Les murales sont partout à Valparaiso, à tous les coins de rue, sur la plupart des bâtiments.

Valparaiso, ville de chaos artistique

Valparaiso tardait à se tirer du lit. Comme tous les matins, paraît-il. La ville aux 42 collines, sur la côte ouest du Chili, se lève bien à l’heure qui lui convient, laissant ses rues relativement désertes jusqu’au milieu de l’avant-midi.

À moins de deux heures de route de la capitale, Santiago, Valparaiso constitue une option populaire pour les allers-retours d’une journée quand on est pressé. Mais il y a fort à parier que la ville portuaire aux accents artistiques marqués convainc la plupart de ses visiteurs qu’ils auraient eu besoin d’au moins une journée de plus pour la découvrir vraiment.

Valparaiso, c’est un léger chaos. Le marché de fruits et de légumes qui débordait dans les rues, le jour de mon arrivée, paraissait désorganisé. Il n’était pas encore achalandé et on n’y voyait que les gens de la rue, réveillés par le barda, qui y trouvaient de quoi briser le jeûne des heures précédentes.

Alors que j’étais en route pour la Plaza Anibal Pinto, les grands boulevards ne voyaient marcher que quelques piétons qui donnaient l’impression d’être égarés. Les façades placardées, couvertes de graffitis, donnent un aspect négligé à la ville. Là, on ne trouve pas le même standard de propreté qu’à Santiago.

Valparaiso, c’est comme une vieille tante ou un vieil oncle qui vous accueille à midi, un vieux pyjama sur le dos et la coiffure encore ébouriffée par l’oreiller. Un peu négligée, elle se montre néanmoins franchement sympathique. 

Le plaisir à Valparaiso, il vient à se promener au hasard des rues qui partent dans toutes les directions, qui grimpent tantôt la colline Concepcion, qui bifurquent tantôt pour nous ramener à notre point d’origine. D’un monticule à l’autre, on découvre des escaliers, des ruelles étroites, pour la plupart peintes ou couvertes de graffitis, ou encore des funiculaires un tantinet âgés. 

Ces funiculaires, autrefois au nombre de 30, font partie des raisons pour lesquelles le quartier historique est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. On en trouve aujourd’hui moins d’une dizaine encore en fonction. Le droit de passage y est très bas, environ 25 sous, et permet parfois d’économiser un peu d’énergie pour les longues marches à venir.

En plus de la vue magnifique, les collines de Valparaiso permettent d’apercevoir une des murales mythiques de la ville, soit celle d’un paresseux peint à l’horizontale.

À Valparaiso, il faut avoir des yeux tout le tour de la tête pour apercevoir les œuvres qui se trouvent partout sur les murs des bâtiments. En prenant un tour guidé, on comprend mieux l’histoire de certaines fresques qui nous auraient paru très simples.

Dans le parc tout en haut du funiculaire de la reine Victoria, endroit où se rassemblent les fêtards une fois la nuit tombée (et où une glissade fait le plaisir des petits et des grands), un mur complet est couvert des caricatures de Lukas, un artiste local. Il s’amuse à dépeindre la population chilienne en représentant des animaux. Avec explications, les personnages prennent tout leur sens.

Idem pour cet immense paresseux, peint sur deux édifices différents, et qu’on découvre tout en bas, du haut des collines. Sur un collier autour de son cou, il porte de petits artéfacts censés représenter chacun des pays de l’Amérique du Sud. On peut s’amuser à essayer d’associer ces symboles aux nations voisines.

Que dire, aussi, de cette murale illustrant des musiciens? On apprend qu’elle est dédiée à un professeur de musique qui offrait des cours gratuitement à tous les enfants qui le désiraient. On l’avait d’ailleurs surnommé le Beethoven juif et l’escalier menant à la colline où il offrait ses leçons a été peinturé pour rappeler les touches d’un piano.

Le populaire graffiti « Were are not hippies, we are happies » résume assez bien la philosophie de Valparaiso, où l’on trouve des dizaines de petites galeries d’art et d’ateliers d’artistes ouverts à des heures aléatoires. Cette maxime est d’ailleurs l’une des rares que les artistes de la rue respectent assez pour ne pas tenter de la remplacer. Parce qu’effectivement, on dit qu’il est inutile, lors d’une visite subséquente à Valparaiso, d’essayer de retrouver une œuvre qui nous avait marqués. Il y a fort à parier qu’une nouvelle murale l’a remplacée.

Autre lieu d’intérêt, le parque cultural de Valparaiso, une ancienne prison transformée en centre culturel. Déjà, historiquement, on avait choisi de bâtir la prison sur la colline Carcel, un endroit avec une des vues les plus spectaculaires et où le soleil offre ses meilleurs rayons. Les familles de détenus se sont progressivement installées sur les flancs de la colline, y créant ce qui est devenu aujourd’hui un très joli quartier résidentiel.

Le centre culturel a été divisé en locaux où sont aujourd’hui offerts des cours de danse ou des ateliers de peintures. À l’occasion, on voit des prestations gratuites des élèves qui y apprennent leur art. Tout à côté, un musée présente des expositions variées sur des grands artistes internationaux.

Les histoires abracadabrantes s’enchaînent et fascinent dans cette jolie ville à l’atmosphère accueillante. Comme celle de cette église construite avec les matériaux provenant d’un bateau. On raconte que la croix coiffant son clocher n’est en fait que la barre du navire alors que le métal gaufré couvrant ses murs provenait de la coque du bâtiment. On dit aussi qu’elle a su résister aux tremblements de terre et qu’elle est ainsi devenue un modèle pour les édifices voisins.

Idem pour l’histoire de ce Croate, riche, ayant acheté une des résidences les plus cossues du voisinage. Il y entassait des œuvres d’art qu’il collectionnait, si bien qu’à son décès, sa maison est devenue le musée des beaux-arts de la ville.

Il est donc vrai qu’à l’issue de ma seule journée à Valparaiso, j’ai regretté de ne pas m’être accordé 24 heures de plus, ou même deux jours supplémentaires, pour continuer à gravir ses collines et qui sait, peut-être m’aventurer jusqu’à Viña del Mar, la ville voisine.

Mon côté foodie regrette un peu de ne pas avoir pu tester les dizaines de cafés et restaurants sympathiques qui donnent envie d’empiler les calories en profitant de la vue sur les collines ou le port.

Pour bien saisir Valparaiso, il faut donc apparemment développer l’art de s’attarder.

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