Ruines de la forteresse de Tetovo (Kale) et vue sur les montagnes de Shar
Ruines de la forteresse de Tetovo (Kale) et vue sur les montagnes de Shar

Macédoine du Nord: une aventure professionnelle dépaysante

Raphaëlle Plante
Raphaëlle Plante
Le Soleil
Ils viennent du Québec, mais sont partis vivre aux quatre coins du monde. Pour le travail, par amour, pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte. Le Mag vous les présente et vous décrit leur quotidien — en temps normal, avant que la pandémie vienne tout chambouler. Tranches de vie.

NOM: Julie Chamberland
ÂGE: 39 ans
PROFESSION: Conseillère en communication et marketing pour une entreprise québécoise 

Trajectoire
«Déjà, mon enfance m’a amenée à bouger; je suis née à Pont-Rouge, j’ai passé une bonne partie de mon enfance au Lac-Saint-Jean, et la fin de mon adolescence à Québec, où ma famille proche habite toujours. J’ai fait mes études universitaires à Montréal et, 10 ans plus tard, après plusieurs voyages, j’ai voulu expérimenter des projets professionnels à l’étranger, d’abord à Nantes, en France, puis j’ai atterri en Macédoine.»

Julie et son mari Aleksandar au célèbre Lac d’Ohrid.

Raison
«J’avais décidé de bloquer quelques mois pour un projet professionnel dépaysant. Mon choix s’est arrêté sur une ONG culturelle basée à Tetovo, en Macédoine [désigné officiellement Macédoine du Nord depuis l’an dernier]. Je connaissais à peine le pays, mais j’avais visité la Serbie quelques années plus tôt et j’avais eu un coup de cœur pour la culture des Balkans. Là-bas, j’ai rencontré un collègue passionnant, Aleksandar, qui allait en 2016 devenir mon mari. Ces dernières années, je travaille de la maison et contribue au rayonnement d’une entreprise québécoise à travers le monde.» 

La célèbre Mosquée peinte de Tetovo.

Le plus dur à apprivoiser…
«Bien sûr, la barrière de la langue, ou plutôt des langues, est en soi tout un défi! Dans la région où j’habite se côtoient une grande variété de communautés ethniques et religieuses. On y parle le macédonien (une langue slave), l’albanais, mais aussi le turc, le serbe et plus encore. J’arrive à me débrouiller avec l’anglais, mais j’ai rapidement souhaité apprendre le macédonien pour pouvoir bien communiquer avec les amis, ma belle-famille et, surtout, acquérir une certaine autonomie. J’ai des bases en albanais, mais j’ai encore des croûtes à manger!»

Julie et Aleksandar se sont mariés sur le site historique du Monastère de Lesok.

Aujourd’hui, je vis comme une Macédonienne parce que...
«Je partage une passion commune avec les Macédoniens pour la nourriture locale et la rakia (eau de vie), souvent partagées dans les kafanas (petits restos «à la bonne franquette»). Je suis aussi passionnée par la région, j’ai donc avec le temps visité et fait visiter plusieurs lieux très typiques et historiques; monastères, vignobles, sites archéologiques, villages ancestraux. Je profite aussi beaucoup du fait que nous sommes entourés de magnifiques montagnes, et avec mon mari, nous faisons de la randonnée régulièrement.»

Une randonnée au soleil levant jusqu'au sommet du mont Ljuboten, dans les montagnes de Shar.

Je mange...
«Des légumes et fruits frais et saisonniers à l’année! Les poivrons rouges sont la spécialité, et à l’automne, on en fait une purée appelée «ajvar» qui sera dégustée avec du pain ou en apéro tout au long de l’hiver. C’est ici que j’ai mangé les meilleures tomates. J’en ai déjà acheté une savoureuse qui faisait près d’un kilo! Sinon, on mange aussi beaucoup de skara (grillades, barbecue), de fromages locaux. Les mets sont beaucoup teintés de l’influence turque, méditerranéenne et des montagnes.»

J’habite...
«À Tetovo, la deuxième ville du pays après la capitale, Skopje, à proximité des frontières albanaise et kosovare. Tetovo est située au pied des montagnes de Shar («Les montagnes colorées»). C’est une ville multiculturelle très dense, riche en histoire, mais aussi chargée de voitures. Le gros avantage, c’est de pouvoir tout faire à pied ou à vélo, et de pouvoir rapidement s’échapper à la montagne ou aller faire un tour à la capitale.»

Des bergers et leurs moutons dans les montagnes de Shar

Je m’ennuie...
«De mes proches, bien sûr! Sinon je dirais que l’accès à une vie culturelle riche est plus compliqué ici; la variété de festivals, d’expositions et de concerts offerts au Québec me manque et je fais le plein à chaque séjour dans la province!»

Des costumes traditionnels macédonien, albanais et turc.

Je reste branchée au Québec en...
«Suivant l’actualité au quotidien, c’est super important pour moi. Je prends souvent des nouvelles de la famille et des amis. J’accueille quelques Québécois qui visitent la région, et j’échange tous les jours avec les collègues québécois. Mon mari s’intéresse aussi beaucoup à la culture québécoise, nos expressions, notre musique, et on parle un peu français à la maison.»

Un bon coup de ma ville d’adoption que je rapporterais au Québec...
«Difficile de n’en choisir qu’un! Quelques saveurs à manger et à boire, assurément, le soleil, la connexion des gens avec leur culture et leurs racines, et une touche de résilience et de spontanéité.» 

La rakia, une eau de vie locale.
Une entrée typique à partager avec la rakia.

Mon pays d’adoption à l’ère de la COVID-19…
«La Macédoine a décrété l’état d’urgence très tôt. Les écoles sont fermées depuis début mars (réouverture annoncée pour septembre) et les commerces à grande surface viennent tout juste de rouvrir. Des couvre-feux les soirs et certaines fins de semaine ont aussi été imposés pour limiter les sorties, surtout à Pâques, et maintenant durant le ramadan. Comme partout, ça évolue très vite d’un jour à l’autre.»

Des poivrons sèchent sur un balcon dans la ville de Krusevo.