Que sont devenues les «supermodels» des années 90?

L’histoire débute par la couverture du magazine Vogue, édition de janvier 1990, montrant une photo prise par Peter Lindbergh. Cinq mannequins aux antipodes des dictats de la mode de l’époque. Au lieu des vêtements bouffants, cheveux gonflés et maquillage acidulé, les cinq femmes portent hauts de jersey, jeans Levi’s, coiffure souple et maquillage naturel. L’objectif pour l’éditrice Liz Tilberis : incarner la décennie en une image.

Pour Peter Lindbergh, impossible de réaliser ce cliché avec un seul mannequin. La décennie 90 n’est plus celle d’un stéréotype unique. Cette image réunira cinq femmes qui, 30 ans plus tard, sont toujours aussi actuelles et pertinentes dans le monde de la mode.

Cette photographie a marqué un tournant. Ce moment où le mannequin, vu jusque-là comme une entité anonyme, devient une personnalité à part entière. Portrait contemporain des cinq premiers top-modèles, Linda, Christy, Naomi, Tatiana et Cindy, vedettes à tous âges.

La couverture du Vogue anglais de janvier 1990, photographiée par Peter Lindbergh.

1) NAOMI CAMPBELL

Toujours aussi pertinente sur les podiums et dans les magazines, Naomi Campbell a une opinion forte au sujet de la diversité. Ce n’est pas simplement une mode, selon elle, mais plutôt un reflet de la société. Aujourd’hui, à 49 ans, elle est encore un des mannequins les plus populaires. On l’a vue en couverture des Vogue Paris, Japon et Angleterre cet été. On la trouve aussi dans la récente publicité de sous-vêtements Calvin Klein et elle a clos le défilé d’été de Valentino. Et dire qu’en 1993, elle a été larguée par son agence, sous prétexte qu’elle n’était plus rentable.

En 2005, Naomi Campbell fonde «Fashion for relief», qui a amassé plusieurs millions de dollars en appuie à des sinistrés. Sa plus grande inspiration philanthropique est Nelson Mandela, qui a été un ami. À ce jour, par l’entremise des médias sociaux, elle réussit à sensibiliser les gens à la pauvreté en Afrique. Ce qu’elle publie est accompagné de renseignements au sujet de la famine, de l’accès aux services de santé et des inégalités de richesse. 

En décembre, le Conseil de la mode britannique lui remettra le prix honorifique d’icône de la mode. Depuis ses débuts, elle incarne la beauté, la diversité et l’implication sociale. 

Naomi Campbell en couverture de l’édition de Vogue Japon de juin 2019.

2) LINDA EVANGELISTA

La Canadienne détient le titre de «plus grand mannequin de tous les temps». Découverte à l’âge de 16 ans lors du concours de mademoiselle Niagara (qu’elle n’a pas gagné), elle a été repérée par un recruteur de l’agence Élite. Son premier essai dans le mannequinat fut un fiasco. Lors du second départ de sa carrière, le succès retentit. Elle ira à Paris faire sa marque sur les passerelles. Peu de temps après, les magazines se l’arrachent; elle enchaîne les premières pages. Muse de Chanel, Revlon, Ralph Lauren, Gaultier, Hermès... ce caméléon de la mode est partout.

En 2008, à l’âge de 42 ans, une première retraite. De temps à autre, on la voit dans les magazines, comme ambassadrice du fond de teint Dolce et Gabbana en 2015, en couverture du magazine Holt Renfrew en 2017, dans un éditorial de Harper’s Bazaar en 2018. Elle confie toutefois au Vancouver Sun en 2018 que son arrêt est temporaire et qu’elle sera de retour dans le monde de la mode. Nous la retrouvons en 2019, comme égérie et vice-présidente de la marque de soins de beauté Erasa.

La Canadienne Linda Evangelista est aujourd'hui vice-présidente de la marque de produits Erasa.

3) TATJANA PATITZ 

Aujourd’hui propriétaire d’un ranch à Malibu, en Californie, elle a été pendant deux décennies une des égéries du photographe Peter Lindbergh. Pour elle, le terme supermodel signifie simplement qu’elle a beaucoup travaillé durant les années 90. À ce jour, on peut l’apercevoir en couverture de Madame allemand. Elle a également défilé pour la marque Etro. S’adonnant à l’équitation depuis l’âge de 5 ans, elle apparaît dans les pages de magazines équestres du monde entier, parlant de ses efforts pour la protection des chevaux sauvages, pour la survie des animaux en danger et pour la sauvegarde des milieux naturels. 

Tatjana Patitz, écuyère depuis l’âge de 5 ans, se retrouve aujourd’hui en couverture des magazines équestres.

4) CHRISTY TURLINGTON 

Succès instantané à l’âge de 14 ans, elle a abandonné la carrière de mannequin en 1995 pour retourner aux études. Après cette pause, elle est revenue de temps en temps au mannequinat, puis a fondé une compagnie de produits cosmétiques et une ligne de vêtements de yoga. Dans sa vie personnelle, elle a épousé en 2003 l’acteur Edward Burns. À la naissance de sa fille Grace en 2004, elle a souffert d’une hémorragie post-partum presque fatale. Prenant conscience de la chance qu’elle a eu d’être traitée dans un endroit où les soins sont accessibles, elle a fondé en 2010 «Every Mother Counts», une initiative dédiée à l’amélioration des soins de santé maternels à l’échelle planétaire. 

Turlington se retrouve ce mois-ci en couverture du magazine Vogue anglais, coédité par la duchesse Meghan Markle. Elle est présentée comme l’une des 15 femmes aux causes uniques qui sont des forces de changement dans le monde. 

Christy Turlington en couverture du Vogue mexicain de mai 2019

5) CINDY CRAWFORD

Auteure, mère, décoratrice, propriétaire d’une gamme de produits de beauté, Cindy la femme d’affaires est maintenant au premier plan. Reste que le mannequinat fait toujours partie de sa vie. Son image athlétique typée américaine est encore d’actualité sur le papier glacé et sa popularité est toujours aussi grande. 

Égérie de renom, ses collaborations sont fructueuses. Pensons à celle avec l’horloger Omega qui a débuté en 1995 ou cette publicité télévisée de Pepsi qui a fait d’elle une icône au même titre que le short de jeans de marque Levi’s qu’elle portait. De ce fait, l’union de Cindy et de Levi’s est si parfaite qu’en 2017 la griffe Re/Done a proposé une capsule de jeans Levi’s réinventé selon Cindy. Aujourd’hui âgée de 53 ans, cette véritable figure mythique de la culture américaine incarne l’ultime «fille d’à côté».

Cindy Crawford, en mars, sur la première page du magazine hebdomadaire Edit de Net-à-Porter