La terrifiante ascension qu’a réussie Alex Honnold l’an dernier a été filmée par plusieurs caméramans encordés et répartis autour de la voie, ainsi qu’un drone et deux caméras fixes.

La prouesse du grimpeur sans corde Alex Honnold racontée dans un documentaire

WASHINGTON — L’histoire se finit bien. À la fin, Alex Honnold, alors âgé de 31 ans, ne meurt pas. Il atteint bien le haut de El Capitan, après quatre heures d’ascension de ce mur de granite du parc naturel de Yosemite en Californie, sans corde. C’était le samedi 3 juin 2017, à 9h28, une première qui a fasciné le monde des grimpeurs.

«Absolument ravi», répète simplement Alex Honnold une fois en haut, filmé par l’équipe qui le suivait depuis l’année précédente. L’ascension, et ses préparatifs, sont l’objet du documentaire Free Solo, produit par National Geographic et qui vient de sortir aux États-Unis.

Le solo intégral (free solo) est une technique d’escalade extrême, pratiquée par les grimpeurs les plus accomplis. Ils escaladent les parois à mains nues. Beaucoup se tuent ainsi. C’est comme si, explique un grimpeur dans le film, les athlètes olympiques mouraient s’ils n’obtenaient pas la médaille d’or à chaque épreuve.

Pour le spectateur, la performance d’Alex Honnold, filmée par plusieurs cameramen encordés et répartis autour de la voie, ainsi qu’un drone et deux caméras fixes, est terrifiante.

L’ascension est de plus de 900 mètres. Dans certains passages, les prises d’escalade se limitent à un imperceptible relief sur des parois apparemment lisses, suffisant pour que le bout du chausson d’escalade s’y appuie et permette au corps de s’équilibrer.

Parfois c’est le bout des doigts dans une fissure, ou un pouce dans un creux minuscule. Pour franchir le passage du «Boulder Problem», Alex Honnold doit effectuer une séquence compliquée de mouvements de bras et de jambes. À l’entraînement, avec une corde, il les a répétés jusqu’à la perfection. Cela n’empêche pas un cameraman, le jour J, de détourner son regard pendant la manœuvre... qu’Alex Honnold réussit.

La peur est omniprésente dans le film. El Capitan est «complètement flippant», reconnaît Alex Honnold lui-même. L’équipe de production a vécu la peur au ventre de voir leur ami chuter hors du cadre.

L’homme semble si résolu et calme dans sa folie, que des chercheurs se sont demandés si son cerveau fonctionnait normalement.

Mourir devant la caméra

C’est ce qui avait amené Alex Honnold à accepter de passer un IRM en mars 2016, avant son exploit. L’examen, qui apparaît dans le documentaire, montre qu’une partie du cerveau autrefois associée avec le sentiment de peur, l’amygdale, ne s’activait pas chez lui lorsque des images horribles ou violentes lui étaient montrées... Comme s’il était incapable de peur.

En réalité, la recherche a montré que l’amygdale était liée surtout à l’apparition de choses inconnues, qu’elles soient positives, neutres ou négatives; et que la peur s’exprimait dans l’ensemble du cerveau, explique à l’AFP la professeure émérite de psychologie à la Northeastern University Lisa Barrett, auteure d’un article récent de recherche sur l’amygdale.

Alex Honnold dit d’ailleurs qu’il connaît la peur. «J’ai peur de la mort, du danger, de la douleur. J’avais peur de parler en public», a-t-il déclaré cette semaine en marge de l’avant-première du film à Washington.

Il offre donc une explication beaucoup plus simple à sa maîtrise : «C’est le résultat de 10 ans de préparation, d’entraînement et de désensibilisation».

Dix années d’escalade d’El Capitan avec des cordes, pour en connaître chaque mètre. Des mois où il a noté minutieusement dans un carnet chaque mouvement, pour ne plus rien laisser à l’improvisation. Et une préparation physique religieuse, chaque jour au sol.

Le film suggère que sa détermination confine à l’obsession, au point de négliger sa compagne, Sanni McCandless. Son petit ami est «brutalement honnête», un «type étrange», dit-elle.

Elle raconte, choquée, sa réaction nonchalante quand ils apprennent l’accident mortel d’un de ses amis grimpeurs. À quoi s’attendait sa femme? lui demande-t-il. Il ne comprend pas pourquoi sa propre mort affecterait ses proches.

«C’est la vie qu’il a choisie», résume pour l’AFP la réalisatrice, Chai Vasarhelyi. «Il a profondément réfléchi à la mort. Il a construit toute son existence afin d’avoir cette vie.»

Une chose, finalement, l’inquiétait vraiment: tomber devant l’objectif. «Ce ne serait pas grave si j’étais seul», mais ce serait «un peu bizarre» d’infliger cela à ses amis, confie Alex Honnold, cette fois très humain.