Louis Gravel est le créateur de Pikkado, un site Web qui rassemble un groupe de personnes pour gérer la pige secrète et le partage d’idées-cadeaux lors d’échanges.
Louis Gravel est le créateur de Pikkado, un site Web qui rassemble un groupe de personnes pour gérer la pige secrète et le partage d’idées-cadeaux lors d’échanges.

Pikkado, le roi des échanges de cadeaux

Francis Higgins
Francis Higgins
Le Soleil
Si vous avez participé à un échange de cadeaux de Noël dans la dernière décennie, il y a des chances que vous ayez utilisé Pikkado. Ce populaire site Web de pige secrète est l’œuvre d’un programmeur de Québec, Louis Gravel, qui a imaginé qu’on pouvait sûrement trouver mieux que de tirer des noms d’un chapeau. Entrevue avec le webmestre du père Noël.

Louis Gravel est un programmeur à l’emploi d’une jeune entreprise de sécurité informatique de Québec. Âgé de 47 ans, ce père de deux enfants a grandi à Stoneham, a vécu à Neufchâtel-Nord puis a déménagé — tout juste avant la COVID-19 — à Saint-Jean-Port-Joli dans la maison familiale de sa conjointe, d’où il gère par temps perdu les lignes de code de son «organisateur de pige simplifié» d’envergure mondiale.

Le comble de l’histoire? «Je n’avais jamais organisé d’échange avant Pikkado!» admet-il.

Qu’est-ce que Pikkado?
«C’est un site Web où vous rassemblez familles et collègues pour gérer la pige secrète et le partage d’idées-cadeaux lors d’échanges. Il suffit d’entrer les idées de cadeaux, le montant et la date de la pige. Le site s’occupe du reste et vous avise par courriel. On peut même s’arranger pour ne pas piger les conjoints ou ceux qu’on avait pigés l’année d’avant. C’est vraiment un site cool pour ceux qui organisent les piges. Mettez-vous à leur place : il faut appeler tout le monde, demander qui a envie de participer, faire le suivi et insister auprès des indécis et des retardataires, aligner les disponibilités pour faire la pige. C’est du taponnage! Depuis Pikkado, des gens m’écrivent pour me remercier du temps que je leur fais gagner, comme si j’étais un sauveur!»

Comment est née cette idée?
«Je venais de finir mes études en programmation en 2004. J’avais des échanges prévus dans ma famille, dans ma belle-famille et au travail. Je vais vous dire bien franchement : les échanges de cadeaux m’emmerdaient un peu! Il y avait toujours des listes de cadeaux qui traînaient partout ou qui disparaissaient. Et j’ai tendance à être à la dernière minute. Tout le monde finissait par savoir qui avait pigé qui; il n’y avait plus de surprise. Et je trouvais plate de consacrer une journée à rassembler tout le monde juste pour faire la pige. C’était compliqué pour rien. Je me suis dit : il me semble qu’une machine pourrait effectuer ce genre d’opération. Alors j’ai programmé un prototype pour mes proches avec un mot de passe et un courriel pour mettre la liste de cadeaux en ligne.»

Louis Gravel est le créateur de Pikkado, un site Web qui rassemble un groupe de personnes pour gérer la pige secrète et le partage d’idées-cadeaux lors d’échanges.

Quelles ont été les réactions?
«Il y avait un engouement auprès de ma famille et au travail. De plus en plus de gens me demandaient de les inscrire. Rapidement, 800 groupes s’étaient inscrits. Mais je devais tout ajouter manuellement dans la banque de données. Alors j’ai rajouté une fonction de pige automatique et électronique. J’ai appris tout ça par moi-même et lancé le tout au public en 2006. Au début, ça s’appelait Échange virtuel de cadeaux, un nom long et différent en anglais. J’ai normalisé ça pour Pikkado : ça ne veut rien dire de particulier, mais ç’a l’avantage de contenir le son kado (cadeau) en français et pik (pick) en anglais.»

Qui sont vos utilisateurs?
«Ils viennent de pas mal tous les pays d’Amérique du Sud et du Nord. Beaucoup d’Europe, un peu en Australie. Le gros des utilisateurs vient surtout du Québec et du Mexique. Je pourrais bêtement dire que j’ai deux millions d’utilisateurs inscrits, mais si on compte seulement les utilisateurs actifs, il y en a eu 750 000 l’an passé.»

Côté techno, ça ressemble à quoi?
«J’utilise les services AWS (des serveurs distants d’infonuagique) d’Amazon depuis 2011 ou 2012, comme le font Pinterest et Netflix. C’est gros. L’an passé, on a reçu 160 000 visites en une seule journée, mon record. Je suis capable d’en prendre, du trafic!»


« Depuis Pikkado, des gens m’écrivent pour me remercier du temps que je leur fais gagner, comme si j’étais un sauveur! »
Louis Gravel, fondateur de Pikkado

Quelles tendances de Noël avez-vous pu observer?
«De temps en temps, je vois passer des idées de jeux pour l’échange. Certaines sont bizarres, d’autres cool. Par exemple, certains exigent que le cadeau commence par la première lettre du prénom de la personne pigée. Est-ce que ça fonctionne vraiment? Je n’ai pas de caméra chez les gens pour le savoir!»

À quel point Pikkado vous tient-il occupé?
«Je travaille là-dessus dans mes temps libres, quand il y a des bogues à corriger ou de nouvelles fonctionnalités à installer. Avant, c’était un rush de fou quand mes serveurs étaient mal installés. Un moment donné, j’ai pris un an complet pour travailler juste là-dessus. Aujourd’hui, je peux passer moins de temps à entretenir la machine et plus à développer des trucs l’fun pour le monde.»

Est-ce assez pour en vivre?
«Malheureusement, ça ne peut pas être ma seule source de revenus. Il me faudrait mettre encore plus de publicités sur le site, chose qui ne me tente pas de faire si je veux que les gens continuent d’en tirer une bonne expérience. Le site contient une petite boutique où on peut acheter des articles en affiliation. Peut-être qu’on pourra y vendre plus de produits québécois ces temps-ci. Mais ça ne rapporte pas encore assez pour me permettre d’en vivre, pour l’instant.»

Louis Gravel, fondateur de Pikkado.

Comment la pandémie vous a-t-elle affecté?
«Le nombre d’utilisateurs a toujours monté, environ 10 % de hausse de trafic chaque année. À part cette année. Il y a pour la première fois une baisse entre 20 % et 30 %. Parce que plein de monde se dit qu’il n’y aura peut-être pas de réveillon à cause du confinement. Ça ne donne rien de faire un échange de cadeaux si on ne se voit pas. [NDLR : les annonces du premier ministre Legault ces derniers jours n'auraient pas eu d'impact sur l'affluence du site, nous disait M. Gravel vendredi soir]. Pas grave, ça va probablement reprendre de plus belle l'an prochain.»

Comment imaginez-vous l’avenir de Pikkado?
«On continue de corriger les bogues et les irritants, d’ajouter de nouvelles langues. J’aimerais trouver une solution pour me passer de la pub; j’haïs ça, mais pour l'instant je dois vivre avec. On me demande depuis plusieurs années de faciliter l’envoi de messages anonymes entre les inscrits, car ce n’est pas encore parfait. J’aimerais mettre en place une messagerie comme celle de Facebook. On me demande aussi d’intégrer des doubles piges. Il y a plusieurs fonctionnalités que les gens me demandent auxquelles je n’aurais jamais pensé. Comme ajouter l’adresse postale dans le dossier pour faire livrer des cadeaux aux personnes qu’on a pigées, mais pas pour cette année; c’est trop précipité. C’est à suivre.»

Info : pikkado.com

Cette entrevue a été éditée de façon à mieux cadrer dans un format de texte questions-réponses.