De la grotte Cueva Ventana, à l’ouest de San Juan, à Porto Rico, la vue sur une des vallées d’Arecibo vaut bien un arrêt de quelques minutes.

Rhum à la rescousse

CHRONIQUE / Choisir Porto Rico après les ouragans et les tremblements de terre qui lui ont fait poser un genou au sol, c’est assurément composer avec les imprévus. Internet aura beau recommander plusieurs sites touristiques, il est probable qu’ils ne soient en réalité plus ouverts aux visiteurs.

De San Juan, néanmoins, une panoplie de villes et d’attractions peuvent être explorées dans une escapade d’une journée.

C’est le cas de Cueva Ventana, dont les photos en ligne promettent une vue spectaculaire sur une vallée d’Arecibo. Certaines rumeurs laissaient entendre que la grotte en question, située à une heure de la capitale, s’était effondrée lors des tremblements de terre de janvier. Un coup de fil aura suffi à démentir les racontars.

Une heure d’autoroute, donc, pour aboutir sur la route 10, direction le sud de l’île. L’entrée du site est facile à rater, sur la gauche, discrète et entassée contre une station-service. Pour une vingtaine de dollars américains, on accède à la grotte avec un guide pour une trentaine de minutes.

Tirant les meilleures lignes de son livre de blagues 2019, le guide en question partage ses connaissances sur la végétation locale, rappelant qu’avant l’ouragan Maria, en 2017, la cime des arbres grimpait beaucoup plus haut.

Après nous avoir mis en garde contre la forme tropicale du yéti, qui n’existe évidemment pas, il nous a invités à entrer dans la grotte, où des chauves-souris ont élu domicile. Éteignant toutes les torches pour plonger le groupe dans la noirceur, il pointe ensuite une lumière faiblarde vers le plafond. Les bêtes, minuscules, s’accrochent en grappes par dizaines à la paroi rocheuse.

Décimées par l’ouragan, elles étaient des milliers à vivre là, il y a seulement trois ans. Aujourd’hui, on peut presque les compter sur les doigts des deux mains. Inquiétant constat alors que l’importance de ces animaux est reconnue pour assurer la reproduction de la végétation sur l’île.

Sinon, bien jolie, la vue de la grotte vaut bien qu’on s’attarde cinq minutes, sans plus. C’est joli, mais ça ne suffit pas pour raccourcir le souffle. Surtout pour 20 $. En famille, la courte excursion peut tout de même être agréable. Même pas besoin d’enfiler les bottes de marche ou les crampons.

Sur les cartes, on pointe aussi un belvédère gratuit environ cinq kilomètres plus loin. Vérification faite, la végétation a repris ses droits sur la boucle asphaltée qui y était autrefois aménagée. À la vue de couches usagées, d’un vieux frigo et des bouteilles cassées ne vient qu’une envie : ne pas s’aventurer plus loin que le bord de la route.

Non loin de là, l’observatoire d’Arecibo, longtemps le plus grand télescope du monde, était rempli de promesses. Les cinéphiles l’ont vu dans Goldeneye, un film de James Bond. Ce télescope a entre autres offert les premières images d’un astéroïde et a permis de découvrir la première planète à l’extérieur du système solaire.

Un petit coup de fil avant de passer. Pas de bol. Les tremblements de terre soulevaient des doutes suffisants pour qu’on interdise aux touristes de s’y présenter.

Tant qu’à faire le tour des « presque plus gros au monde », le plan B consistait à chercher l’adrénaline en altitude du parc Toro Verde, qui avait jusqu’à récemment la tyrolienne la plus longue et la plus rapide au monde. Ses 2,5 km et sa vitesse de pointe à 95 miles à l’heure (plus de 150 km/h) ont maintenant été surpassés par une infrastructure semblable aux Émirats arabes unis.

Lors d’une visite à la distillerie Casa Bacardi, on peut s’improviser mixologue le temps de réaliser trois cocktails.

Coup de fil. Pas de réponse. Voilà le genre de divertissement avec lequel on refuse de courir le risque. On passe!

Le plan C, comme dans Cuba libre, une façon raffinée de dire rhum and coke : la distillerie Casa Bacardi, à San Juan. La visite s’annonce alcoolisée, mais encore faudra-t-il tirer à la courte paille pour décider qui sera le chauffeur désigné.

C’est que la distillerie propose une consommation de bienvenue, qu’on peut déguster à son rythme, à moins d’arriver, comme nous, au moment où on finissait de compter les caisses. Là, on s’infiltre de justesse dans un groupe de mixologues.

S’improviser spécialiste en cocktails coûtera quatre fois plus cher que le tour historique, mais avouons-le, faire ses propres consommations promet d’être beaucoup plus amusant.

Avant d’essayer de mélanger et de consommer le Cuba libre, le mojito et le daïquiri en tout juste 45 minutes (merci chauffeur désigné), on propose néanmoins une visite rapide du musée historique, vidéo à l’appui, pour expliquer les origines de la marque Bacardi.

On y apprendra que le mojito était à l’origine préparé comme médicament et que le logo de Bacardi, une chauve-souris, est venu d’une colonie de chauves-souris trouvées dans la distillerie d’origine, à Santiago de Cuba.

L’histoire a néanmoins été reléguée au second rang dans un groupe qui avait déjà pris sa consommation de bienvenue et qui ne s’en pouvait déjà plus d’apprendre à mélanger rhum et autres ingrédients savoureux. La pauvre guide, visiblement habituée, livrait son discours malgré le bruit ambiant qui couvrait sa voix.

Le babillage se poursuit tout au long de l’expérience de mixologie et, on s’en doute, devient de plus en plus bruyant avec le temps. Au final, on remettra un certificat de mixologue à tous les participants et la boutique souvenir permet d’embouteiller son propre rhum à partir d’une réserve exclusive. La bouteille, burinée à votre nom, coûtera 160 $ US. Un souvenir un brin dispendieux qui pourrait, si le portefeuille vous en dit, impressionner les amis qui vous demanderont de leur raconter votre passage à Porto Rico.

En ce qui me concerne, je me contente de raconter à quel point la présence de mon conducteur désigné, pour cette attraction excentrée, valait beaucoup plus qu’une bouteille de rhum exclusive. Et l’activité s’est avérée particulièrement divertissante pour un plan C.