La statue de la princesse Licarayen, à Puerto Varas, donne l’impression d’embrasser le volcan Osorno.

Pour un instant à Puerto Varas

CHRONIQUE / Je n’ai pas vu Puerto Montt, sans aucun doute la plus grande ville de la région des lacs, au sud de Santiago, au Chili. Et c’est très bien comme ça. Avec ses quelque 220 000 habitants, la ville n’a semble-t-il de charmant que ses très bons restaurants accueillant les voyageurs en transit.

Le Lonely Planet, que je consulte beaucoup trop, je le concède, avait pourtant prévenu qu’il serait presque impossible d’éviter Puerto Montt sur tout itinéraire qui plongeait plus au sud, soit vers l’île de Chiloé ou sur la Carretera Austral, une des plus belles routes du pays, semble-t-il. Parce que c’est forcément par la grande ville que transiteront tous les moyens de transport longue distance.

En plus des bus qui partiront très loin au nord ou très loin au sud toute la nuit durant, les vols intérieurs vers Santiago, façon rapide de gagner du temps dans un pays aussi grand, décolleront aussi de Puerto Montt.

C’est précisément pourquoi la grande ville figurait sur mon plan de départ. De peur de me faire traiter de fou qui ne change pas d’idée, j’ai tout chamboulé. Après une longue hésitation, j’ai trompé Puerto Montt, que je ne connaissais pas encore de toute façon, avec sa voisine : Puerto Varas, une ville d’à peine 38 000 âmes.

Un voyageur rencontré au hasard, qui n’avait passé qu’une nuit dans la capitale régionale, avait avoué avoir voulu en sortir le plus rapidement possible. J’ai été rassuré. Parce que Puerto Varas n’est qu’à 23 kilomètres au nord de Puerto Montt et qu’elle figure sur la plupart des trajets d’autobus majeurs et qu’en prime, elle est beaucoup plus belle.

Arrivé en fin de soirée, je n’ai d’abord constaté que son calme. Comme il ne s’agit que d’un arrêt pour tous les bus qui poursuivent plus au sud, chaque compagnie laisse descendre ses passagers dans un endroit qui lui est propre. Pas de grand terminus à Puerto Varas. Il faut donc prendre quelques secondes pour deviner dans quelle partie de la ville on se trouve.

Dès lors, la petite ville donnait l’impression de dormir. L’éclairage se faisait souvent faible derrière les rideaux tirés des vieilles maisons de bois qui rappellent les villages du Québec où mes grands-parents avaient élu domicile.

En 20 minutes de marche sous des réverbères un peu faibles, j’ai croisé les aboiements d’un chien qui troublait les murmures d’une jeune nuit. J’ai traversé une voie ferrée, vu deux résidents, seuls, qui s’aimaient discrètement dans un petit parc. Et la Iglesia del Sagrado Corazón, une immense église construite entre 1915 et 1918 et inspirée de l’église Marienkirche de Baden-Wurtemberg, dans la Forêt Noire en Allemagne.

Là, il n’y avait de noir que le ciel sur laquelle se découpait l’immense tour de ce monument national. Même avec le poids du voyage sur le dos, je me suis immobilisé pour la contempler. C’est qu’elle impose sans présence sans même qu’elle soit fréquentée ou qu’on en fasse sonner les cloches. Plus tard, je découvrirais qu’on la voit d’un peu partout en ville et qu’elle fait partie de la marque de commerce de Puerto Varas.

L’église del Sagrado Corazón (du Sacré-Cœur) est visible de presque partout à Puerto Varas.

Puis il y a cette rue principale, bordée de lampadaires, mais avec personne sur les trottoirs. C’était comme 4 h du matin, mais vers les 21 h 30. Et l’odeur du bois qui brûle dans les cheminées, qui sent la pollution dans les grandes villes, mais qui paraît tellement caractéristique dans les plus petits endroits.

Trouver de quoi casser la croûte à une heure aussi tardive, dans une agglomération où on relève vraisemblablement la couette plus tôt que tard, poserait quelques défis.

Puerto Varas est devenue une base pour le tourisme de plein air, pour gravir entre autres les volcans Osorno et Calbuco, qui se dévoilent à l’horizon seulement après avoir retiré leur pyjama de brouillard. On peut aussi taquiner le poisson, pratiquer des sports nautiques ou s’adonner à l’ornithologique.

Pour les paresseux comme moi, Puerto Varas, c’est une occasion de flâner… et de se délecter d’un déjeuner d’ogre dans un restaurant avec une vue sur le lac Llanquihue. On se le rappelle, au Chili, les portions de chaque plat suffisent généralement à nourrir deux personnes.

Ce qu’il y a de beau à casser la croûte en regardant le lac, c’est qu’on voit justement la brume du matin se dissiper. Mon amour inconditionnel des volcans aurait suffi pour que je me plante sur le rivage toute une journée durant pour regarder les montagnes au repos à l’horizon. Et il y a l’occasion de flâner jusqu’à la sculpture de la princesse Licarayen, qui tend les bras vers les volcans. Flâner aussi vers les restaurants aux saveurs locales ou sur la piste des bâtiments patrimoniaux, construits de bois.

Contrairement à d’autres villes touristiques du Chili, où tout a été pensé pour les voyageurs, là, à Puerto Varas, on sent qu’on s’immisce dans la vie locale, que les établissements sont bel et bien fréquentés par les Chiliens et on nous accueille comme des visiteurs plutôt que comme des portefeuilles à vider.

Et quand on a le temps, et les moyens de transport, on peut se permettre une petite tournée du lac. Dans un tel cas, il ne faut pas manquer Frutillar, où les bâtiments construits sur le rivage sont inspirés de l’architecture allemande. On y trouve d’ailleurs un musée de la colonisation allemande.

Son côté artistique est reconnu, si bien que son théâtre, construit au coût de 25 M$US, a suffi à attirer l’attention internationale. Le bâtiment moderne, et énorme, dans une communauté de 16 000 habitants, tranche dans le paysage.

Pour les dents sucrées, on m’a promis que c’est à Frutillar qu’on trouvait les meilleurs gâteaux de la région. Les nombreuses pâtisseries rivalisent pour attirer les touristes. Les gâteaux bien simples d’une vieille dame, seule pour gérer un café dans une rue en retrait, m’ont convaincu du charme du village. Les meilleures pâtisseries? Il m’en faudrait trois ou quatre autres parts avant de me prononcer.

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