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«Le centre de la ville de Quimper», la grande municipalité voisine de Carhaix-Plouguer.
«Le centre de la ville de Quimper», la grande municipalité voisine de Carhaix-Plouguer.

Partir vivre en Bretagne: pour l'amour… et les crêpes!

Francis Higgins
Francis Higgins
Le Soleil
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Ils viennent du Québec, mais sont partis vivre à l’autre bout du monde. Pour le travail, par amour ou juste pour voir si l’herbe y est plus verte. Le Mag présente ces expatriés qui acceptent de raconter leur nouvelle vie à l’étranger.

Nom : Camille Turbide
Âge : 33 ans
Profession : conseillère en communications
Ville d’origine : Montréal
Ville d’adoption : Carhaix-Plouguer, en Bretagne (France)
Partie depuis : 2018

Ma trajectoire…
«Je suis née à Montréal. Après avoir passé une partie de ma jeunesse à Toronto, mon père, ma mère, mon frère et moi sommes revenus vivre dans la métropole. J’ai vécu toute mon adolescence et ma vingtaine dans cette ville que j’aime tant. En 2010, j’ai eu la chance de passer huit mois en Europe grâce à un échange universitaire dans le cadre de mon baccalauréat. J’étais basée à La Haye, aux Pays-Bas, et j’effectuais régulièrement des voyages dans d’autres contrées d’Europe. C’est là que j’ai pris goût au voyage, à la découverte de différentes cultures et de la vie à l’étranger. Une fois mon baccalauréat complété à l’UQAM, j’ai fait un diplôme en gestion à HEC Montréal, puis j’ai œuvré quelques années en agence avant de partir à mon compte en tant que conseillère en communications.»

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La raison de mon départ…
«En 2017, j’ai rencontré mon amoureux : un Breton qui était à Montréal en PVT (permis vacances-travail). Après quelques mois passés ensemble, il a eu l’opportunité de rentrer en France pour reprendre l’entreprise familiale et m’a proposé de le suivre. Sans trop réfléchir, je lui ai dit oui. J’avais toujours eu l’envie de vivre dans un autre pays, j’adorais l’Europe, puis je l’aimais (et je l’aime toujours d’ailleurs!)»

Camille Turbide

«Mon expatriation s’est faite graduellement. Je suis d’abord allée le voir durant un été comme touriste, afin de voir si j’aimais la Bretagne, son environnement, ses amis, etc. Après quelques allers-retours entre la France et le Canada en 2018, j’ai fait ma demande de PVT pour la France en 2019 et je viens tout juste de le renouveler pour un an. Puisque je travaille à mon compte, j’ai la liberté de choisir où, quand et comment je désire travailler. J’ai donc annoncé à mes clients que j’allais dorénavant travailler à partir de la France et ils m’ont tous encouragée dans mon projet. Il faut dire que puisque la question du travail était déjà réglée, ç'a certainement facilité mon expatriation. Certes, il y a un décalage horaire, mais cela a également un aspect positif puisqu’un client peut m’envoyer une demande en quittant le travail et le lendemain matin lorsqu’il débute sa journée, c’est déjà fait!»

«La plage de Rospico»

Le plus dur à apprivoiser…
«Il y a deux choses que j’ai trouvées un peu plus difficiles à apprivoiser en France. La première concerne les heures d’ouverture des commerces. En bonne Nord-Américaine, j’avais l’habitude d’aller à l’épicerie en soirée ou encore d’aller faire les magasins le dimanche ou sur l’heure du midi. Ici, c’est tout le contraire. L’épicerie ferme à 19h30 et les commerces sont fermés sur l’heure du midi. Sinon, le jour du Seigneur prend vraiment tout son sens ici, car le dimanche tout est fermé. La deuxième porte sur le débat lors des repas de famille. Alors qu’au Québec on cherche le consensus et le compromis autour de la table, en France, c’est plutôt le contraire. Ne pas être d’accord est la norme et le ton peut monter rapidement pour défendre son point. Par contre, une fois que le débat est terminé, on passe à autre chose et tout le monde est content.»

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Ma plus grande surprise…
«J’ai été agréablement surprise par l’accueil des gens. Il faut dire que les Canadiens ont la cote ici. Lorsque je dis aux gens que je suis Canadienne (en fait, à ceux qui ne l’avaient pas déjà deviné en raison de mon accent!), je reçois tout de suite une grande dose de sympathie. Tout le monde a quelqu’un dans son entourage qui est parti vivre au Canada ou encore rêve d’y aller.»

La marina de Camaret-sur-Mer
«La nièce de mon <em>chum</em> en bigoudène, soit un habit traditionnel breton.»

Je vis comme une Bretonne…
«Je vis comme une Carhaisienne (ou Bretonne en général), car les crêpes font maintenant partie de mon quotidien. Au déjeuner, au goûter (la collation de 17h) ou au souper, elles sont salées ou sucrées et peuvent être agrémentées de presque n’importe quel condiment désiré! Je vis aussi comme une Carhaisienne, car j’assiste annuellement au Festival des vieilles charrues (oui, oui, c’est ça le vrai nom du festival!). C’est un des plus grands festivals de musique en France et ça se déroule à quelques pas de chez moi. D’ailleurs, le festival devait recevoir nulle autre que Céline Dion l’été dernier, mais en raison de la COVID-19, l’évènement a été annulé. J’avais mes billets et je comptais faire briller le drapeau du Québec dans la foule!»

Je mange…
«Je mange différemment qu’au Québec. Alors qu’à Montréal, je choisissais ce que je désirais manger en fonction d’une cuisine du monde, ici, je mange plutôt des plats traditionnels de la gastronomie française et de la région. Bien que je m’ennuie de la poutine de Chez Tousignant, des sushis du Tri Express, d’un poulet au beurre du Golden Cari ou d’une soupe tonkinoise de Pho Thay Do, j’adore la culture du bistro français où tu peux te poser dans une ambiance conviviale et manger un bon repas classique pour une somme raisonnable.»

En Bretagne, on peut manger des crêpes à tous les repas!

J’habite…
«J’habite dans un village de 8000 âmes au centre de la Bretagne. Pour la citadine qui a vécu toute sa vingtaine dans les restaurants, les bars, les festivals et les parcs de Montréal, ç'a été un sacré changement! Aujourd’hui, je vis dans une maison avec mon conjoint et nos deux chiens. Le bruit des klaxons a été remplacé par le chant des oiseaux, les restaurants avec des amis se sont transformés en soupers à la maison avec eux et leurs enfants, le poulet rôti en famille a pris le dessus sur les brunchs du dimanche et les week-ends au chalet sont maintenant des week-ends à la mer.»

Je parle…
«Je parle français avec mon accent québécois. J’ai adapté certains mots de mon vocabulaire afin que les gens comprennent de quoi je parle lors de discussions, mais je n’ai pas encore perdu mon accent.»

Comment je passe le temps…
«Ici, on profite vraiment de la nature. L’été, on est souvent à la mer à profiter de la plage, à pêcher ou à faire du wakeboard [de la planche]. On va également souvent se promener en forêt avec les chiens ou au canal de Nantes, à Brest. Je me suis également mise à l’équitation, un sport que j’ai toujours rêvé d’adopter, mais le contexte montréalais ne s’y prêtait pas. Sinon, quand il n’y a pas de COVID, on aime voir nos amis et passer du temps avec la famille de mon chum.»

«Moi et mes chiens à la Vallée des Saints.»
«Les remparts de Saint-Malo», à environ deux heures de route de Carhaix-Plouguer.
«Moi qui fait du <em>wakeboard</em>.»

Un bon coup de ma ville d’adoption que je rapporterais au Québec…
«De Carhaix-Plouguer, je rapporterais au Québec l’esprit de collectivité. Je ne pense pas que ce soit unique à ma ville, mais en vivant dans une plus petite communauté, on se rend compte que les gens sont plus tissés serré. Tout le monde se connaît et prend des nouvelles des uns et des autres. C’est quelque chose que je n’ai pas vu ou ressenti aussi fort en grandissant à Montréal.»

Un bon coup du Québec que j’apporterais dans ma ville d’adoption…
«C’est en partant du Québec qu’on se rend compte à quel point c’est un lieu progressiste. Bien que ce ne soit pas parfait et qu’il y ait encore beaucoup à faire, le Québec reste sans contredit l’un des endroits les plus progressistes au monde. Je pense notamment au statut de la femme, aux congés parentaux, à la légalisation du cannabis ou au droit à l’aide médicale à mourir…»

«La plage de Trescaou.»
Quimper, la grande municipalité voisine de Carhaix-Plouguer.

La famille à l’étranger…
«Même à distance, je suis très proche de ma famille. J’ai même l’impression que ça nous a rapprochés. Maintenant quand on se parle, on prend réellement des nouvelles des uns et des autres. On parle de sujets plus profonds et on est très ancré dans le moment présent.»

Je m’ennuie…
«Je m’ennuie des premières neiges — celles qui sont magiques —, des grands espaces, du dynamisme montréalais et de l’attitude positive et sympathique des Québécois.»

«La cathédrale de Quimper durant les Fêtes». La basilique cathédrale Saint-Corentin est située à environ une heure de Carhaix-Plouguer.

Je reste branché au Québec…
«Je reste branchée au Québec par mon travail. Je suis conseillère en communications pour des entreprises québécoises. Dans le cadre de mon travail, je fais beaucoup de relations de presse, ce qui m’oblige à lire les médias québécois et à rester à l’affût de ce qu’il se passe de ce côté de l’océan Atlantique.»

Ma ville d’adoption à l’ère de la COVID-19…
«En ce moment seulement certaines régions de la France sont confinées. Ici en Bretagne, nous sommes seulement contraints à un couvre-feu qui vient de passer à 19h. Sinon, les commerces et les écoles sont ouverts, les restaurants peuvent seulement faire des repas à emporter et le masque est obligatoire partout.»
[NDLR: cette réponse a été donnée quelques jours avant le resserrement récent des mesures en France.]

«Les chaumières bretonnes.»

Le secret le mieux gardé de ma ville d’adoption…
«Selon moi, le secret le mieux gardé de la France est la richesse des différentes cultures régionales. C’est assez impressionnant comment chaque région a une histoire, une architecture, des traditions, des spécialités culinaires, des habits traditionnels et des patois bien à elle. C’est donc un réel plaisir de voyager à l’intérieur du même pays — trois fois plus petit que le Québec — et de retrouver autant de diversité.»

Je reviendrais vivre au Québec?
«Pour le moment, je ne pense pas revenir au Québec. J’aimerais continuer à construire ma vie ici, avec mon amoureux. On rénove présentement une maison qui deviendra notre cocon, où un jour j’espère y fonder une famille.»