Les pizzas de Pizzazorg sont cuites rapidement au four à bois, dans la tradition napolitaine.

Pizzazorg, faire tout un plat d'une lasagne

CRITIQUE / Amateurs de pizza de type napolitaine, vous avez une nouvelle adresse à visiter dans Saint-Sauveur. Les autres, ne passez pas votre chemin, surtout si vous avez envie d’être renversés par… une lasagne végé.

Ce qui frappe quand on entre dans la salle à manger du Pizzazorg, après avoir emprunté un petit couloir qui la sépare de la section cueillette pour emporter, c’est l’ambiance. On le sent tout de suite : une sorte de bonne humeur effervescente règne ici, comme une fébrilité qui a envie de déborder. C’est rare, et ça fait du bien.

C’est vendredi soir, l’endroit est rempli de jeunes et moins jeunes gens qui se côtoient dans un joyeux brouhaha, sous les guirlandes de lumières blanches qui courent sur toute la longueur du plafond. La déco mérite une mention honorable. Beaucoup de noir et de bois, quelques tableaux, des coquelicots géants peints sur un mur… Un look rustique urbain, pourrait-on dire, enjolivé de nombreux détails, comme ces lattes qui dissimulent l’escalier menant à l’étage, où un salon accueillera bientôt les groupes. Des statuettes de têtes de cheval trônent ici et là, témoins de l’amour des propriétaires pour ces bêtes — d’ailleurs, le «zorg» de Pizzazorg renvoie au nom d’un cheval qu’ils chérissaient. C’est la thématique : la salle à manger se trouve dans une ancienne écurie.

Située dans une ancienne écurie, la salle à manger du Pizzazorg a subi d’importants travaux et est maintenant joliment décorée.

Ces proprios, François Boulianne et Annie Brassard, possèdent aussi Les Salons d’Edgar, vénérable institution de la même rue, secteur est. L’an dernier, ils se sont lancés dans l’aventure de la pizza, et ont ouvert ce charmant endroit au mois d’août.

Forcément, c’est ce mets qui domine le menu, en une dizaine de versions (champignons, fruits de mer, boudin…) toutes cuites rapidement au four à bois, comme le veut la tradition napolitaine. On y sert également quelques à-côtés, des salades ainsi qu’une divine lasagne.

De la pieuvre à la pizz’

Il a beau y avoir un monde fou, le service est d’une efficacité redoutable. Les cocktails, bières et verres de vin atterrissent sur la table en moins de temps qu’il n’en faut pour soupirer «J’ai soif», les commandes sont prises illico, puis les assiettes arrivent au galop. Et ce, avec un sourire qui jamais ne faiblit.

Comme nous sommes cinq, nous avons l’occasion de goûter plusieurs plats. Ça commence avec les polpetta, trois boulettes de veau et parmesan servies avec sauce tomate. Belle texture, viandeuses à souhait, c’est simple et bon, même s’il manque un brin de sel et que, personnellement, je préfère la sauce tomate un peu moins acide.

Une belle surprise que ce petit plat de pieuvre au miel et paprika sur salade tiède de pommes de terre, maïs et chorizo.

De la pieuvre dans une pizzéria? En voilà une surprise. Au miel et paprika, elle a été cuite au court-bouillon puis grillée, et chapeaute une salade tiède de pommes de terre, chorizo, maïs et oignon rouge. La tendreté, ça va, le goût aussi, mais je reverrais les ratios, en diminuant notamment la quantité de roquette en garniture; le tentacule est carrément caché dessous, alors qu’il devrait être en vedette.

Côté pizza, nous avons goûté la plus simple, mais aussi la plus difficile à réussir parfaitement : la margherita (sauce tomate, huile d’olive, mozzarella di buffala, basilic, c’est tout). La croûte croustille, le reste de la pâte est tendre et se plie bien en portefeuille, comme c’est la coutume à Naples. Elle est satisfaisante dans l’ensemble, mais la pizza Greta nous enthousiasme plus, garnie de brocoli-rave (ou rapini), oignon rouge, mozzarella et ricotta.

Les pizzas sont cuites rapidement au four à bois, dans la tradition napolitaine.

C’est cependant la lasagne végé qui fait l’unanimité… et le tour de la table plusieurs fois, pour que chacun puisse en prendre une autre bouchée, et encore une… Vraiment, c’est un régal. Tout tient dans la qualité des ingrédients et leur équilibre : des pâtes aux œufs maison, un pesto de rapini à l’amertume bienvenue, une béchamel à l’ail noir, une sauce ragù au fenouil, du parmesan et de la mozzarella. C’est parfumé, fondant, archi-goûteux. L’élément clé ici : l’ail noir, qui en impose au nez, mais s’avère subtil en bouche. Je lève mon verre d’Illuminati Riparosso, un montepulciano d’Abruzzo charnu, à la chef responsable de ce délice : Alexis Mejia, anciennement au Eataly Flatiron à Manhattan et au Roberta’s à Brooklyn (ici, elle fait équipe avec Francis Proulx).

La voici, la voilà, la fameuse lasagne végé, ici présentée hors de son plat de service pour dévoiler son allure gourmande.

J’allais décliner le dessert, mais c’est un gâteau aux carottes maison. Allez. Je ne le regrette pas : moelleux, généreux en ananas, et serti d’une insertion de gâteau au chocolat (belle idée), il disparaît presque aussi vite que la lasagne. Dix jours plus tard, c’est cependant à celle-ci que je songe encore. En espérant qu’elle reste longtemps au menu…

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AU MENU 

Pizzazorg
485, rue Saint-Vallier Ouest
581 491-3777
pizzazorg.com
Ouvert le soir du jeudi au dimanche (les heures d’ouverture seront étendues au printemps)

Bouteilles de vin de 32 $ à 52 $
Plats de 14 $ à 18 $

> Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et alcool : 59 $ (pour deux à-côtés en entrée, deux plats et un dessert)

Bravo: pour le petit chef-d’œuvre qu’est la lasagne végé; le service diablement efficace; l’ambiance générale; les prix abordables.
Bof: les proportions sont à revoir dans l’assiette de pieuvre.