-Cygnes, dans Charlevoix.
Quand il est question d'aventures en format réduit, il suffit parfois de simplement pimenter les sorties régulières pour les renouveler. En effet, un sentier très fréquenté prendra une tout autre allure au lever du soleil, en soirée à la frontale, ou encore quand Dame Nature se fait capricieuse...
C'est ainsi que le populaire sentier du Mont-du-lac-des-Cygnes, dans le parc national des Grands-Jardins, est devenu bien tranquille la fin de semaine dernière, durant la vague de froid. Sous les moins 40 degrés Celsius au sommet, nous étions un peu fous, mais fins seuls sur le plateau glacé qui domine ce superbe coin de Charlevoix, près de Baie-Saint-Paul.
Il fallait être motivés, mais c'était une microaventure mémorable. Redécouvrir ce sentier en hiver sans la foule, par une journée aussi venteuse et glaciale, ne pouvait laisser indifférent. Une belle récompense partagée avec les quelques rares braves qui comme nous ont osé quitter pour quelques heures la chaleur de nos foyers respectifs.     
Lorsqu'on y pense, les enfants sont les champions innés des microaventures. Randonnée, camping, ski, vélo... plus souvent qu'autrement, ils nous entraînent dans leurs propres péripéties et découvertes. À nous de nous y ancrer pour créer des moments magiques en famille.
Dans mon cas, mes deux princesses de 6 et de 8 ans inspirent souvent la prochaine activité, la prochaine destination. Si une sortie en montagne à - 40 n'est pas suggérée, les périples en plein air ne manquent pas quand on s'y donne un peu la peine, même quand l'horaire est chargé.
Pourquoi ne pas tenter l'expérience du camping hivernal derrière la maison? Ou même de simplement passer un après-midi sous la tente, bien emmitouflé et avec des jeux de société, un chocolat chaud à portée de la main?
Ou encore, profiter de ces opportunités où le choix s'impose de lui-même... Comme ce dimanche après-midi d'il y a quelques semaines, où l'une voulait faire de la raquette et l'autre du ski. Finalement, c'est dans un boisé de Val-Bélair que les princesses ont goûté pour la première fois au ski d'aventure.
Après une montée en raquette - durant laquelle les adultes transportaient les équipements -, elles ont chaussé les skis alpins pour redescendre 
dans la neige fraîche le microsommet qu'elles venaient de conquérir.
Une nouvelle expérience qui n'avait pourtant rien de mini pour les fières aventurières, n'en déplaise à Alastair Humphreys. 
C'est que les fillettes ont vite compris que l'effort de la montée était largement récompensé, une fois les skis aux pieds.