Le copropriétaire du restaurant Chez Jules dans le Vieux-Quebec, Marc-Antoine Doré, espère que son geste enverra un message aux politiciens.

Pénurie de main-d'oeuvre: Chez Jules ferme pendant une journée

Alors que le Festival d’été de Québec bat son plein et que la capitale est envahie par les touristes, un restaurant du Vieux-Québec fermera ses portes pour une journée vendredi.

Au restaurant Chez Jules, ce n’est pas les clients qui manquent, mais le personnel.

Et les braves salariés qui tiennent le fort sont à bout de souffle.

«J’ai tout simplement décidé de leur accorder un congé», explique Marc-Antoine Doré, le copropriétaire de Couillard, Fils et Compagnie, l’entreprise à qui appartient le restaurant de la rue Sainte-Anne.

«Cette journée-là, ils ne recevront pas un appel à la maison pour leur demander de venir remplacer au pied levé des collègues qui ont tout bonnement choisi de ne pas se pointer au travail. 

Une situation qui se produit trop souvent et qui tape sur les nerfs de ceux et celles qui sont toujours au poste et qui ne disent jamais un mot plus haut que l’autre.»

Cette journée-là, le restaurateur sait qu’il va perdre des sous. Quelques milliers de dollars. C’est le prix à payer, selon lui, pour permettre à sa quarantaine de travailleurs de refaire leurs forces.

Il n’écarte pas la possibilité de répéter l’expérience dans les semaines à venir s’il le faut.

Aussi copropriétaire de plusieurs commerces, Marc-Antoine Doré ne se souvient pas du jour au cours duquel il a pu compter sur tout son personnel. «Il manque toujours quelqu’un.»

Et le recrutement est un exercice pénible.

«Récemment, j’avais réservé une partie de mon après-midi pour rencontrer cinq candidats afin de pourvoir des postes de plongeur. Un seul s’est pointé à l’entrevue. C’est désespérant», déplore M. Doré. C’est sans compter ceux et celles qui sont embauchés et qui font rapidement faux bond à leur nouvel employeur.

Marc-Antoine Doré entend les gérants d’estrade qui affirment que les restaurateurs sont les victimes de leurs malheurs parce qu’ils s’obstinent à offrir de bas salaires à leurs employés. «Chez nous, les frais de main-d’oeuvre composent 41 % de nos coûts. Ailleurs, ça tourne souvent aux alentours de 30 à 33%. Écoutez, je donne tout ce que je peux à mes employés.»

Avec son coup d’éclat, le copropriétaire de Chez Jules espère attirer l’attention des politiciens afin qu’ils abattent les règles bureaucratiques abusives concernant le recours aux travailleurs immigrants et qu’ils repoussent la rentrée dans les écoles afin que les commerçants puissent compter sur la main-d’oeuvre nécessaire pendant la durée de la saison touristique.

Le partage des pourboires, une solution?

Au restaurant Chic-Alors, dans l’arrondissement de Sainte-Foy–Sillery–Cap-Rouge, la directrice peine surtout à trouver des plongeurs. «C’est exigeant. C’est difficile. Il fait chaud et ça va vite.»

«Dès que je reçois un CV, je passe immédiatement le candidat en entrevue. S’il fait l’affaire, je lui propose immédiatement un emploi. Je ne peux pas me permettre de le perdre aux mains d’un autre employeur», expose Mélissa Boily.

Chic-Alors n’a pas eu à fermer ses portes temporairement en raison de la pénurie de personnel. «L’automne dernier, nous avons vécu une situation exceptionnelle et nous avons été obligés de fermer des sections.»

«En général, nous nous tirons assez bien d’affaire. Nous avons une politique qui permet une rotation des tâches entre les serveurs et les cuisiniers. C’est apprécié par notre monde. Ainsi, les livreurs et les cuisiniers se partagent les pourboires. Ceci évite souvent le mécontentement des gens qui travaillent dans les cuisines et qui n’ont pas accès aux pourboires», explique Mélissa Boily.