Accueil triomphal pour l'aventurier du pôle Sud

Coiffé d'une casquette rouge et d'un gros manteau noir, il aurait pu passer pour n'importe quel voyageur débarquant à l'aéroport de Québec. Jusqu'à ce qu'il ramasse son bagage, un long traîneau rouge, et qu'il soit accueilli par une horde de membres de sa famille, collègues pompiers et médias. L'aventurier Sébastien Lapierre était de retour à la maison.
«C'est bizarre. Je pensais que le retour se ferait plus lousse, comme ça fait quelques jours que je suis de retour à la civilisation. Mais là, le choc est grand. La pression tombe et je suis chez nous. Ça fait du bien.»
Près de deux mois après avoir quitté Québec et neuf jours après avoir posé le pied au pôle Sud, Sébastien Lapierre était visiblement ému de retrouver sa femme et ses deux enfants. Édouard, 3 ans, lançait déjà de grands signes de la main à son père dès qu'il l'a vu, à travers une vitre, émerger d'un groupe de passagers débarquant du vol Toronto--Québec. La petite Marie-Soleil, âgée de 6 mois et dans les bras de sa mère, avait probablement besoin de voir le paternel d'un peu plus près pour le reconnaître sous sa barbe d'explorateur.
Si des camions de pompier campaient au même moment devant l'aéroport, c'est que la foule qui a accueilli Lapierre avec une salve d'applaudissements, mercredi, comptait plusieurs de ses collègues au Service de protection contre l'incendie de la Ville de Québec. L'un d'entre eux avait même apporté sa cornemuse, entonnant un air triomphant pour marquer le retour en sol québécois de son ami. 
S'adressant aux médias après avoir enlacé ses proches, Sébastien Lapierre était en mesure de poser un regard un peu plus reposé sur son périple de 42 jours et 1200 km en ski, d'Hercules Inlet au pôle Sud.  
Une bataille contre son instinct 
«C'est une game mentale plus que physique», a expliqué le pompier de 38 ans. «Tous les jours, je dirais à chaque heure, le cerveau t'envoie le message que ok, la blague a assez duré, c'est beau, ça suffit. C'est tout le temps de combattre ça. L'instinct de survie ne veut pas que tu ailles à - 50 pendant 10 heures de temps en traînant un traîneau.»
Ce qui n'enlève rien aux merveilles qu'il a pu voir dans les derniers mois. 
«Ce n'est pas que du négatif, évidemment, il faut qu'il y ait du positif. Les paysages sont exceptionnels. On s'imagine que ça va être toujours la même chose, jour après jour, parce que c'est blanc, mais non. Chaque chose est différente. Les lames de neige sont différentes. Les couleurs sont différentes. L'éclairage est différent. Tu te couches le soir et en te levant le matin, on dirait que tu n'es pas à la même place. C'est magnifique, l'Antarctique. Ça peut être terrifiant, ça peut être impressionnant, mais c'est magnifique.»
Le fameux traîneau qui le suivait partout, «Cocotte» comme il l'avait surnommé durant son périple, Sébastien Lapierre compte le garder précieusement. Un rappel de son exploit, lui qui est devenu le premier Canadien à traverser cette portion de l'Antarctique seul et sans moyen moteur.
«Je suis encore un peu dans ma bulle. Là, je commence à réaliser un peu plus. Je regardais justement mes photos et revoyais ce que j'avais fait et mon trajet... Oui, c'est quand même un beau défi d'accompli que je mets dans mon livre.»
Et des pages, en reste-t-il plusieurs à écrire dans le livre de l'aventurier? «Vous connaissez l'histoire sans fin?» répond-il en souriant. «Naturellement, pour l'instant, je vais me concentrer sur ma petite famille, mais l'imagination est la seule limite dans le monde de l'expédition, aujourd'hui. Il y a moyen de tout faire. Il suffit de l'imaginer. Oui, il y a d'autres projets.»
Aventurier dans l'âme 
Un peu en retrait dans le comité d'accueil familial, mercredi, Claude Lapierre reconnaissait là son fils. Surtout lorsqu'on parle d'aventures nordiques. «Il est comme ça depuis qu'il est très jeune. Dans le temps, il se faisait un iglou dans la cour en arrière de la maison et passait la nuit dedans. Après, il a monté un peu plus haut. Il partait dans les Monts-Valin se faire un iglou et coucher là avec un de ses chums», a raconté le paternel à propos du héros du jour, natif de Saguenay. «C'est un aventurier dans l'âme. C'est sûr qu'il va en faire d'autres. Je m'attends à ce que d'ici trois ou quatre ans, il nous arrive avec une autre aventure. Où va-t-il aller? Je ne sais pas.»
La conjointe de Sébastien Lapierre, Tania, ne semble pas redouter le prochain projet extrême qui naîtra dans la tête du pompier. «J'ai toujours su qu'il allait se rendre au pôle Sud», a-t-elle assuré, mercredi, pointant la longue préparation qui a précédé l'expédition en solo. La famille a tout de même pu garder le contact avec lui pendant tout le périple, par appel vidéo, entre autres. Et puis, a lancé la mère de famille en souriant, la gestion des deux enfants du couple en solo, dans les deux derniers mois, ne lui a pas laissé de temps pour s'inquiéter outre mesure de l'état du père, au milieu de l'Antarctique, quelques milliers de kilomètres plus loin.