Une cinquantaine de participants ont bravé le froid lors du Double défi des deux Mario sur le lac Saint-Jean

Défi polaire loin de la rive

Les chemins qui mènent au milieu du lac Saint-Jean par une nuit glaciale de février sont souvent surprenants.
Réveil glacial pour Caroline Duranceau, qui garde le sourire malgré l'idée peu réjouissante de quitter la chaleur de son sac de couchage.
Pour une neuvième année, les deux Mario - Cantin et Bilodeau - ont permis à des sportifs de se dépasser pour une bonne cause, le temps de la traversée du lac Saint-Jean en ski et en raquette.
Pour Mario Cantin, c'est en quelque sorte la mort de sa fille aînée Mélanie, dans un accident de la route il y a 14 ans, qui l'a amené jusqu'à une tente sur les glaces du vaste lac.
Un tragique événement qui a chamboulé son existence. La jeune femme n'avait pas 20 ans. Un avant qui s'arrêtait net et un après qui devait soudainement revêtir une signification de tous les instants pour le père endeuillé. Pour arriver à surmonter le drame, Mario Cantin a choisi de donner un sens à la tragédie. Qu'elle serve à quelque chose.
Si bien qu'en s'impliquant pour faire vivre la mémoire de sa fille, notamment pour la cause du cancer, le natif du Saguenay-Lac-Saint-Jean a fini par croiser la trajectoire du professeur d'université et formateur en plein air Mario Bilodeau.
Cofondateur du baccalauréat en plein air et tourisme d'aventure à l'Université du Québec à Chicoutimi, Bilodeau est l'un de ceux qui ont mis en place Sur la pointe des pieds en 1996. La fondation vient en aide aux jeunes touchés par le cancer en leur proposant des expéditions loin des sentiers battus où ils peuvent se dépasser à leur mesure, se changer les idées, reprendre confiance et rencontrer des copains qui vivent les mêmes défis qu'eux. 
L'aventure thérapeutique dans toute sa force et sa beauté.   
Aventuriers qui ont parcouru la planète en quête des plus hauts sommets, dont l'Everest, le gars de banque - Cantin occupe un poste de vice-présidence régionale à la Banque Nationale - et le prof ont su mettre à profit une complicité contagieuse. Une chaleur que le froid arctique de février sur le lac Saint-Jean n'arrive pas à entamer.
Une connexion en plein air qui s'est exprimée pour une neuvième fois il y a un peu plus d'une semaine à l'occasion du Double défi des deux Mario. Une traversée en ski et en raquette d'une trentaine de kilomètres entre Roberval et le parc national de la Pointe-Taillon. 
Trois jours et deux nuits de camping d'hiver à l'aller, puis au retour, où le grand public est invité à sortir de sa zone de confort dans un cadre sécuritaire, mais où le mot «défi» est bien existant. Deux groupes successifs bien encadrés pour un total cette année d'une cinquantaine de participants pour les deux parties du défi. Une idée originale du duo, qui sert de collecte de fonds pour Sur la pointe des pieds.
Pour cette portion aller du Double défi des deux Mario entre Roberval et le parc national de la Pointe-Taillon, une quinzaine de participants étaient de l'aventure au bénéfice de la fondation Sur la pointe des pieds. Au retour, 35 autres braves ont complété le trajet sur les glaces.
Urgence de vivre
La fin de soirée était glaciale et le mercure avoisinait les - 32 °C. Sous la protection de la mince toile de nylon de notre dôme d'expédition orangé, notre groupe oubliait presque le froid pendant que les deux Mario rappelaient l'importance de notre présence sur le lac Saint-Jean. 
Car au-delà des 1250 $ amassés au minimum, chaque participant qui a osé quitter le rivage pour vivre l'aventure a pris conscience de l'importance de la mission plus générale des deux Mario. «Au fond, il faut agir immédiatement. Ne pas attendre qu'un coup de volant change votre vie...» a résumé Cantin. «Si on arrive à vous "contaminer", on aura réussi!» 
Une urgence de vivre qui se comprenait encore mieux dans le grand froid de cette partie aller du Double défi, que nous avons effectuée en compagnie d'une quinzaine de participants. Exposés aux caprices de dame Nature et tandis que le travail d'équipe s'avérait essentiel pour surmonter les imprévus, les campeurs ont tissé des liens rapidement, se sont serré les coudes. 
Ici, sous les capuchons des doudounes en duvet, il n'y avait plus d'âges, de métiers ou de classes sociales, seulement des passionnés de plein air qui apprenaient à s'entraider, à travailler ensemble. Il n'y avait que le maintenant qui importait sur le lac. C'est aussi ça, le Double défi que souhaitent les deux Mario.   
Premières expériences
Une traversée qui bouscule le petit confort habituel. D'autant plus que la plupart des participants en étaient à leur première expérience hivernale sous la tente. Ils étaient là pour la cause de la fondation Sur la pointe des pieds, mais aussi pour vivre cette aventure unique et glaciale en plein air. Profiter de ce trip de gang au beau milieu de l'imposant lac Saint-Jean où la chaleur vient du contact des autres. 
Dans le grand froid, ils ont voulu joindre l'utile à l'agréable. Comme Carl Laberge et Olivier Turcotte, deux collègues qui travaillent pour l'administration du port de Saguenay et qui ont cherché à donner l'exemple en poussant plus loin que le simple don en argent. Ils voulaient faire cette année la démonstration concrète de leur engagement pour la cause auprès de leurs généreux donateurs. 
Ou encore Caroline Duranceau, qui a eu l'occasion d'accompagner dans deux voyages des jeunes de Sur la pointe des pieds comme médecin d'expédition. Elle tenait maintenant à vivre l'expérience du Double défi avec de bonnes amies. Les trois jeunes femmes, anciennes collègues de classe en médecine et adeptes d'activités de plein air, voulaient ainsi profiter de l'aventure pour se retrouver, loin du brouhaha du quotidien.
Aventure thérapeutique
Ça devait bien faire plus de 15 ans que j'avais croisé Mario Bilodeau. À la retraite particulièrement active depuis trois ans, mon prof en plein air à l'UQAC n'a pas changé. Le réputé montagnard possède toujours la même énergie et cette lueur de gamin dans le regard. Sur le lac Saint-Jean, à partager son savoir-faire et à veiller sur les participants, celui qui faisait de l'aventure thérapeutique avant même que ne soit inventé le nom était dans son élément.
La boussole accrochée au cou et dans la poudrerie durant les premières heures de l'aventure, Bilodeau naviguait avec calme et confiance. Pourtant, les conditions particulièrement ardues de cette neuvième présentation du Double défi avaient de quoi préoccuper. 
Du froid extrême, de la sloche, des traîneaux contenant les équipements de groupe transportés par la précieuse équipe de bénévoles coincés dans la gadoue... une vraie aventure aura été vécue! Les deux Mario ne s'en cachaient pas d'ailleurs, c'était là certainement l'un des plus difficiles Défis depuis les tout débuts.
Rien cependant pour refroidir l'enthousiasme des deux organisateurs, qui choisissent toujours cette période de pleine lune de février pour tenir leur événement. Une façon de s'assurer d'une froidure certaine, et du coup de garantir un défi réel aux participants. 
Une façon de mettre les difficultés de l'existence en perspective tout en faisant un parallèle avec ce que vivent les jeunes cancéreux qui combattent, eux, bien plus que le simple froid...  
Chaleureuse récolte au grand froid
On ne pourra jamais dire que Mario Bilodeau et Mario Cantin manquent de conviction. Dédiés entièrement à la cause de la fondation Sur la pointe des pieds, les deux hommes avaient à peine complété la première traversée du lac Saint-Jean, entre Roberval et le parc national de la Pointe-Taillon, qu'ils rechaussaient les skis pour retourner sur les glaces. Le temps de se réchauffer et d'avaler une portion de tourtière, ils saluaient les courageux qu'ils venaient de mener à bon port pour ensuite repartir pour un autre trois jours et deux nuits de camping hivernal en compagnie d'un nouveau groupe de participants. Au final, la cinquantaine de skieurs et de raquetteurs qui ont contribué au succès du Double défi des deux Mario aura permis d'amasser 126 000 $ pour la fondation. Des sous qui serviront notamment à un groupe de 14 jeunes touchés par le cancer, qui vivront une aventure thérapeutique dans Charlevoix en mars. Un périple de traîneau à chiens avec couchers en refuge est au programme.
Cette aventure a été rendue possible grâce à la collaboration de l'équipe de Sur la pointe des pieds.