Jean-René Lebel (Shaker) a servi son cocktail aux juges dans une mallette d’agent secret, clin d’œil aux films Men in Black.

Made With Love: cocktails et spectacle

Lundi 17h. Plus d’une vingtaine de mixologues de Québec se réunissent au Cabaret Club Le Drague, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Ils attendent, fébriles, le début des qualifications de la 10e compétition Made With Love, qui met en valeur tout le savoir-faire nécessaire pour créer des cocktails originaux. Et si le talent est primordial, il faut aussi donner un bon spectacle sur scène!

Barman, barchef, bartender, mixologue… peu importe le terme employé pour les qualifier, les participants doivent avant tout faire preuve de créativité. «C’est artisanal. Un barman va créer ses sirops, choisir ses glaces, les bons verres, et va rechercher l’équilibre des saveurs», indique Martin Perron, barman au restaurant Il Teatro du Capitole depuis 15 ans et ambassadeur de la compétition Made With Love (MWL) de Québec cette année.

«C’est un spectacle, pour montrer au public qu’on sait recevoir et qu’on propose des produits de qualité supérieure», indique M. Perron, qui a lui-même participé deux fois à MWL par le passé.

Les qualifications de lundi dernier ont permis de sélectionner 18 participants pour la finale régionale qui se déroulera le 17 juin à Québec — elle avait lieu au Château Frontenac dans les dernières années, mais sera cette fois présentée à l’Espace Dalhousie. Des événements semblables se déroulent aussi à Montréal, Toronto, Ottawa, Halifax et Calgary. Dans chaque ville, deux candidats seront retenus pour participer à la finale nationale — dont l’édition 2018-2019 se tient bientôt à Halifax.

Jean-René Lebel (Shaker) a servi son cocktail aux juges dans une mallette d’agent secret, clin d’œil aux films Men in Black.

«Aux qualifications, il faut servir un verre aux trois juges… mais à la finale régionale, il faut pouvoir faire 1200 à 1500 fois son cocktail pour le servir au public!» signale Martin Perron.

Ce qui ne veut pas dire que la première étape est facile pour autant. «Les participants sont jugés sur le goût du cocktail, l’originalité de la présentation, l’originalité des ingrédients et le respect du temps, qui est de quatre minutes», explique Baptiste Gissinger, fondateur d’Expedition Gin, l’un des trois juges de la compétition. 

Pour pimenter le tout, chaque compétiteur pige, juste avant le départ du chronomètre, l’alcool de base avec lequel il doit réaliser son cocktail. «Ça ajoute une pression, même en étant bien préparé», signale M. Gissinger. Le mixologue ne fera évidemment pas le même mélange de saveurs s’il pige la tequila que s’il tombe sur du Campari, de l’amaretto, du rhum ou du whisky. 

Stéphanie Imbeault (Fairmont Le Manoir Richelieu) était déguisée en Doc, l’inventeur dans les films Retour vers le futur.

« C’est un spectacle, pour montrer au public qu’on sait recevoir et qu’on propose des produits de qualité supérieure »
Martin Perron, ambassadeur de Made With Love à Québec
Martin Perron, ambassadeur de Made With Love à Québec

Inspiration cinéma

Et pour ajouter au côté spectacle, chacun des duos qui s’affrontent sur scène devait cette année s’inspirer d’un film qui lui était imposé. Tant pour le cocktail servi que pour les garnitures et accessoires — ce qui a donné lieu à plusieurs moments cocasses.

Jean-René Lebel, qui n’en était pas à sa première participation à MWL, devait s’inspirer du film Men in Black pour élaborer son cocktail, à base de scotch whisky, auquel il a intégré notamment son propre sirop d’abricot et d’orange sanguine. Vêtu d’un costume noir, il a présenté sa création dans une mallette d’agent secret, et s’est assuré d’effacer la mémoire des juges avec un flash pour qu’ils ne se rappellent de rien (ceux qui ont vu le film comprendront la référence). M. Lebel, qui a élaboré la carte des cocktails pour les restaurants Shaker, avait remporté le prix du public lors de la finale régionale il y a trois ans, et terminé 6e à la finale nationale, se méritant ainsi un voyage en Italie.

Quant à Amanda Bernard, qui prenait part à MWL «pour la troisième ou quatrième fois», c’est le Rocky de Sylvester Stallone qui la guidait dans sa création. «D’habitude je fais des cocktails plutôt girly en compétition, mais là je n’ai pas le choix d’aller ailleurs», indique la jeune femme qui travaille à la Brasserie La Faucheuse et au resto-bar L’Gros Luxe. Dans son cocktail à base de Campari, elle a ajouté un œuf entier — «parce que Rocky, il ne prend pas juste des blancs d’œuf» —, du bourbon et du vermouth pour un breuvage costaud.

Alex Vallières (Taverne Grande Allée) avait amené ses ballons de basket pour servir son cocktail selon la thématique de Space Jam

Les alcools et les ingrédients de base étaient fournis par l’organisation de MWL, mais les participants devaient amener leurs sirops maison, choix de garnitures ou accessoires.

Mentions spéciales à Alex Vallières (Taverne Grande Allée) qui a utilisé «la marmelade de ma mère, parce que ça me rappelle mon enfance comme Space Jam». Il a servi son cocktail aux juges sur un plateau avec un mini panier et des ballons de basket. Celui avec qui il était jumelé, Gwenvael Lucas, a de son côté allumé des feux de Bengale pour épater jury et public. 

Côté costumes, Julien Marcoux (Bar La Chaloupe) en chasseur de fantômes de Ghostbusters et Stéphanie Imbeault (Fairmont Le Manoir Richelieu) en combinaison d’inventeur — clin d’œil à Doc dans Retour vers le futur — ne sont pas passé inaperçus.

Au terme de cette soirée festive, c’est Tristan Plourde (Marriott Québec) qui s’est classé en première position avec son cocktail à base d’amaretto, triple sec, sirop de café maison, une touche d’agrumes et de muscade.

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Une création lors des qualifications de Made With Love à Québec.

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Petit buzz devenu grand

Pierre-Olivier Trempe a fondé Made With Love en 2009, en présentant d’abord un premier événement en décembre à Montréal, puis à Toronto et à Québec dans les mois suivants. «Il y a 10 ans, c’était le début d’un buzz en mixologie, entre autres à New York et à Londres. Il n’y avait à peu près rien encore à Montréal, encore moins à Québec. J’ai dû faire venir des participants de Toronto pour la première présentation dans la capitale!» raconte M. Trempe, qui œuvrait déjà dans l’événementiel auparavant et qui a été attiré par le côté «spectacle» de la création de cocktails. 

Pierre-Olivier Trempe, fondateur de Made With Love

Aujourd’hui, la compétition Made With Love est présente dans plusieurs grandes villes canadiennes, et elle a également été implantée en Espagne — Madrid, Barcelone, Bilbao et Séville. Si le désir d’exporter le concept dans d’autres pays est bien présent, Pierre-Olivier Trempe signale être fort occupé avec l’ouverture en novembre dernier de l’école de bar Made With Love à Montréal, de même qu’avec la plateforme événementielle Tribute — qui était à l’origine du bar éphémère du même nom dans la basse-ville de Québec le printemps dernier, rendant hommage aux microdistilleries locales. «On a présenté un festival en Alberta [en mars], et on en prépare un pour Montréal en septembre», signale M. Trempe. 

Pour plus de détails: mwl.enjoymadewithlove.com et tributetocraft.com  

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Les finalistes de MWL Québec

  • 1. Tristan Plourde, Marriott Québec
  • 2. Pierre-Luc Germain, Paris Grill
  • 3. Francis Bernard, Chez Tao
  • 4. Alex Vallières, Taverne Grande Allée
  • 5. Jean-René Lebel, Shaker Sainte-Foy
  • 6. Laurence Deshaies, Le Drague Cabaret Club
  • 7. Camille Saracchi, restaurant Il Teatro
  • 8. Alex Frenette, Phoenix du Parvis
  • 9. Gwenvael Lucas, Tapas & Liège
  • 10. Amanda Bernard, Brasserie La Faucheuse
  • 11. Stéphanie Imbeault, Fairmont Le Manoir Richelieu
  • 12. Macdie Moulin-Vézina, District Saint-Joseph
  • 13. Maxime St-Germain, Ma Station Café
  • 14. David Huot, L’Atelier
  • 15. Yann Levesque, Barman et Robine
  • 16. Julien Marcoux, Bar La Chaloupe
  • 17. Anthony Talbot, Les Sales Gosses
  • 18. Samuel Lachance, La Belle et la Boeuf