Jonathan Custeau
La Tribune
Jonathan Custeau
Longer le Rhin, où des pistes cyclables et des promenades pour les piétons sont aménagées, est l’une des activités plaisantes pour découvrir Cologne.
Longer le Rhin, où des pistes cyclables et des promenades pour les piétons sont aménagées, est l’une des activités plaisantes pour découvrir Cologne.

Cologne, acte 2

Cologne, c’est bien plus que sa grande cathédrale inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est des quartiers bien diversifiés qui donnent l’impression qu’on a agglutiné plusieurs petits villages pour en faire une grande communauté. C’est aussi l’efficacité du transport en commun et de la mobilité durable.

Juste avant que Montréal accueille ses premières trottinettes électriques, j’ai expérimenté celles de Cologne, en Allemagne. Sont pareilles ici et là. Sauf qu’on peut les utiliser sur des pistes cyclables très clairement marquées dont les corridors sont souvent peints en rouge ou en vert. Ceux qui se sentent moins équilibristes peuvent opter pour le vélo en libre partage.

Dans une ville à la topographie aussi planche, avoir deux roues est beaucoup plus rapide que d’utiliser ses deux jambes. Même une promenade a été aménagée le long du Rhin. Mais côté rapidité, rien ne battra le métro ou le tram, qui permettent aussi de sillonner de bonnes portions du territoire. 

Mon grand coup de cœur aura été le quartier d’Ehrenfeld, qui a déterré le gamin hipster profondément enfoui dans le fond de mes talons. Les petits cafés l’air de rien, minimalistes dans le mobilier, côtoient les épiceries en vrac et les librairies où on peut aussi se boire une tasse. L’art de rue y est omniprésent, qu’il témoigne des horreurs et de l’héroïsme de la guerre, qu’il envoie des messages socialement engagés ou qu’il transforme le mot « fuck » en « lucky » grâce à deux petites altérations.

Je m’y suis plu parce que je n’ai pas senti de prétention, parce qu’on est loin des ruelles commerciales du centre, aussi, en termes d’atmosphère. Là, dans un café, une maman en train de siroter une infusion avec une amie m’a tendu son poupon pour que je le surveille le temps qu’elle règle une petite urgence biologique. On a tous des amis inconnus sans le savoir, semble-t-il.

Et malgré mes yeux grands comme des oranges et mes efforts pour scruter toutes les ruelles et tous les murs colorés qui méritaient mon attention, j’ai réussi à manquer la plus grande mosquée de Cologne, bâtiment à l’architecture moderne contenant une pincée d’excentricité. 

Le quartier belge est plus branché. Il regorge de restaurants, de terrasses, de bars de toutes sortes. Dans les grandes villes, on peut boire un verre dans un bar petit comme ça avec des dizaines d’autres noctambules. Ou se retrouver dans un endroit complètement éclaté comme le café-bar Die Wohngemeinschaft.

L’endroit, aussi un hôtel, accueille les touristes dans ses chambres toutes plus disjonctées les unes que les autres. Les lits peuvent avoir la forme d’une fusée ou être installés dans une grande chaloupe. D’autres chambres sont munies d’un mobilier contemporain ou sont rehaussées d’une murale kitsch d’un couple qu’on dirait sorti d’un roman Harlequin. 

Le côté bar, lui, ouvert à toute la population, prend les airs d’un appartement moyen avec différentes pièces thématiques où se poser avec son verre. Près de l’entrée, un lit vieillot est installé dans une fausse chambre ornée de tapisserie fleurie. On s’y échoue si la journée a été longue. Les plus hippies prendront place sur la banquette d’un Westfalia, stationné dans la pièce d’à côté. 

De jour, on préférera peut-être les randonnées le long du Rhin, à vélo si on souhaite atteindre des plages relativement désertes un peu au nord, ou à pied pour profiter de la verdure du Rheinpark. De là, on change de rive en empruntant le pont… ou en montant dans un téléphérique. 

L’art urbain du quartier Ehrenfeld est l’un des attraits charmants de Cologne, en Allemagne.

Parmi les autres curiosités de la ville, on peut suivre le parcours des bananes, peintes sur les murs des endroits dignes d’une visite par l’artiste Thomas Baumgärtel. On trouve même une murale de style médiévale où des individus tentent de percer la forteresse entourant Cologne à l’aide d’un bélier… en forme de banane. Selon un guide à la crédibilité difficile à établir, l’œuvre symbolise les artistes reprenant la ville pour lui redonner vie. 

Parlant de médiéval, Cologne compte encore trois des portes de son ancienne forteresse. Elles sont aujourd’hui traversées par des piétons, là où on a bâti des places publiques. Encore chanceux qu’on ait choisi de les protéger en les mettant en valeur. Près de la cathédrale, d’autres ruines qu’on ne pouvait se résoudre à démolir ont simplement été intégrées dans un stationnement souterrain. On retrouvera donc, contre un mur de ce stationnement, une espèce de petit abri protégeant un puits très ancien. 

À flâner encore, on pourra admirer l’architecture des quartiers résidentiels ou tomber sur des boutiques vendant de très vieilles cartes postales rescapées d’un grenier on ne sait où. Les documents, parfois datés de plus de 100 ans, racontent la vie d’étrangers, tantôt en allemand, tantôt en français. J’ai passé un peu de temps à découvrir les souvenirs de quelqu’un d’autre, qu’on vendait un peu tristement à des inconnus.

Cologne a de la personnalité. Des personnalités. On peut s’y blottir ou s’y camoufler en s’inventant une vie allemande. Mine de rien, on pourrait s’y installer sans s’apercevoir qu’on s’y est un peu trop rapidement attaché.