La chaîne de blocs sort de l’ombre

CHRONIQUE / La chaîne de blocs ou « blockchain » est un grand registre virtuel décentralisé dont les transactions sont validées simultanément par un nombre volumineux d’ordinateurs, et ce, sans intervention humaine. Popularisée au départ par le Bitcoin, cette méthode est appelée à révolutionner non seulement le monde financier, mais aussi divers procédés dans une multitude de domaines.

Le 15 mai dernier, la chambre de commerce et d’industrie Saguenay–Le-Fjord accueillait Louis Roy dans le cadre des rendez-vous technologiques. M. Roy est le président de Catallaxy, une filiale de Raymond Chabot Grant Thornton, qui se spécialise, entre autres, dans la technologie chaîne de blocs et les cryptomonnaies. Lors de sa conférence, M. Roy a tenté de démystifier ce qu’est la chaîne de blocs et quelles sont les applications de celle-ci au-delà de la cryptomonnaie.

La vulgarisation de cette technologie n’est certes pas évidente pour le commun des mortels, car le concept peut apparaître plutôt obscur, voire occulte.

Selon M. Roy, « la chaîne de blocs augmente grandement l’efficacité en étant plus rapide en raison de l’élimination des points de friction que sont les approbations humaines. »

Pour valider des transactions de manière « traditionnelle », l’intervention humaine est parfois nécessaire sur plusieurs niveaux. Cela ralentit considérablement le traitement des transactions tout en augmentant le risque de l’erreur humaine. Pour transiger un Bitcoin, par exemple, vous avez besoin d’une clé privée que l’on pourrait comparer à de l’argent comptant dans votre portefeuille. Si vous égarez votre portefeuille, l’argent qui s’y trouve disparaît également. À partir de la clé privée, l’utilisateur génère une clé publique, cette dernière est issue d’un algorithme mathématique complexe rendant ainsi sa source quasi impossible à retracer. Reconstituer la clé privée à partir de la clé publique nécessite une puissance de calcul telle qu’il est théoriquement impossible – du moins de nos jours – de faire ce qui rend la validation des échanges si sécuritaire.

L’utilisateur doit garder secrètement sa clé privée, car elle permet de décrypter les transactions et d’avoir accès au portefeuille, ce qui est évidemment très sécuritaire. En février dernier, l’entreprise QuadrigaCX, un marché de cryptomonnaies, a perdu l’accès à 200 millions de dollars appartenant à ses clients après la mort de son fondateur et unique détenteur du mot de passe donnant accès au portefeuille. L’entreprise QuadrigaCx s’est placée en faillite le 15 avril dernier et seulement 28 millions furent récupérés jusqu’à maintenant. Le fondateur et unique détenteur du mot de passe, Gerald Cotten, est décédé en Inde en décembre 2018, emportant dans sa tombe les économies de centaines de milliers d’investisseurs.

Cet « incident majeur » permet de remettre en question les procédures de stockage des mots de passe en établissant un plan de contingence advenant un sinistre. Les gouvernements devront réglementer ce type de marché afin de protéger les investisseurs. D’ailleurs, savez-vous qu’au Canada, les cryptomonnaies sont considérées comme un bien et non comme une devise monétaire étrangère? Donc, vous devez déclarer les revenus et les gains en capital générés par les devises numériques.

Traçabilité

L’avenir de la chaîne de blocs réside également dans le secteur de l’alimentation, où la traçabilité des produits est devenue un enjeu de taille. Une entreprise agroalimentaire peut utiliser une chaîne de blocs privée afin de valider automatiquement chaque producteur et fournisseur permettant ainsi un contrôle total sur la qualité du produit final. La logistique se trouve ainsi simplifiée tout en offrant un niveau de sécurité et de véracité supérieur.

Les ambitions d’Apple

Apple s’intéresse d’ailleurs à cette méthode logistique afin d’avoir un meilleur contrôle sur la provenance des matériaux qui entrent dans la fabrication des produits. Le virage vert, c’est du sérieux chez Apple, qui participe aussi au développement de la technologie Elysis, qui consiste en la production d’aluminium sans émissions de CO2. Mais est-ce que les intentions d’Apple envers la chaîne de blocs ne se limitent qu’à la logistique ? Je crois que les ambitions du géant technologique en quête de diversification sont claires, une révolution du secteur financier transitant par la carte de crédit sans frais Apple Card. Qui sait, Apple aura peut-être un jour sa propre devise de cryptomonnaie, contournant ainsi le système bancaire classique.

Et Facebook ?

Du côté de Facebook, avec tous les scandales de sécurité et de confidentialité qui entourent le grand réseau social, la technologie de chaîne de blocs est peut-être une solution efficace afin de resserrer certains critères de confidentialité. Au-delà du bien-être des utilisateurs, Facebook vise également le secteur de la cryptomonnaie. On peut facilement imaginer l’apparition du FaceCoin, une cryptomonnaie servant aux transactions sur les plateformes appartenant à Facebook.