L’Islande est une destination très prisée pour les voyages étudiants de plein air.

L’école de l'aventure

L’Islande. Le Cambodge. Le Japon. Lorsque vient le temps d’organiser un voyage scolaire, les écoles ne se contentent plus de New York et de Paris. De plus en plus, elles sortent des sentiers battus.

«Beaucoup de jeunes ont beaucoup voyagé avec leurs parents», explique Francis Côté, directeur général et cofondateur de Voyages Objectif Terre, le plus important acteur québécois dans le domaine du voyage scolaire outremer.

«Ils ont déjà visité l’Europe, ils sont déjà allés au Costa Rica. Ça n’a plus le caractère “wow” que ça avait.»

Le Costa Rica est une destination très recherchée pour les voyages de plein air et de trekking.

Il trouve cela un peu dommage, car son entreprise se spécialise notamment dans les voyages classiques en Europe.

«Il y a tout là-bas. Tu vas en France, en Italie, tu as quelque chose d’incroyable du côté historique. Mais on a une tendance lourde : on veut faire quelque chose un peu plus loin.»

L’agence de voyages d’aventures Terra Ultima y voit aussi un créneau intéressant. «De plus en plus d’écoles veulent faire des affaires pétées, indique François-Xavier Bleau, copropriétaire de Terra Ultima. Nous avons voulu nous positionner dans cette optique-là pour les écoles. Nous ne voulions pas tomber dans le volet des voyages classiques culturels et historiques.»

Les voyages en Europe sont souvent des parcours plus classiques permettant de découvrir l’histoire, les  civilisations ainsi que de visiter les grands musées.

Lorsqu’il est question de voyages de plein air, l’Islande est populaire, tout comme l’Équateur. Certaines écoles se tourneront vers le Kilimandjaro, d’autres vers le Nunavik.

«Le Nunavik s’inscrit dans le domaine de l’aventure, mais aussi dans la rencontre des peuples, la connaissance du grand territoire canadien, la réalité des autochtones, note M. Bleau. Il y a des valeurs pédagogiques là-dedans.»

Ce type de voyage scolaire demande cependant une grande préparation.

Les voyages communautaires sont de plus en plus populaires auprès des jeunes. Cela leur permet de connaître de nouvelles cultures tout en s’impliquant dans des projets concrets.

«Pour le Nunavik, nous avons fait une formation technique parce que les jeunes n’étaient pas des skieurs, raconte M. Bleau. Pour l’Équateur, nous avons fait une sortie de quatre jours au mont Washington.»

Et puis, il arrive souvent que les parents angoissent un peu. Il faut alors organiser une rencontre additionnelle pour les rassurer.

L’attrait du communautaire

Chez Karavaniers, on offre également des voyages scolaires de plein air. Les treks au Pérou ou au Maroc ont la cote. La cofondatrice de l’agence, Suzanne Arruda, est également directrice d’Ansam, une petite agence spécialisée dans les voyages communautaires.

«Le voyage communautaire est de plus en plus populaire, affirme-t-elle. On va dans les familles, les communautés. Le matin, les jeunes travaillent sur un projet précis, préparé de longue date. L’après-midi, ce sont des activités plus ludiques : des cours de langue, de danse, de la rando.»

Elle soutient que les projets répondent à de vrais besoins de la communauté : il ne s’agit pas simplement de peinturer des œuvres murales.

«C’est aussi un prétexte pour que les jeunes aillent vers les autres jeunes, et qu’ils ne se limitent pas à visiter des musées. Ils repartent avec le sentiment d’avoir accompli quelque chose.»

Des défis particuliers

L’Amérique latine est une bonne destination pour ce type de voyage. Le Nicaragua était particulièrement populaire... jusqu’à ce que la situation sociopolitique du pays dérape l’année dernière.

«On devait envoyer un groupe, se rappelle Suzanne Arruda. À trois semaines du départ, on a annulé le voyage. On a réussi à se revirer de bord et à envoyer les jeunes au Costa Rica. Ça faisait un an qu’ils préparaient le voyage. Pour nous, ça a représenté quelques nuits blanches. Il a fallu faire accepter tout ça auprès de la direction, des parents.»

L’organisation de voyages scolaires dans des pays moins connus comporte donc des défis particuliers. Une fois que les commissaires, les directeurs, les enseignants et les parents montent à bord, il faut encore négocier avec les assurances des commissions scolaires.

«Elles peuvent être très restrictives, dit en soupirant Francis Côté. J’avais un groupe qui faisait une heure et demie de vélo dans un voyage de 12 jours. Ce n’était même pas en ville, mais dans les champs. On les a quand même obligés à apporter leur casque de vélo.»

Il note que le rafting n’est pas permis, que les chevaux doivent avoir plus de trois ans (sinon ils sont trop fougueux!), etc. Bref, organiser ce type de voyage n’est pas de tout repos.

«Les comités de direction, les profs sont super enthousiastes quand on leur propose des destinations inhabituelles, mais quand on arrive à l’aspect rationnel, on revient aux mêmes pays, l’Islande, le Costa Rica», lance François-Xavier Bleau.

L’aspect le plus rationnel à considérer demeure le coût. En moyenne, on parle de voyages qui coûtent entre 2200 et 2500 $ par élève.

«Le gros maximum, c’est 3000 $, lance M. Bleau. Dans le cas de certaines écoles privées, ça peut aller entre 3000 et 5000 $. C’est clairement lié à la capacité de payer des parents.»

La plupart des écoles organisent des activités de financement, mais il ne faut pas se faire d’illusions à ce sujet, indique Francis Côté.

«Les jeunes vont se ramasser 25 % du montant, peut-être un peu plus.»

En fait, certaines écoles prennent la décision de ne pas faire d’activités de financement.

«Un jeune de 16 ou 17 ans qui se trouve un job de huit ou dix heures par semaine va gagner beaucoup plus d’argent que ce qu’il pourrait aller chercher en financement», affirme M. Côté.

La randonnée est très populaire auprès des jeunes. Cela leur permet de se dépasser tout en découvrant de nouveaux horizons.

Selon lui, les écoles publiques voyagent autant que les écoles privées, mais ces dernières voyagent un peu plus loin.

Pour Suzanne Arruda, c’est un grand défi.

«Mon plus grand désir serait que les écoles publiques fassent autant de voyages de plein air que les écoles privées. Mais c’est une question de coûts.»

+

Nature et culture au Pérou

Cela fait plus de 12 mois qu’une vingtaine d’élèves de l’école secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry se préparent à une sérieuse expédition au Pérou.

Dans un mois, ils réaliseront un trek d’une centaine de kilomètres pour atteindre le Machu Picchu, en passant par le col de Salcantay, à 4600 m d’altitude. Physiquement, ce sera exigeant.

«L’école suit un cycle de neuf jours, indique un des trois organisateurs du voyage, Sylvain Geneau, enseignant d’éducation physique à l’école secondaire. Nous nous entraînons de trois à quatre fois par cycle.»

Il précise que les élèves étaient déjà actifs physiquement. Plusieurs faisaient partie d’équipes sportives de l’école. Par contre, la plupart n’avaient pas une grande expérience des activités de plein air.

Il a fallu organiser des sorties ainsi que des cliniques sur divers aspects du plein air : comment s’habiller, comment préparer son sac à dos, comment prévenir et soigner les ampoules.

«Nous avons fait une clinique sur l’altitude et nous aurons aussi un spécialiste de l’histoire de l’Amérique latine qui viendra nous parler de l’histoire du Pérou.»

Roberto Michel, élève de cinquième secondaire, attend le départ avec impatience et un peu de stress. Il n’a jamais voyagé sur un autre continent, il n’a pas pris l’avion depuis que sa famille a quitté Haïti pour le Canada alors qu’il était encore bébé.

«Je me suis dit qu’aller au Pérou, ce n’est pas quelque chose que je ferai dans ma vie si je ne le fais pas avec l’école», raconte-t-il.

Dans le cadre de sa préparation, la petite troupe a passé trois jours dans une communauté anicinape de Kitcisakik, en Abitibi, le printemps dernier.

«Ils ont couché dehors à - 20 degrés, ils ont fait des randonnées assez longues en raquettes, note M. Geneau. Ça a été une expérience très enrichissante qui va leur servir beaucoup au Pérou.»

Surtout, leur visite dans cette communauté algonquine leur permettra de faire le lien avec une communauté autochtone quechua qu’ils visiteront au Pérou.

«J’ai beaucoup aimé parler avec les communautés amérindiennes en Abitibi, quand ils racontaient leur histoire et dans nos interactions au jour le jour, s’enthousiasme Roberto Michel. Nous avons joué au ballon-balai avec les enfants, nous avons pu discuter avec les adultes à table, en mangeant.»

Il espère maintenant tirer le même type d’expérience de vie au Pérou.