Semelles anti-chutes: quand l’art inspire la science

L’origami a déjà inspiré la fabrication de panneaux solaires qui se déploient une fois dans l’espace. Maintenant, c’est au tour du kirigami, cousin de l’origami, d’inspirer les scientifiques, cette fois-ci, dans la création d’un revêtement anti-chutes pour chaussures.

Le 1er juin dernier, des chercheurs du prestigieux Institut de Technologie du Massachusetts (MIT) ont dévoilé un nouveau revêtement de semelle capable de mieux adhérer aux surfaces et qui pourrait prévenir les chutes, notamment sur la glace. Ce revêtement est inspiré d’une peau de serpent et, surtout, de l’art japonais du kirigami.

L’équipe du MIT a appliqué des principes de découpage du kirigami pour créer des motifs dans des feuilles de plastique ou de métal. Ces revêtements, appliqués sur la semelle d’une chaussure, restent plats lorsque le porteur est debout, mais les pointes découpées ressortent lors d’un mouvement de marche.

«La nouveauté de ce type de surface est que nous avons une transition de forme d’une surface plane 2D à une géométrie 3D avec des aiguilles qui sortent», explique l’un des chercheurs impliqués sur le projet, Sahab Babaee.


« «La nouveauté de ce type de surface est que nous avons une transition de forme d’une surface plane 2D à une géométrie 3D avec des aiguilles qui sortent» »
Sahab Babaee, chercheur du MIT

Les chercheurs ont constaté que tous les motifs découpés augmentaient la friction. Les meilleurs résultats ont été obtenus par l’utilisation d’un motif de courbes concaves. Ils ont remarqué qu’avec le revêtement kirigami fixé aux semelles, la quantité de friction générée était de 20 à 35 % supérieure à la friction générée par les chaussures seules.

L’équipe du MIT espère que leur invention pourra prévenir les chutes chez les personnes âgées et améliorer la sécurité des personnes qui travaillent dans des environnements où les planchers sont huileux.

Qu’est-ce que le kirigami?

Quand le papier est introduit au Japon, il devient rapidement populaire comme matériau d’architecture ainsi que pour écrire : une lettre écrite sur du papier qu’on peut ensuite plier se transporte plus facilement que des rouleaux de papyrus. D’abord utilisé pour maximiser l’espace, le pliage devient un art et même une signature. Des individus et des groupes se caractérisent par l’utilisation de certaines techniques de pliage ainsi que de certains motifs de papier. Dans cette discipline traditionnelle, aucun découpage ni collage n’est autorisé, note Adam Langevin, artiste visuel qui a fait du papier sa muse.

En partenariat avec la Coop Zone, l’artiste prévoit offrir des cours d’origami cet automne, si madame COVID ne vient pas bouleverser les plans. Dans son cours, il présente aussi le kirigami et le pop-up, deux cousins de l’origami.

Le kirigami était notamment pratiqué au Japon dans les cérémonies et les temples shinto. Contrairement à l’origami, le kirigami se caractérise par l’utilisation du découpage, mais encore une fois, il est interdit de coller. Les œuvres de kirigami se déploient sur une surface à 90°. Adam Langevin utilise un couteau de précision pour réaliser le découpage de petits motifs sur des feuilles de papier pour créer des œuvres abstraites ou d’inspiration architecturale.

Le pop-up est le plus récent cousin de l’origami où découpage et collage sont utilisés pour créer des œuvres qui s’ouvrent sur une surface à 180°. Le mouvement, au moment de l’ouverture de l’œuvre, détient une place plus importante dans cette pratique que les autres, souligne l’artiste.