Le «bikepacking» permet de gagner en liberté et en mobilité pour dévorer les kilomètres, comme ce fut le cas sur la Véloroute des Bleuets, qui fait le tour du lac Saint-Jean sur 256 km.

«Bikepacking»: le vélo comme sac à dos

Tous les cyclistes vous le diront, le vélo c’est la liberté. Mais ce sentiment peut facilement s’envoler dès qu’on ajoute vivres et bagages pour voyager. La solution? Se tourner vers l’approche «sac à dos» du cyclisme. Bienvenue dans l’univers du «bikepacking».

À partir du cyclotourisme traditionnel où les voyageurs enfourchent de robustes bécanes avec supports multiples pour y accrocher de volumineuses sacoches, une nouvelle génération de cyclistes en quête d’aventures a simplifié les choses. Question d’aller plus vite. Question d’aller plus loin.

Bien plus qu’un mot-clic populaire sur les réseaux sociaux où les vélos équipés pour le voyage sont aussi variés que spectaculaires, le #bikepacking est cette façon renouvelée d’utiliser des montures régulières pour le cyclotourisme. Notamment sur Instagram, bicyclettes haut de gamme et de performance, autant de route que de montagne, s’affichent ainsi pour inspirer et faire rêver.

Tout ça rendu possible par de nouveaux types de sacs de cadre, de selle et de guidon qui ne nécessitent aucun équipement supplémentaire pour les utiliser. Du coup, même les cadres exotiques et performants en carbone ou autres matériaux sont utilisables.

Une influence tirée directement des grandes courses longues distances en autonomie comme la World Cycle Race, la Trans Am Bike Race, la Transcontinental Race ou encore le Tour Divide. Des épreuves où l’endurance, la vitesse et l’aventure se conjuguent pendant des jours, des semaines, voir parfois des mois à travers un pays, un continent ou même le monde. De nouvelles frontières en cyclotourisme de performance.

Des courses-aventures uniques qui gagnent en prestige et en popularité auprès du grand public. Et les manufacturiers l’ont compris. Car ce qui est bon pour faire le tour du monde l’est certainement aussi pour faire ces escapades de quelques jours en autonomie avec le vélo que vous avez déjà.

Ce qui fait que d’une production très spécialisée jusqu’à récemment, les sacs de bikepacking ont maintenant la cote chez plusieurs manufacturiers, qui rivalisent d’ingéniosité et qui sont de plus en plus nombreux à en fabriquer. Résultat, il est possible de transformer assez simplement le plus vif des étalons de course en une machine à voyager.

Seul compromis, il faut être prêt à se limiter dans ce qu’on apporte. Le confort sera peut-être un peu plus rudimentaire au campement et l’approvisionnement en nourriture se fera sur la route plus régulièrement, mais le plaisir de rouler sans être un mulet surchargé compensera amplement.

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Routes ou sentiers, bitume ou gravier… à vous de choisir! Car l’avantage de voyager en formule bikepacking est de pouvoir profiter de l’agilité et de la vitesse de votre monture sur son terrain de prédilection. Par leur positionnement et conception, les sacs de bikepacking sont plus agréables à utiliser dans l’action et influent beaucoup moins sur le comportement du vélo que des sacoches traditionnelles.

Sur des vélos polyvalents comme ceux destinés au gravier — les gravel bikes, ni plus ni moins des vélos de route avec une géométrie et une capacité à utiliser des pneumatiques plus imposantes pour absorber les irrégularités du terrain —, les frontières du tourisme sportif sont alors quasi sans limites.

Au guidon d’un tel type de vélo — un Parlee Chebacco à freins à disque dans mon cas —, j’ai eu beaucoup de plaisir à explorer sans avoir à trop me préoccuper de la surface sur laquelle rouler. Une fois l’équipement embarqué, les sorties pouvaient s’étirer sans que je ne manque de rien.

Et question d’expérimenter davantage le bikepacking, c’est du côté de la Véloroute des Bleuets, qui fait le tour du lac Saint-Jean, que j’ai récemment pris la direction.

Des paysages champêtres qui dominent le majestueux lac, aux secteurs ruraux de la portion nord, en passant par l’impressionnante traversée des tourbières du Parc national de la Pointe-Taillon, ou encore les tumultes de la rivière Mistassibi, la Véloroute est un véritable joyau pour les cyclistes en quête d’aventures. Deux jours, une nuit de camping et 256 km en solo plus tard, j’étais autant sous le charme de l’endroit que de cette manière de voyager à vélo.

Campement simplifié en hamac pour une nuit sous la pluie au Parc national de la Pointe-Taillon.

En selle, malgré l’équipement, la bouffe et les vêtements, le vélo ne semblait pas surchargé. Certes, le poids se faisait ressentir quelque peu dans les montées, mais il était facile d’oublier qu’on était en cyclotourisme et non en sortie sportive. Une approche qui permet d’envisager de longues distances avec enthousiasme et un meilleur taux de succès, comme lors de cette deuxième journée d’un peu plus de 170 km.

C’est d’ailleurs une drôle de sensation que de se savoir aussi loin de notre point de départ — ou d’arrivée — avec l’impression d’avoir si peu avec soi. Et pourtant, soigneusement rangé, tout le matériel nécessaire était sous la main.

Contre le vent et la pluie, il ne restait alors qu’à rouler.

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Courte pause le temps d'un coup d'oeil sur le majestueux lac Saint-Jean à proximité du Parc national de la Pointe-Taillon.

256 KM SANS KLAXON

CHAMBORD — Aucun coup de klaxon! Zéro! Nada! Au terme de mon tour du lac Saint-Jean par la Véloroute des Bleuets, je suis encore étonné de la courtoisie généralisée des automobilistes croisés durant les quelque 256 km effectués en deux jours.

Visiblement, les gens du coin sont fiers de leur Véloroute et comprennent l’importance de se montrer accueillant. Le savoir-vivre semble incontournable. Et après des centaines de croisements d’entrées de domiciles, de traversées de routes et de rues, et des passages entre voies cyclables et accotements, la démonstration est faite que le partage harmonieux de la route entre utilisateurs est possible quand on s’en donne la peine.

Ai-je été chanceux durant mon périple express autour du lac Saint-Jean? Peut-être, mais j’ai réellement senti un profond respect pour les cyclistes. Évidemment, des sections en bordure de la route 169 demeurent stressantes, surtout durant le passage de lourds fardiers. Sans compter la crainte qu’un conducteur distrait arrive de l’arrière et dévie de sa voie… Mais l’accotement est en général assez large pour rouler en paix durant ces portions.

Une hospitalité locale qui transparaît autant derrière le volant que derrière le guidon. «Vous êtes perdu? Tout va bien?» Il suffit de s’arrêter un instant pour que quelqu’un offre son aide. Car si elle est particulièrement bien identifiée — un travail colossal! —, la Véloroute demeure un immense tracé où il est possible de douter de sa position par endroits.

Cependant, après avoir navigué à travers la tonne d’embranchements et découvert la variété du parcours, il est impressionnant de constater à quel point la signalisation n’est jamais bien loin. Le temps de s’interroger en roulant à savoir si l’on est toujours sur le bon chemin, et la réponse apparaît.
Au besoin, l’application Ondago dédiée à la Véloroute viendra à la rescousse avec la géolocalisation. Et ça, c’est si quelqu’un ne s’offre pas gentiment avant.

Info : veloroutedesbleuets.com

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Cette aventure à vélo a été rendue possible grâce à la très précieuse collaboration de Charles Ostiguy, du Collectif Parlee (groupeostiguy.com), qui a fourni le polyvalent vélo Parlee Chebacco. Un grand merci également à Kevin Lynch, copropriétaire du Vélo Cartel (velocartel.blog), qui a équipé la monture de sacs Apidura et s’est occupé de la mécanique.

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LE VÉLO SUR GRAVIER À LA DURE…

Capable de vitesse et d’un étonnant confort sur des surfaces irrégulières, même le meilleur des vélos de gravier peut profiter d’un moment d’inattention pour vous désarçonner. 

Je l’ai appris à mes dépens après avoir perdu la perception du relief dans un changement de lumière sous le couvert forestier. À l’entraînement début juillet, un trou ou une roche m’a entraîné dans une douloureuse glissade à près de 30 km/h sur un chemin de gravier du Parc national de la Jacques-Cartier. 

Casque et lunettes éclatés, vêtements déchirés, abrasions de l’épaule jusqu’au genou et profondes entailles au coude qui ont nécessité finalement huit points de suture… Bien chanceux malgré tout: rien au visage et pas de commotion! Quant au vélo, bien qu’amoché, il était en état pour reprendre du service. 

Une bonne nouvelle quand pour rentrer à la maison, il faut littéralement se sortir du bois.