Madame Chose: plein la vue

CRITIQUE / Elle possède tout un domaine, cette Madame Chose, et c’est ce décor fouillé qui époustoufle avant tout. Côté bouffe, elle s’adapte bien aux tendances, mais certains détails restent à peaufiner chez le dernier-né du Groupe Restos Plaisirs.

Dès l’entrée, magie! Alors qu’on traverse un rideau de fumée orné de projections colorées, on oublie illico qu’on se trouve dans les Galeries de la Capitale. 

Puis, on découvre l’immense et impressionnante salle à manger divisée en diverses zones. Le regard papillonne d’un arbre énorme au tronc craquelé éclairé de l’intérieur jusqu’à la cuisine cerclée d’un grand comptoir, avant de se poser sur le bar du fond, à l’ambiance lounge, spectaculaire avec son mur de losanges en verre. 

Le serveur nous mène dans la direction opposée, sur la gauche, dans la section nommée «le jardin», la plus feutrée. Magnifique et un brin baroque, avec sa tapisserie vieillotte, ses fauteuils pivotants de velours vert d’eau et sa luxuriance de fausses plantes qui dégringolent d’un treillis au plafond. Des haut-parleurs diffusent des chants d’oiseaux; au mur, les personnages de portraits de famille en noir et blanc se succèdent dans de lents fondus. 

L’expérience immersive imaginée par le concepteur Olivier Dufour est fort réussie, et il y aurait beaucoup à dire sur le design et les nombreux clins d’œil à cette excentrique Madame Chose, qui, comme le veut le «narratif», habite à l’étage au-dessus et nous reçoit dans sa cour arrière.

Mais nous sommes ici pour parler de nourriture, n’est-ce pas, alors procédons.

Conscience locale

À 18h, une horloge grand-père sonne quelques coups, et un serveur nous présente Patrick Dubé et sa brigade. Jadis au Bonne Entente et au Saint-Amour, le chef nous souhaite la bienvenue, et nous, on souhaite que le spectacle se poursuive dans l’assiette. Déjà, en lisant le menu entre deux gorgées de mocktail Groove du jardin (eh oui, comme plusieurs, je suis en sevrage temporaire), j’avais constaté un souci évident d’utiliser des produits locaux — même du côté des alcools —, de saison, bios et écoresponsables, ainsi qu’une belle offre végé.

Armée de ma jolie fourchette au fini cuivré — j’adore ce genre de détails —, je pique un dumpling dans l’assiette qui vient d’atterrir sur la table. Farci de porc et de crevettes, il est d’une cuisson sans faute et riche en saveurs, mais c’est surtout la sauce aux arachides, juste assez vinaigrée, qui se démarque. Par contre, 12 $ pour quatre raviolis, voilà qui nous semble exagéré.

Les dumplings au porc et aux crevettes, avec sauce aux arachides

David, lui, attaque sa soupe à la courge musquée rôtie gratinée au Hercule. Excellent choix de fromage, au goût robuste, belle quantité de croûtons de pain, mais le bouillon clair manque un peu d’assaisonnement et est chiche en cubes de courge.

Je poursuis avec un pavé d’omble de l’Arctique de la Pisciculture de Charlevoix, superbement cuit à l’unilatérale. La peau craque, la chair est floconneuse, et le jus de viande et estragon s’avère un délicieux partenaire. En complément : poireau, courgette grillée et purée de courge. Puisque j’adore les frites, j’ai commandé un extra. Hypercroustillantes à l’extérieur, tout aussi moelleuses à l’intérieur, elles sont ici à la mode pont-neuf, c’est-à-dire dodues.

Le suprême de poulet bio de Charlevoix, bien que d’une tendreté impeccable, nous laisse perplexes par la grande quantité de jus de légumes réduit dans lequel il baigne. Sinon, on salue l’idée de le farcir sous la peau d’échalotes aux herbes et de citron confit : c’est goûteux à souhait.

Je lorgne les assiettes de ma sœur et de mon beau-frère, qui nous accompagnent, et constate que là aussi, les cuissons sont parfaitement maîtrisées, autant pour les pétoncles poêlés que pour la bavette de bœuf.

Au dessert, nous plongeons nos cuillères direct dans la nostalgie avec un pouding chômeur au sirop d’érable et (très discret) merisier, chapeauté d’une onctueuse crème fouettée. Mais le mi-cuit au chocolat et betteraves nous désarçonne. Moi, vous me dites mi-cuit, et j’escompte un petit gâteau chaud au cœur divinement coulant. Ici, on a plutôt affaire à un moelleux froid au cœur tendre. Pas mauvais, remarquez. Seulement mal baptisé.

Avec un sourire aussi pimpant qu’à notre arrivée, le serveur nous fait payer en discutant de l’achalandage, considérable pour un dimanche soir, et des menus midi qui valent le détour. Pendant que je retraverse le rideau magique, je me demande si Madame Chose, en haut, est déjà au lit, ou si elle attend le départ de ses derniers invités.

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AU MENU

Madame Chose
5401, boul. des Galeries (Galeries de la Capitale)
581 814-0880
madamechose.com
Ouvert dès 11h du lundi au vendredi et dès 9h la fin de semaine
Bouteilles de vin de 37 $ à 130 $
Plats de 19 $ à 37 $
Coût de l’addition pour deux avant taxes, pourboire et boissons: 104 $ (pour deux entrées, deux plats, un extra et deux desserts)
Bravo: pour le décor spectaculaire et la mise en scène; les cuissons irréprochables; l’attention portée au caractère local des produits et à l’offre de plats végés.
Bof: les prix sont assez élevés, et les fréquents changements d’intensité d’éclairage finissent par agacer.

Dans des teintes de bleu et de vert et remplie d’objets que l’on imagine appartenir à Madame Chose, la section «jardin» est la plus feutrée de l’impressionnante salle à manger.