Dans quelques localités des Cantons-de-l'Est, 6000 chasseurs de chevreuil auront, dans 15 jours, le privilège d'abattre deux cerfs à l'arme à feu, dont une biche obligatoirement.

Chevreuil: 6000 permis spéciaux en Estrie

Agissant depuis des mois dans la plus totale discrétion, de connivence avec la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP) et avec l'Union des producteurs agricoles (UPA), le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) a décidé de délivrer 6000 permis gratuits spéciaux de chasse du chevreuil autorisant 6000 chasseurs fréquentant des localités ciblées des Cantons-de-l'Est à abattre un second cerf à l'arme à feu, à compter du 31 octobre, pourvu que ce second chevreuil soit un cerf sans bois (une femelle adulte reproductrice ou bien un faon). Surprenant, n'est-ce pas ?
Ce n'est qu'à la fin de la semaine dernière, après avoir eu vent de cette affaire se tramant en coulisses dans sa région, que le collègue Luc Larochelle (chroniqueur pour le quotidien La Tribune, de Sherbrooke) a dévoilé le pot aux roses. Au moment d'écrire ces lignes, ni le MRNF ni la FQCP ni l'UPA n'ont encore délivré de communiqué aux médias pour que ces derniers puissent informer le public et les quelque 175 000 chasseurs concernés.
Contournant la procédure établie depuis de nombreuses années, le MRNF a bien pris soin de ne pas réclamer l'organisation d'un tirage au sort informatisé de ces 6000 permis par la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), société d'État constituant l'autorité respectée dans ce domaine. Le MRNF a plutôt décidé de créer 6000 permis SEG (scientifiques, d'éducation et de gestion), puis de les «donner» aux producteurs agricoles et aux grands propriétaires terriens de certaines localités situées dans les zones provinciales de chasse n4 et n6. Les membres de l'UPA et autres propriétaires terriens privilégiés par l'exceptionnelle procédure du MRNF devront ensuite «offrir» ($$$...) à des chasseurs les permis spéciaux de chasse qu'ils auront ainsi obtenus...
Jusqu'à 2009, les permis SEG ont été créés et délivrés avec parcimonie par Québec, et pour régler des cas vraiment hors de l'ordinaire. Mais, voilà quelques années, Québec avait bien tenté d'instaurer pareil système de délivrance par l'UPA de permis spéciaux pour la chasse du cerf dans l'île d'Orléans, ce qui avait soulevé l'ire... de la Fédération des chasseurs !
«Privatisation» de la chasse
Notez que les 6000 permis de chasse spéciaux dont je vous parle ici sont en sus des 31 660 permis spéciaux de chasse que la SEPAQ a tirés au sort pour tout le Québec à la mi-juin. Tous ces permis sont délivrés parce que des membres de l'UPA se plaignent des dommages que les chevreuils causent à leurs champs cultivés et à leurs forêts privées. Or, près du quart des 31 660 permis spéciaux déjà tirés par la SEPAQ étaient réservés à des propriétaires privés, surtout des agriculteurs et des forestiers - même s'ils ne sont pas des chasseurs certifiés et même s'ils ne chassent pas - ce qui les incite à les... revendre aux plus offrants ! Belle manière utilisée par le MRNF pour «privatiser» la pratique de la chasse et de la gestion du patrimoine faunique ! Avec la complicité de la FQCP...
Puisque le MNRF ne dispose pas de suffisamment de fonctionnaires ni de temps ni d'argent pour s'occuper de la distribution extrêmement complexe et rapide (15 jours !...) de ces 6000 permis de chasse (???), c'est l'organisme CerfChasse - groupe à la création duquel a participé la FQCP - qui a été «choisi» pour accomplir la tâche... rétribuée à raison de 15 $ du permis délivré ! Il sera difficile pour la Fédération et pour CerfChasse de nier qu'il y a là un conflit d'intérêts pour eux, alors que leur but premier est la défense les intérêts des chasseurs. La FQCP devra nous expliquer ce copinage avec le MRNF et l'UPA.
C'est incompréhensible que tous, incluant les agriculteurs et les forestiers, reconnaissent les chasseurs comme des «outils essentiels de gestion de la faune», puis que tous tentent ensuite de siphonner l'argent dans les goussets de ces chasseurs pour que ces derniers puissent régler les problèmes... des agriculteurs et des forestiers ! Pourtant, les agriculteurs paient les déplacements des trappeurs qui capturent des ours noirs causant des dommages dans les champs de maïs... Pourquoi donc n'accorderaient-ils pas l'accès à leurs terres aux chasseurs qui les «libéreront», comme ils le souhaitent, de chevreuils déprédateurs ? Et pourquoi donc la FQCP ne travaillerait-elle pas avec acharnement dans ce sens-là ?
Quoi qu'il en soit, pour en savoir plus à propos de la délivrance de ces fameux 6000 permis de chasse spéciaux, téléphonez au MRNF (1 877 346-6763), à CerfChasse (1 819 845-5353), à la FQCP (1 888 523-2863) ou à l'UPA (1 450 679-0530).