Les sept classes de première année de l’école du Harfang-des-Neiges à Stoneham fonctionnent loin des rangées de pupitres avec un professeur qui donne la matière.

Lire, écrire et vivre la langue

À 9h55, les élèves de première année entrent dans la classe d’Anne de Varennes. C’est la fin du cours de musique, suivi de la récréation. Ils chuchotent!
Écrire dans les fenêtres, tout un plaisir.

À 10h15, ils reviendront en classe pour continuer d’apprendre à lire et à écrire, à produire des sons, à répéter des phrases, à se raconter des histoires. C’est l’une des sept classes de première année de l’école du Harfang-des-Neiges à Stoneham ou le fonctionnement est loin des rangées de pupitres avec un professeur qui donne de la matière.

Non. Dans cette classe comme dans les six autres du même niveau, les enseignantes travaillent en équipe pour développer des activités où elles inventent des situations d’écriture à partir de la vie courante, des intérêts des élèves.

Lire à son rythme!

Par exemple, Mme de Varennes a reçu un caméléon en cadeau à Noël. Il est devenu le personnage d’une histoire à travers laquelle les enfants racontent d’autres histoires, font des dessins, apprennent de nouveaux sons, des syllabes pas si simples que ça à prononcer pour des petites puces hautes comme trois pommes. Mais ils ont des trucs affichés ici et là dans la classe.

Sophia, à genoux, James couché sur le dos, Leïla frétille sur son tapis. Ils sont accompagnés par la stagiaire Andréanne Beaulieu pour la période de lecture à l’autre. Chacun à tour de rôle lit à haute voix les mots sur la ligne du cahier d’exercices.

À genoux, couché, allongé, toutes les positions sont bonnes pour la lecture.

«Moi j’ai beaucoup de misère avec le «oin», raconte Sophia. Elle montre l’image du museau de cochon au mur de cette syllabe problématique, le groin… Ça vient avec une petite comptine, mais comme elle n’aime pas trop le fameux «oin», elle change les «ge», «gi», «gy». Il y a au moins une dizaine d’images des sons à apprendre.

À la fenêtre
Pendant que d’autres se parlent de leurs mots à écrire, que certains lisent dans un coin de la classe, allongé par terre bien calé dans un gros coussin, d’autres écrivent des séquences de mots dans les fenêtres. À une époque pas si lointaine, celui ou celle qui aurait osé écrire un simple mot ou un petit dessin du bout de son doigt sur la fenêtre embuée aurait été mis en pénitence dans un coin.

Une petite équipe assidue à l'écriture.

Cette vieille méthode n’existe plus. Heureusement! Les mots s’expriment de mille et une façons. Leur créativité s’exprime et ils apprennent à lire et à écrire avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Il y a un fond de musique pendant que les élèves parlent dans leur équipe respective. Et tout ce petit monde demeure concentré. S’il faut s’isoler des bruits, dans un bac, il y a des cache-oreilles pour couper les sons et garder l’accent sur la lecture ou la tâche à accomplir.

À la table du groupe d’écriture, Mathias dit qu’il est allergique au H, c’est pour cela qu’il l’oublie souvent en écrivant son prénom. Livia est allergique au point final de la phrase. Pourtant, elle explique clairement le sens de ce petit point. «Laurie-Anne, elle est allergique aux lettres minuscules», poursuit Livia avec le plus grand sérieux du monde. Personne n’est allergique, c’est un trait d’humour que l’enseignante a ajouté à son discours pour rappeler aux enfants un oubli par-ci par-là.

Lettres hameçons
Tout le monde écrit en lettres cursives et attachées. Car c’est ainsi qu’ils se voient dans les livres qu’ils aiment lire. C’est aussi de cette façon qu’ils comprennent les lettres muettes, les sandwichs de voyelles et les lettres hameçons, comme le fameux T à la fin de chocolat. C’est ce qu’ont appris Isaac, Émilie, Romane et Kaila pendant qu’ils dessinent leur gâteau d’anniversaire rêvé et qu’ils le décrivent en quelques phrases.

Apprendre à lire à écrire le français, ce n’est pas aussi facile que cela en a l’air. Les adultes l’oublient du haut de leur expérience, mais les petits bouts de choux de l’école du Harfand-des-Neiges s’amusent à éviter les pièges de leur langue et à comprendre le sens comme la beauté des mots sans tous ces maux. Et ils aiment lire, certains encore plus que d’autres, comme Samuel qui a à son actif la lecture de deux volumes d’Harry Potter. Ça doit être un petit sorcier celui-là!

Tous attentifs!
Une histoire à la fenêtre.
On fait quoi maintenant?