Servi le midi et le soir, le plat de «boudin du chef Rémi Harvey» change fréquemment. Lors de notre visite, la charcuterie était accompagnée de compote et chips de pomme, sauce au foie gras et purée de céleri-rave.

Le Quarante7: nouvelle identité, même qualité

CRITIQUE / Récemment redécoré et renommé, ce resto qu’on a longtemps connu comme le 47e Parallèle se renouvelle sans désarçonner, après 22 ans d’existence.

C’est d’abord la luminosité qui frappe. Toujours élégante, la salle a été dépouillée de ses couleurs sombres pour faire place à une abondance de blanc, contrebalancé par du bleu foncé et des touches de laiton qui brillent discrètement — notamment ces jolis luminaires rappelant des instruments de musique, clin d’œil aux spectacles et concerts qui ont lieu en face, au Grand Théâtre, et qui attirent ici plusieurs mélomanes avant les représentations.

En ce midi pas trop gris, on profite donc de cette dose de lumière. Midi? Eh oui, ça nous changera, et puis dans un secteur à haute teneur en bureaux gouvernementaux, il est pertinent de sonder la qualité de ce qui est offert aux salariés pour le lunch.

L’élégante salle à manger du Quarante7 bénéficie de la luminosité qu’apportent les grandes fenêtres.

C’est d’ailleurs avec une amie à l’emploi d’un ministère provincial que je découvre le menu tout neuf du Quarante7. Bien sûr, c’est celui du soir qui révèle le mieux la nouvelle direction, plus resserrée sur la France. Je l’avais consulté sur le Web avant de venir: tartares, ris de veau, canard en trois façons, ravioles de lapin confit et escalope de foie gras… On est dans une bistronomie réconfortante, même si quelques touches exotiques demeurent.

Justement, il y a des tacos de porc au menu du jour. Aussi, entre autres choses, une salade de courge d’automne, une saucisse de loup de mer et porc, un osso buco et un invitant cannelloni de poisson servi avec sauce à la citrouille gratinée et huile vierge aux crevettes, qui me tombe dans l’œil. La serveuse nous apprend toutefois que ce plat n’est pas disponible. Ma malchance me suit. J’irai avec un plan B.

Fameux boudin

Nous commençons avec les deux entrées disponibles: potage à la citrouille et jambon fumé pour moi et flan de moules pour Karine. Velouté, bien assaisonné et garni de dés de courge rôtie, le premier disparaît vite de son bol un brin fatigué. On y sent bien la saveur de jambon fumé, mais les «épices douces» sont vraiment timides (piment de la Jamaïque, clou de girofle, poivre de Cayenne et muscade, apprendrai-je plus tard). Le flan, lui, concentre superbement les saveurs du mollusque. Dessus, de minuscules dés de poivron rouge, des lentilles béluga et du zeste de citron; à côté, une crème sure au raifort, le tout mis en valeur par une belle assiette d’un noir mat. Pour faire contrepoint à sa texture onctueuse, un ou deux croûtons auraient cependant été bienvenus.

Au service suivant, le «boudin du chef Rémi Harvey» vole la vedette. Fort d’un parfait dosage d’épices (parions sur la muscade, le clou et autres camarades), ce pavé bien fondant contient de généreux morceaux de pomme confite, fruit également décliné sous forme compotée et en chips. Dans cette alliance connue mais toujours efficace, le salé et le sucré dansent une valse charmante, que vient agrémenter une soyeuse purée de céleri-rave. La portion de légumes réglementaire est assurée par des tronçons de carottes et un chou de Bruxelles. Un mets sans faute, qui figure aussi à la carte du soir.

Mes deux pilons de poulet marinés aux herbes m’emballent moins, bien qu’ils soient loin d’être mauvais. Avant de les griller, on les a cuits sous vide pour plus de tendreté. Ils sont escortés de pois verts en vinaigrette et d’un ragoût de légumes à la crème contenant pommes de terre, carottes, petits oignons perlés et edamames. Un plat correct, mais pas mémorable.

Le Chouchou poire, un des desserts de la pâtissière Gaël Vidricaire

Le moelleux au chocolat que nous nous sommes partagé faisait justice à son nom par sa texture et sa saveur. On ne lui en demandait pas plus. Par contre, j’étais déçue de ne pas pouvoir goûter un dessert de Gaël Vidricaire, qui collabore depuis peu avec Le Quarante7. Celle qui tient boutique dans Montcalm a été élue chef pâtissière de l’année au Québec; ça pique la curiosité, avouez. Mais ses créations ne sont pas offertes le midi.

Mes papilles ayant la tête dure, je suis donc revenue le lendemain soir. Seule au bar — splendide, par ailleurs — avec mon déca et mon verre d’eau, j’ai dégusté l’un des quatre délices de l’artiste: le Chouchou poire. Imaginez un chou dodu et léger, où se niche une généreuse crème aux subtils arômes de spéculoos qui fond en bouche comme un nuage. Avec les dés de poire pochée aux épices, c’était la perfection. Vous dire si je me suis félicitée d’y être retournée…

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AU MENU

Le Quarante7
333, rue Jacques-Parizeau
418 692-4747
lequarante7.com

Ouvert le midi du mardi au vendredi et le soir du mardi au samedi

Cuisine bistronomique

Bouteilles de vin de 39$ à 329$

Menu midi de 17$ à 22$; plats de 26$ à 40$ le soir
Coût de l’addition pour deux avant taxes et pourboire: 44$ (pour deux menus midi et un dessert)
Coût du dessert de Gaël Vidricaire: 14$

Bravo: pour le menu du jour de qualité, le sublime boudin, les desserts de Gaël Vidricaire, le magnifique coin-bar. La costaude carte des vins est aussi digne de mention.
Bof: aux côtés de la ravissante vaisselle noire, le lourd vécu des bols à soupe, soucoupes et tasses détonne considérablement.