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Jonathan Custeau
La Tribune
Jonathan Custeau
Pour quand il nous sera possible d’arpenter le monde à nouveau, c’est vers Tbilissi, en Géorgie, que je souhaiterais m’envoler.
Pour quand il nous sera possible d’arpenter le monde à nouveau, c’est vers Tbilissi, en Géorgie, que je souhaiterais m’envoler.

Parce qu’il faut bien rêver

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CHRONIQUE / Il était prévu où, vous, votre voyage de 2020 que vous avez dû annuler? Pour moi, c’était La Nouvelle-Orléans, une destination que j’avais au fond de la tête depuis quelques années. De tout le pays de l’Oncle Sam, y’a Seattle, Monument Valley et le mont Rushmore qui me font envie. Seattle surtout. Mais pas autant que La Nouvelle-Orléans.

Ses origines francophones, plus particulièrement son métissage, son architecture, son caractère festif : tout avait contribué à ce que la tentation ait bien mûri. Bien qu’il soit rare que les États-Unis apparaissent en tête de liste quand le goût du large pousse la valise à l’extérieur de la penderie, là, j’en avais des fourmis dans les jambes. Je rêvais de me planter les pieds dans le French Quarter, de porter une attention particulière aux enchevêtrements de fer forgé autour des grandes galeries. J’imaginais des airs de jazz qui me surprendraient au coin des rues.

Je me serais arrêté souvent, trop souvent, même repu, pour dévorer les mets créoles, un gombo, une jambalaya. Et je me serais laissé convaincre par l’appel des alligators des bayous. Surtout, j’aurais voulu parcourir la route des plantations, longer le mythique Mississippi, me sentir tout petit au cœur parmi les 28 chênes centenaires de la Oak Alley Plantation avant de chercher mon souffle devant la somptueuse villa de l’endroit, symbole des richesses d’autrefois.

Lafayette, Baton Rouge... J’essayais, dans les plans que je faisais dans ma tête, d’étirer l’élastique et le temps de location de la voiture pour me rendre jusqu’à Houston, l’instant d’un coucou à la NASA. La NASA, quand même, pour avoir un peu la tête dans les étoiles.

Ces jours-ci, c’est pas mal là, dans les étoiles, qu’il faut se planter le nez pour oublier le confinement. Pour oublier, aussi, qu’on n’en a pas réellement des plans de voyage pour 2021. Parce qu’il faut bien rêver et qu’on peut découvrir des coins du monde tout en restant chez soi, moi, je fais des plans pour plus tard, un jour, quand tout ça sera derrière nous. Je rêve, bon, du moment où je pourrai m’éloigner, autant pour de courtes escapades au Québec que des plus longues, au Canada ou ailleurs.

Il faudra le temps qu’il faut. Il faudra que le virus s’éteigne ici comme ailleurs. Mais quand il viendra, le temps, ce ne seront pas les idées qui manqueront.

Parce que j’aurai envie de découvrir mon Canada lors des prochains voyages, le parc national Dinosaur, en Alberta, figure au sommet de ma liste.

Je me dis qu’il faudrait bien que je l’essaie, le Spa Eastman, mondialement reconnu et pourtant situé dans ma région à moi. Idem pour le fameux VéloVolant, à Sutton, et l’hébergement insolite qu’est le Zoobox, sur le flanc du mont Orford. Si on nous recommande de ne pas sortir de notre région pour encore longtemps, mais qu’on nous donne le droit de reprendre certaines activités, des idées, moi, j’en aurai pour m’occuper.

J’ai néanmoins confiance que le retour des beaux jours et des plus grandes libertés coïncidera avec l’arrivée du soleil. Si tel est le cas, j’ai bien retenu que les plus beaux couchers de soleil de la province, du monde même, seraient ceux de Venise-en-Québec. Tant qu’à partir vers l’ouest, pendant que tout le monde retournera peut-être en Gaspésie, moi, c’est l’Abitibi et son parc d’Opémican qui piquent ma curiosité.

Si le reste du Canada veut bien de nous avant la fin de l’année, là encore, c’est le charme de l’Ouest, dont j’ai eu un avant-goût l’été dernier, qui pourrait bien me séduire de nouveau. J’irais flirter avec la frontière entre la Colombie-Britannique et l’Alberta, vers Banff, Jasper et le lac Louise. La combinaison parfaitement apaisante des montagnes et de l’eau : que peut-on demander de mieux?

J’avoue que je me verrais mal contourner le Stampede de Calgary, si je passais par l’Alberta, mais surtout, si le temps le permettait, après m’être perdu en montagne, il me faudrait sûrement creuser vers le parc provincial Dinosaur, qui combine ma fascination pour les paysages inusités, les sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO et l’archéologie. Mine de rien, il s’agit d’un site où des vestiges de 44 espèces de dinosaures ont été trouvés. Concrètement, face à ces reliques, on fait un plongeon dans le temps de 75 millions d’années. Rien que ça. Dans le monde de l’archéologie, on considère y avoir trouvé des fossiles parmi les plus importants de l’ère des grands reptiles. Un peu plus à l’ouest, à Drumheller, j’irais faire un tour au musée Royal Tyrrel, justement consacré aux dinosaures.

Parce que je me donne le droit de rêver, sur ma liste de souhaits renouvelée, je me permets d’ajouter la Géorgie, pas l’État américain, mais le pays du Caucase, berceau de la viticulture. D’une part, ça me plairait de répéter le nom de la capitale, Tbilissi, jusqu’à ce que ma langue n’en puisse plus. Juste parce que ça sonne bien, je trouve. D’autre part, les méthodes traditionnelles de production du vin, vieilles d’environ 8000 ans, sont inscrites sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Voyez le lien?

Le confinement me permet de me rappeler que je n’ai toujours pas expérimenté la Zoobox, pourtant située près de chez moi.

Parce qu’il faudra vraisemblablement des montagnes pour oublier la pile d’obstacles menant vers la fin de la pandémie, ma bucket list renouvelée compte maintenant la communauté d’Ushguli, qui serait, avec sa population de quelques centaines d’habitants, parmi les villages d’Europe les plus en altitude. Et parce que j’aime les défis de prononciation et les paysages avec des hauts sommets, je me risquerais même jusqu’à Sighnaghi. Google Images a tout ce qu’il faut pour se montrer convaincant à ce sujet.

Enfin, j’avoue avoir un penchant pour l’architecture extravagante de Singapour. Les Jardins de la Baie me fascinent depuis trop longtemps déjà. La modernité qui côtoie les espaces naturels dans un territoire tout petit, le multiculturalisme, un aéroport parmi les plus impressionnants du monde et une compagnie aérienne nationale figurant dans la liste des meilleures compagnies du monde : c’est à se demander pourquoi je ne me suis pas laissé tenter plus tôt. Peut-être parce qu’on raconte qu’il faut avoir les poches profondes pour visiter Singapour.

Parce qu’on dit qu’il suffit de rêver, parfois, pour que les souhaits se réalisent, je me permets de me perdre à regarder des images de tous ces endroits qui me font envie. Peut-être que si on avait tous une liste de souhaits renouvelée comme celle-là, quelque part sur le réfrigérateur, on se souviendrait chaque jour pourquoi on se prive de sortir aujourd’hui : pour qu’on retrouve le reste du monde plus tôt que tard.