La vieille ville de Monterrey, bien qu’elle compte quelques bâtiments colorés, n’est pas aussi valorisée que celle d’autres régions du Mexique.

Le Mexique des Mexicains

CHRONIQUE / Mon dernier passage au Mexique ne s’est pas déroulé comme prévu : peu de visites touristiques. Au lieu de monter dans un bus ou une voiture pour explorer de nouveaux villages ou de nouveaux « pueblos magicos », j’ai tiré la plogue et j’ai regardé la vie passer à Monterrey, au nord, dans l’État du Nuevo León.

Les « pueblos magicos », ce sont des « villes magiques », des villes ou des villages ayant reçu une appellation pour leur importance historique, leur culture, leurs légendes… Attirants non pas pour leur proximité avec une plage, mais pour leur architecture ou leur atmosphère, ils sont considérés comme des incontournables.

À Monterrey, on est loin de la ville magique. Le passé industriel demeure bien présent, entre autres dans le parc Fundidora, où l’ancienne aciérie a été transformée en musée. On est aussi dans la troisième ville en importance dans le pays, avec plus de quatre millions d’habitants dans la zone métropolitaine qui y est rattachée. 

Parce qu’il s’agit d’un pôle commercial où se trouvent de nombreux sièges sociaux, la proximité avec les États-Unis aidant, Monterrey est l’une des villes les plus riches du Mexique. Le Mexique des Mexicains que j’y ai observé n’est donc pas complètement représentatif du reste du pays. Mais m’arrêter aux détails m’a tout de même ouvert les yeux.

Monterrey a beau être riche, elle n’est pas parvenue à développer efficacement son réseau de transport. La congestion routière y saute au pare-brise. À moins de circuler à des heures improbables, les chances d’avoir le nez rivé à la plaque d’immatriculation devant soi sont plus qu’élevées. Et à défaut de prévoir ses déplacements, on arrivera forcément en retard à destination. 

Les routes sont donc omniprésentes et elles sont pour la plupart longées de centres commerciaux où sont regroupés des bureaux de spécialistes, des boutiques et des restaurants. Quantité d’entre eux sont vitrés, sur deux ou trois étages. La circulation se fait sur des espèces de balcons à l’extérieur.

La Ville s’étend d’ailleurs à une vitesse folle. Si les centres commerciaux poussent comme des champignons, les quartiers résidentiels apparaissent aussi aux confins du territoire. Au diable l’étalement urbain. On rase tout et on bâtit des complexes entourés de grands murs. À l’intérieur, toutes les maisons sont collées. Toutes les maisons sont pareilles. Et il faut une carte magnétique pour s’aventurer dans le périmètre. Pour supporter la chaleur, à défaut d’arbres sur des espaces gazonnés inexistants, on installe l’air conditionné à tous les étages.

Vers le centre-ville, les gratte-ciel d’appartements et de bureau se multiplient eux aussi. D’ici quelques années, c’est à Monterrey qu’on devrait trouver le bâtiment le plus haut de toute l’Amérique latine. Il devrait surpasser la Gran Torre, de Santiago au Chili, qui compte une soixantaine d’étages et 300 mètres de hauteur.

Comme bien des villes mexicaines, Monterrey compte un vieux quartier aux allures coloniales. Le dimanche, le marché qui y est déployé attire les foules, autant pour son artisanat que pour ses babioles destinées aux touristes. Quelques institutions branchées, bars ou restaurants, attirent également le regard.

Les nouveaux quartiers de Monterrey, entourés de murs, comptent des dizaines de maisons identiques entassées les unes sur les autres. Il faut une carte magnétique pour s’y aventurer.

Ce qui frappe aussi, c’est le nombre de ces vieilles maisons, de ces vieux commerces, placardés avec la mention « À vendre ». D’autres, laissés à l’abandon, livrent le message inverse : « Nous ne vendons pas ». Pourtant, la végétation menace parfois des murs lézardés alors que les fenêtres ont volé en éclat il y a longtemps. Il semble que les occasions d’affaires ne soient pas particulièrement alléchantes dans la vieille ville, que la population locale a délaissée au profit des centres commerciaux plus modernes.

Les étrangers noteront par ailleurs la complexité à trouver du stationnement dans une ville assiégée par les automobilistes. Partout, tout le temps, il faut payer pour se garer. Les constructions modernes comptent sur des espaces souterrains. D’autres ont gardé un bout de bitume où entasser les bagnoles. Et à moins que le parc de stationnement ne soit contrôlé par des barrières, un gardien, souvent un vieillard, est assigné pour surveiller les véhicules. Lui laisser du pourboire est de bon aloi.

Dans les restaurants, où les tacos et le jus d’hibiscus font pratiquement l’unanimité, on vous laissera à peine vous asseoir avant de vous proposer à boire. Pas le temps de regarder le menu, on s’attend à ce que votre idée soit déjà faite. Idem pour la nourriture. Et ne vous étonnez pas que le sourire ne soit pas inclus dans le prix du repas. Culturellement, on ne sourit pas forcément aux étrangers. Ce n’est pas qu’on livre du mauvais service pour autant. 

La plupart des repas seront accompagnés de tortillas et il est commun d’en redemander pour finir son assiette. La purée de fèves noires accompagne également la plupart des assiettes. Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier de vérifier si les plats sont épicés avant de les commander. Les Mexicains, ils ont l’habitude que ça brûle la langue. 

À noter que le concept de recyclage est pratiquement inexistant, aussi, et que le gaspillage saute parfois aux yeux : suremballage, sacs de plastique pour tout et assiettes de styromousse jetables à profusion.

Quand on a le luxe du temps, on voit bien la personnalité de chacun des quartiers, tantôt assiégés par les flâneurs, tantôt jonchés des détritus qu’on ne ramasse pas. Là où les cabanes sont font plus grosses, où elles ont été bâties à l’extérieur de pochettes emmurées, les policiers circulent abondamment dans des camionnettes tous gyrophares dehors. Ils ont même de petites cabines statiques aux intersections importantes.

Sinon, on tombe par hasard sur une espèce de beer garden, au milieu de nulle part, où les food trucks proposent des plats mexicains, des sushis frits ou des burgers au son d’un groupe de musique s’agitant sur une petite scène. Assurément un coup de cœur inattendu. 

Et quand on en a assez de tout ce brouhaha, qu’on a déjà exploré le parc national de Chipinque, on peut sortir de la zone urbaine, à une trentaine de kilomètres de distance, pour se rafraîchir dans les grottes de Garcia. Le téléphérique mène à l’entrée des grottes où les stalagmites et les stalactites dressent des tableaux intrigants. L’une de ces formations, où une stalagmite et une stalactite se sont rejoints pour fusionner, serait particulièrement rare.

Sur la route du retour, nul doute que la congestion automobile ralentira l’entrée en ville. Les plus impatients pourront s’arrêter dans l’un des nombreux Tim Hortons, bien établis désormais au Mexique, le temps de comparer le menu avec celui des franchises bien de chez nous.