Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Pour ne pas oublier d’apporter le masque, vaut mieux ne pas faire confiance à sa mémoire et se fier à son environnement, par exemple en laissant des masques dans votre sac à dos, votre sacoche ou votre voiture.
Pour ne pas oublier d’apporter le masque, vaut mieux ne pas faire confiance à sa mémoire et se fier à son environnement, par exemple en laissant des masques dans votre sac à dos, votre sacoche ou votre voiture.

Ah non! J’ai oublié mon masque

CHRONIQUE / Samedi matin, dans une station-service en Mauricie, pas de paiement à la pompe, je dois payer à l’intérieur. Pendant que je fais le plein, une voix à l’interphone me fait sursauter : «Monsieur, avez-vous votre masque?»

Fier d’y avoir pensé en cette première journée du port obligatoire dans les commerces, je réponds : «Oui, madame, j’ai mon masque!» Et, dans ma tête, je me dis : «Bravo, t’es bien parti.» 

Le lendemain, je pousse la porte d’un dépanneur de Limoilou pour aller acheter de la bière. «Monsieur, vous ne pouvez pas entrer si vous n’avez pas de masque», m’avertit la caissière. 

Maudit, j’ai oublié mon masque. Je retourne bredouille vers la maison en me disant que je ne suis pas si bien parti finalement. Comble de l’agacement, je croise un voisin qui se rend au même dépanneur que moi. Évidemment, lui, il a trimballé son couvre-visage. 

— «Ah, bravo, t’as pas oublié ton masque!» je lui dis. 

— «Non, je reviens de chez nous. Moi aussi je l’avais oublié!»  

Vouloir respecter la consigne du masque obligatoire dans les commerces est une chose, ne pas l’oublier en est une autre. 

Vous allez me dire, ce n’est pas compliqué. Tu sors de chez vous, t’amènes tes clés, ton portefeuille, ton cellulaire et, maintenant, ton masque. Non, pas si simple. Attraper le trio clés-portefeuille-cellulaire avant de partir, on l’a fait des milliers de fois, c’est devenu un automatisme. 

Apporter le masque, c’est une nouvelle habitude à développer. Il faut répéter un nouveau comportement sanitaire en moyenne 66 jours avant qu’il s’automatise… 

Vous pouvez vous autoflageller chaque fois que votre mémoire escamote le masque. À un moment donné, ça va peut-être rentrer. 

Mais vous partez avec une grosse embûche : pour se remémorer de faire quelque chose, il faut y être attentif. Or, nous passons 43 % de notre journée sur le pilote automatique, à faire des choses sans y penser. 

Pour ne pas oublier le masque, vaut mieux ne pas faire confiance à sa mémoire et se servir de son environnement. 

Daniel J. Levitin, professeur émérite au département de psychologie de l’Université McGill, explique dans son livre L’esprit organisé : mettez de l’ordre dans vos idées (2018) que le meilleur moyen de ne pas oublier des choses est de déléguer le travail d’attention et de mémoire à un support extérieur. 

Pour le masque, ça signifie d’abord qu’il faut en acheter plusieurs et les disposer dans des endroits qui nous rappelleront de les apporter ou dans des compartiments ambulants qui nous suivent jusque dans les commerces. 

Alors, accrochez vos masques sur les mêmes crochets que votre porte-clés, mettez des masques dans votre coffre à gants, votre sac à dos ou votre sacoche. 

L’astuce, c’est d’associer la nouvelle habitude du masque à une habitude déjà ancrée. Je prends mes clés avant de partir, je saisis le masque ensuite. 

Les spécialistes en psychologie comportementale appellent ça «l’empilage d’habitudes». Avant la COVID-19, je vous avais parlé de l’efficacité de cette technique dans une chronique mondaine sur la soie dentaire. Je vous suggérais «d’empiler» la soie dentaire sur le brossage de dents.

Vous pouvez aussi vous servir du masque pour empiler d’autres habitudes sanitaires. 

La professeure Wendy Wood, chercheure spécialisée dans les habitudes, donnait récemment sur Twitter un exemple parfait d’empilage. Je vous laisse 15 à 30 secondes pour deviner. 

Chaque fois que vous enlevez le masque, lavez-vous les mains.