Un des photos finalistes d'Yves Houde au concours Contessa 2021 dans la catégorie styliste avant-garde.
Un des photos finalistes d'Yves Houde au concours Contessa 2021 dans la catégorie styliste avant-garde.

Quelle tête! Les défis de la coiffure créative

Caroline Grégoire
Caroline Grégoire
Le Soleil
Au sous-sol de l’Atelier Méga Coiffure, Yves Houde laisser aller ses élans de créativité. Cet endroit, il l’appelle sa «caverne d’Ali Baba». Le coiffeur de métier ne compte plus les heures passées dans ce microcosme éclectique où les rallonges de cheveux, les outils et les articles recyclés se mélangent pour créer un décor inusité propice à la création.

Dans cet univers, Yves crée les concepts qu’il propose au concours de coiffure Contessa depuis 15 ans. «Chaque année, ça me chatouille, je n’arrêterai jamais, j’aime trop ça. J’aime travailler pour la beauté des hommes et des femmes. Mais j’aime aussi travailler ma créativité. J’ai la possibilité de faire ça avec ce concours. C’est très différent de ce que je fais à coiffer derrière une chaise. C’est une structure que je construis de A à Z.»

Cette année, il se retrouve finaliste au concours Contessa dans la catégorie styliste avant-garde. Mais ce n’est pas une raison pour lui de prendre une pause. Nous l’avons rencontré lors de la journée de préparation de sa mise en candidature pour le concours de l’an prochain dans la catégorie styliste texture. Rien n’arrête la passion de cet homme pour la coiffure créative.

Cet art s’est invité très tôt dans la vie d’Yves Houde. À l’âge de 10 ans, il coiffait sa grand-mère chaque dimanche. Durant ses études de coiffure, il travaillait comme assistant chez un coiffeur qui avait l’habitude d’aller se former à l’international. L’aventure a duré cinq ans. Par la suite, il a loué une chaise dans un salon pendant quelques mois. Avec 250 $ en poche, il a décidé d’ouvrir son propre salon. Trente ans plus tard, l’Atelier Méga Coiffure a toujours pignon sur rue à Limoilou, sur le chemin de la Canardière.

Le coiffeur Yves Houde et son équipe — dont Marie-Eve Gosselin — en préparation pour le concours Contessa 2022.

«J’ai découvert la coiffure extravagante en rencontrant des gens de haut calibre, je trouvais ça super intéressant. À cette époque, c’était les coiffures et maquillages excentriques au Carnaval de Québec. J’ai débuté là. J’ai parcouru les défilés, mais je voulais travailler les rallonges et les matériaux recyclés.»

Pour se faire une idée de la préparation que demande ce genre de création, Yves Houde estime chaque processus de recherche et développement à 200 heures de travail. «Il faut s’inspirer, se faire des mood boards, rechercher les tendances. Je regarde sur Pinterest, je consulte des vidéos, et je teste des structures. Je vais voir à travers le monde entier pour trouver l’inspiration pour mon image. Je pense aux cheveux, au maquillage, au vêtement, à l’émotion de l’image, aux matières et aux structures.»

Une fois l’idée en tête, le processus de création de textures est souvent fait d’essais et d'erreurs. Pour proposer leurs créations à ce concours, les coiffeurs soumettent un portfolio de leurs créations. On ne parle pas d’une simple photo prise sur le vif. Plusieurs heures de préparation sur les modèles sont nécessaires.

À titre d’exemple, lors de notre rencontre le 25 octobre, quatre mannequins ont été convoqués à 8h. Yves et sa brigade de quatre coiffeurs et d’un assistant sont à la tâche pour préparer les talents. La séance se terminera 12 heures plus tard. On retiendra une seule photo par modèle de coiffure. De ces quatre photos finales, les trois plus fortes formeront la série proposée pour le concours.

Les trois photos finalistes au concours Contessa 2021 dans la catégorie styliste avant-garde.

Pour la première fois, Yves peut compter sur des gens du milieu de la coiffure qui ne sont pas ses employés. Très actif sur les réseaux sociaux dans les groupes de soutiens de coiffeurs, il a fait pendant le confinement la rencontre virtuelle de Marie-Eve Gosselin, de Litchi coiffure urbaine, et de Julie Verrons, de l’Atelier des Artistes Coiffeurs. Entre eux est né un désir commun de créer une équipe de travail dont le but est de mener des projets d’envergure. Les créations prendront donc vie sous le nom de Yves Houde et son «Kollectiv».

Marie-Eve Gosselin, spécialiste des mèches et des balayages, a pris en charge les blonds des modèles. Julie Verrons, coloriste spécialiste des couleurs vives, s’est occupée de la coloration des rallonges. Les trois coiffeurs se sont retrouvés au jour de la prise de vue pour travailler les textures préalablement imaginées par Yves.

Marie-Eve Gosselin, Yves Houde et Julie Verrons forment le «Kollectiv» en préparation pour le concours Contessa 2022. Ils se donnent comme but de créer des opportunités d’envergure pour leurs projets de coiffures créatives.

Tous les maquillages sont réalisés par Yves qui a également fait son propre stylisme vestimentaire. Les photos sont faites par Sylvain Primeau; Alexandra Jobin s’occupe du design graphique. En plus d’une prise de vue préparée et exécutée à la perfection, le raffinement esthétique de l’image a son importance. Rien n’est laissé au hasard.

Le 8 novembre se tiendra le gala Contessa des coiffeurs canadiens de l’année 2021. Finaliste dans la catégorie styliste avant-garde, Yves a proposé cette année des créations sur le thème de l’univers du réalisateur de cinéma Tim Burton. «J’ai eu envie d’amener ce thème dans un univers qui me rappelle les créations du Cirque du Soleil. J’ai fait des formes non concrètes que j’ai sculptées avec de la cage à poules, des cheveux, des pierres semi-précieuses et formes de plastique que j’ai préchauffé pour leur donner une forme.»

«Je me sens comme Edward aux mains d’argent qui crée avec ses mains-ciseaux. Je m’amuse à travers ça. J’ai encore le cœur d’un enfant.»

Le coiffeur Yves Houde élabore ses concepts au sous-sol de son salon, l’Atelier Méga Coiffure.

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Contessa: les Oscars de la coiffure canadienne

L’industrie canadienne de la coiffure récompense le talent des artistes du pays avec les prix Contessa. Chaque année depuis 1988, le concours rassemble les meilleurs au pays dans une compétition basée sur la photographie.

Les professionnels de toutes les provinces sont invités à soumettre le portfolio de leurs créations. Deux panels de juges experts ont pour mission d’évaluer les images. La première ronde de sélection s’effectue par des professionnels canadiens de l’industrie de la beauté. La seconde ronde se déroule à l’international. À cette étape, le jury est constitué d’éditeurs beauté, de photographes et de coiffeurs célèbres.

La présente édition se veut un peu particulière, les participants furent invités à revisiter leur création des deux dernières années et les soumettre au jury. Le nom des gagnants sera révélé en ligne lors du 31e gala, le dimanche 8 novembre.