Le poil des chiens d’ Emmanuelle Perron aura coûté près de 90$ à filer.

Elle tricote le sous-poil de ses chiens

CHRONIQUE / Lors de la dernière mue de ses chiens, Emmanuelle Perron a brossé et gardé le sous-poil de son husky et de son berger belge. En y ajoutant le sous-poil du berger shetland de son oncle, elle a rempli un sac d’épicerie en plastique.

Par la suite, elle a confié son précieux sac à l’entreprise de Saint-Fulgence, Le Chevrier du Nord qui a transformé le sous-poil en écheveau.

Le sous-poil des chiens étant généralement gris, elle s’est retrouvée avec quatre belles balles de fibre canine de 160 verges. Les artisans du Chevrier du Nord avaient pris soin d’y ajouter 40 % de mohair pour que la fibre se tienne mieux. Le processus étant laborieux, la facture d’Emmanuelle frôlait les 90 $. « Pour moi, c’est un souvenir inestimable de mes chiens. C’est vraiment un produit de qualité. Je vais l’avoir longtemps, assure-t-elle. D’ailleurs, pour en avoir déjà acheté, je confirme que le mohair artisanal coûte très cher. »

Lors de la dernière mue de ses chiens, Emmanuelle Perron a brossé et gardé le sous-poil de son husky et de son berger belge pour s’en faire une tuque, qu’elle porte sur cette photo.

Une première tuque

« Voilà ma toute première tuque faite à partir de poils de mue de mes gros chiens ! Si ça ce n’est pas du zéro déchet ! Faite au crochet avec un point bride relief alterné (damier), 65 mailles au pourtour », a écrit Emmanuelle sur sa page Facebook.

La tricoteuse aura mis huit heures de travail pour réaliser son projet. « En plus d’être belle, elle est très épaisse et vraiment chaude. Il me reste presque assez de fibre pour en faire une deuxième », précise-t-elle.

Au besoin, elle a prévu laver sa tuque à la laveuse au cycle délicat et la faire sécher à plat. Son prochain défi serait d’apprendre à confectionner une planche pour filer les poils de ses chiens elle-même. « Sur Internet, on retrouve beaucoup de vidéos pour nous apprendre à le faire », raconte celle qui prône l’autosuffisance et la réduction des déchets. Chez elle, elle possède même quelques poules.

Voici la transformation de la fibre de poil canin rasé (berger anglais), lorsque Le Chevrier du Nord a procédé au lavage, au séchage et au cardage.

Tricot

La femme de Chicoutimi-Nord tricote depuis seulement trois ans. « Tu es tellement anxieuse ! Tricote ! Fais quelque chose », lui avait lancé son père en 2017. Elle l’a écouté et constate que c’est une très bonne thérapie. « Ça m’aide vraiment à me calmer. Quand je tricote, je ne pense pas à des affaires négatives », réfléchit-elle. Elle a tout appris par elle-même, grâce à des tutoriels dénichés sur YouTube. Depuis ce temps, toute l’année, elle tricote. Surtout le soir, quand elle revient du travail. Son passe-temps est même devenu une forme d’implication pour venir en aide aux animaux.

« J’ai fait un lot d’une vingtaine de guenilles, faites au crochet, pour le groupe Rescapés Poilus qui vient en aide aux chats errants. Je leur donne et ils les vendent comme moyen de financement », indique Emmanuelle.

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UNE DEMANDE PARTICULIÈRE POUR LE CHEVRIER DU NORD 

Annie Pilote, copropriétaire de l’entreprise Le Chevrier du Nord, avoue que ce n’est pas tous les jours qu’elle reçoit du sous-poil de chien à transformer.

« Ça demande beaucoup de travail. D’abord, on doit faire tremper le poil dans l’eau chaude et y ajouter un dégraissant. On ajoute aussi du savon pour enlever l’odeur », explique Mme Pilote. Il faut dire que le poil de chien sent beaucoup plus fort que celui de la chèvre. 

Ensuite, le poil est installé sur un grillage pour sécher. Une fois bien sèche, la fibre est d’abord cardée, pour être ensuite passée au filage. Une fois mise en écheveau, elle est prête pour la livraison. Dans le cas d’Emmanuelle, du mohair a été ajouté. « On pourrait filer 100 % de poil de chien, mais il faudrait qu’il soit très long », conclut Mme Pilote. 

Le Chevrier du Nord est un économusée de lainerie situé à Saint-Fulgence. On peut y découvrir des élevages de chèvres angoras et de moutons pour la production de mohair et de laine. La fibre est par la suite transformée sur place en vêtements mode, suivant les étapes de filature et de construction textile.