Isabelle Pion
La Tribune
Isabelle Pion
Le mont Pinacle, à Coaticook en Estrie.
Le mont Pinacle, à Coaticook en Estrie.

Montée de lait pleinairiste

CHRONIQUE / Un dimanche d’octobre, jour de tombée du rideau sur la flambée des couleurs à Orford. Les couleurs sont près de s’estomper complètement, mais le tableau, sous ce ciel bleu, est encore joli… comme il l’est toujours à chaque montée d’Orford. Le soleil automnal m’aura permis d’admirer toutes les palettes de couleurs, du rouge feu au jaune incandescent.

Premier arrêt, premier constat : cette vue, dont je ne me lasse pas. Puis, bruit de disque rayé dans mes pensées : ces déchets, par terre, assez loin merci des principes Sans trace. Des déchets que je reverrai passer en publications sur mon fil Facebook : là, un sac à déchets abandonné au sommet du mont Ham; tantôt, d’autres traces laissées à Sutton. Les images de la Gaspésie malmenée ont choqué beaucoup de gens cet été, moi la première. Seraient-elles en train de se rapprocher?

En fait, pas besoin d’aller loin. Une virée à l’épicerie et je comptabilise cinq masques par terre (dont un lavable, sans doute échappé par mégarde) de la porte à la sortie du stationnement. Cinq kilomètres de course en bordure de la route : un autre décompte peuplé de gobelets de café, de bouteilles d’eau, un boîtier de menthes...

Me reviennent en tête ces images d’enfants qui ont participé à des collectes de déchets dans les dernières semaines. Tantôt, un garçon qui a ramassé un grand sac de canettes vides en bordure d’un fossé. Là, un frère et une sœur photographiés avec leur butin dans le cadre de la Semaine québécoise de réduction des déchets. Assez fascinant qu’en 2020, des petits humains doivent passer derrière les plus grands. Des verres vides et des canettes le long de la route, vraiment? 

Le monde nous attendra, écrivait mon collègue bourlingueur aux assoiffés de voyage devenus sédentaires obligés. « Et peut-être qu’on l’aimera plus et qu’on en prendra davantage soin... parce qu’il nous aura manqué, un peu, beaucoup ». Peut-être, alors, pourrions-nous commencer par aimer notre propre territoire, celui qu’on arpente, celui qu’on découvre, celui qui nous a vus grandir? 

En 2020, des petits humains doivent passer derrière les plus grands. Ci-dessus, Marielle et Olivier, les enfants d’amis dans le Bas-St-Laurent, lors d’une activité organisée dans le cadre de la Semaine québécoise de la réduction des déchets.

Par un petit matin gris, les propos de Frédéric Therrien, coordonnateur au parc régional du Mont-Ham, m’encouragent un peu. Malgré la hausse d’achalandage incroyable qu’a connu le parc cette année (57 000 personnes, soit 15 000 de plus que l’année dernière), on y retrouve moins de déchets qu’il y a cinq ans, estime-t-il.

« Ça fait six ans que je travaille au mont Ham et les premières années, c’était l’enfer. Je faisais des patrouilles chaque semaine et je ramassais des sacs de déchets pleins, c’était épouvantable. Le plein air est en essor, les gens aiment de plus en plus ça. En même temps, cette clientèle-là s’autoresponsabilise. C’est sûr qu’on en ramasse encore, des déchets. C’est le cas à l’automne parce qu’il y a plus de gens qui font de la randonnée, qui n’en font pas habituellement et qui viennent en montagne. Mais par rapport à il y a cinq ans, je vois vraiment une différence. Je pense qu’il y a beaucoup de randonneurs aussi qui en ramassent, ce qui fait la différence (...) Les gens s’éduquent entre eux. Ce n’est pas gagné, mais c’est encourageant. » 

Je fais néanmoins le même souhait que mon collègue bourlingueur : que l’on prenne soin de notre monde. Ici et maintenant.

Le conseil d’administration du parc Harold F. Baldwin, fréquenté pour le très populaire mont Pinacle, se disait déçu et découragé, au début novembre. C’est que malgré les avis de fermeture et les barrières sur place, beaucoup de personnes ont franchi l’accès aux sentiers. 

C’est un exemple parmi tant d’autres au Québec. Mais pourquoi donc s’empêcher de randonner quand un sentier est fermé? demandait un randonneur membre d’un groupe de randonnée. Faire fi des consignes peut mener jusqu’à une fermeture définitive du sentier, explique Grégoire Fayol, directeur général adjoint chez Rando Québec. 

« Le gros enjeu à cette période de l’année, c’est que c’est très humide. Le sentier n’est pas capable d’absorber le nombre de pratiquants. Même si la randonnée pédestre a un faible impact sur l’environnement, le piétinement régulier sur un sol humide va créer des dégâts incroyables sur les sentiers. Malheureusement, le randonneur aguerri sait qu’il doit marcher dans le trou de bouette. Celui qui est moins connaissant va marcher autour, ce qui ne fait qu’élargir la zone humide. On se retrouve avec des mares complètes sur le sentier et remettre cela à niveau, pour un gestionnaire de sentiers, c’est énormément de travail. » 

Il en va aussi de la sécurité des gens : celle-ci peut être compromise, notamment pendant la période de la chasse. « Un sentier fermé est un sentier dont plus personne n’est responsable. Si vous passez la barrière, vous engagez votre propre responsabilité (…) Si vous tombez en bas d’un pont d’un gestionnaire, vous ne pouvez pas vous retourner contre le gestionnaire », observe M. Fayol. 

En cas de non-respect, certains propriétaires peuvent mettre fin au droit de passage. « Parfois, on perd des sentiers au complet, parce que la zone au milieu, elle est névralgique pour exister. Si on perd un bout, on perd l’ensemble du sentier. »  

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Malgré la hausse d’achalandage, on retrouverait moins de déchets au mont Ham, selon le coordonnateur du parc régional du Mont-Ham, Frédéric Therrien.