Voyages

Le charme discret de Chiloé

CHRONIQUE / Chiloé, cette île de la côte ouest du Chili, est un peu la petite sœur discrète qu’on ne remarque pas devant les prouesses des autres enfants. Entre les montagnes de Patagonie, le désert d’Atacama, les lacs de la région du même nom et les vignobles qui s’étendent entre Santiago et Valparaiso, Chiloé peut paraître bien pâle.

Contrairement aux autres régions du pays, là, il faut remplir ses bagages de temps et disposer d’une voiture. Si on veut tâter le pouls de cette île de pêcheurs, on peut difficilement accepter d’être à la merci des horaires de bus, qui relieront néanmoins la grande ville de Castro et d’autres agglomérations d’importance, comme Ancud et Quemchi.

Le bourlingueur

Pour un instant à Puerto Varas

CHRONIQUE / Je n’ai pas vu Puerto Montt, sans aucun doute la plus grande ville de la région des lacs, au sud de Santiago, au Chili. Et c’est très bien comme ça. Avec ses quelque 220 000 habitants, la ville n’a semble-t-il de charmant que ses très bons restaurants accueillant les voyageurs en transit.

Le Lonely Planet, que je consulte beaucoup trop, je le concède, avait pourtant prévenu qu’il serait presque impossible d’éviter Puerto Montt sur tout itinéraire qui plongeait plus au sud, soit vers l’île de Chiloé ou sur la Carretera Austral, une des plus belles routes du pays, semble-t-il. Parce que c’est forcément par la grande ville que transiteront tous les moyens de transport longue distance.

Le bourlingueur

Une nuit à Wadi Rum

CHRONIQUE / La Jordanie s’était imposée par hasard, en escale entre l’Asie et l’Europe. Les Émirats arabes unis, Dubaï en l’occurrence, avaient davantage piqué ma curiosité. Mais cette année-là, les Canadiens devaient vider leur portefeuille pour payer le visa qui donnait le droit d’entrer au pays.

Ce serait donc la Jordanie et sa cité mythique de Pétra, dont je ne connaissais presque rien. Déjà, à l’aéroport d’Amman, le chauffeur de taxi, qui s’était arrêté en cours de route pour faire monter un de ses amis à qui il n’a rien chargé, m’a presque forcé à me diriger directement à Pétra. Bonne idée, oui, de faire plus de 200 kilomètres avec le compteur du taxi qui tourne…

Le Bourlingueur

Valparaiso, ville de chaos artistique

Valparaiso tardait à se tirer du lit. Comme tous les matins, paraît-il. La ville aux 42 collines, sur la côte ouest du Chili, se lève bien à l’heure qui lui convient, laissant ses rues relativement désertes jusqu’au milieu de l’avant-midi.

À moins de deux heures de route de la capitale, Santiago, Valparaiso constitue une option populaire pour les allers-retours d’une journée quand on est pressé. Mais il y a fort à parier que la ville portuaire aux accents artistiques marqués convainc la plupart de ses visiteurs qu’ils auraient eu besoin d’au moins une journée de plus pour la découvrir vraiment.

Valparaiso, c’est un léger chaos. Le marché de fruits et de légumes qui débordait dans les rues, le jour de mon arrivée, paraissait désorganisé. Il n’était pas encore achalandé et on n’y voyait que les gens de la rue, réveillés par le barda, qui y trouvaient de quoi briser le jeûne des heures précédentes.

Alors que j’étais en route pour la Plaza Anibal Pinto, les grands boulevards ne voyaient marcher que quelques piétons qui donnaient l’impression d’être égarés. Les façades placardées, couvertes de graffitis, donnent un aspect négligé à la ville. Là, on ne trouve pas le même standard de propreté qu’à Santiago.

Valparaiso, c’est comme une vieille tante ou un vieil oncle qui vous accueille à midi, un vieux pyjama sur le dos et la coiffure encore ébouriffée par l’oreiller. Un peu négligée, elle se montre néanmoins franchement sympathique. 

Le plaisir à Valparaiso, il vient à se promener au hasard des rues qui partent dans toutes les directions, qui grimpent tantôt la colline Concepcion, qui bifurquent tantôt pour nous ramener à notre point d’origine. D’un monticule à l’autre, on découvre des escaliers, des ruelles étroites, pour la plupart peintes ou couvertes de graffitis, ou encore des funiculaires un tantinet âgés. 

Ces funiculaires, autrefois au nombre de 30, font partie des raisons pour lesquelles le quartier historique est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. On en trouve aujourd’hui moins d’une dizaine encore en fonction. Le droit de passage y est très bas, environ 25 sous, et permet parfois d’économiser un peu d’énergie pour les longues marches à venir.

Le bourlingueur

Sur le flanc du volcan Villarrica

CHRONIQUE / L’autobus avait quitté Santiago, la capitale du Chili, en même temps que le jour finissait de s’effacer sous un ciel obscur. Il s’était immobilisé, les vitres couvertes des gouttelettes de condensation, presque neuf heures plus tard, à environ 800 kilomètres de là, dans la petite ville de Pucón.

Le ciel, à Pucón, était encore nimbé de sa rosée du matin. C’était l’heure où l’humidité et les rayons neufs du soleil nous dardent avec la même force. Les volutes s’échappant des cheminées faiblissaient à vue d’œil laissant dans le fond de l’air frais un subtil arôme boisé.

Le bourlingueur

Craquer pour le Chili

CHRONIQUE / «Ça faisait longtemps que vous vouliez aller au Chili? » a demandé le douanier, suspicieux. « Non pas particulièrement », que je lui ai répondu au retour à Montréal.

De toute évidence, annoncer qu’on revient du longiligne pays d’Amérique du Sud soulève des soupçons à l’aéroport. Et s’il est vrai qu’à mes yeux, le Chili présentait au départ un attrait moins grand que ses voisins, comme le Pérou, la Bolivie ou l’Argentine, j’ai découvert un pays de nature beaucoup plus intéressant que je ne le croyais.

C’est peut-être parce que le Chili fait moins les manchettes. Du Brésil, on connaît le Carnaval de Rio et l’Amazonie. De l’Argentine, Buenos Aires est célèbre, comme l’est le Machu Picchu au Pérou ou le désert de sel d’Uyuni en Bolivie. Du Chili, on retient peut-être la très isolée île de Pâques, ou plus probablement… de nombreux tremblements de terre.

Comme sa voisine l’Argentine, le Chili n’est pas particulièrement à l’image du reste de l’Amérique du Sud. Les airs y sont plutôt européens. Les prix aussi. Pas étonnant que les voyageurs du sac à dos, qui font un grand tour du continent en comptant les sous, ou les pesos, aient tendance à éviter de s’aventurer trop loin au sud-ouest. Ceux qui le font ne fréquentent pas les restaurants. Ils ne peuvent, non plus, aspirer à traverser les 4300 km, du nord au sud, entre le Pérou et le cap Horn, à moins d’y aller par petites bouchées, avec beaucoup de temps.

Il reste que le transport est particulièrement bien organisé pour franchir les parallèles. Les vols intérieurs permettent d’atteindre la Patagonie ou le désert d’Atacama sans difficulté. C’est sans compter les autobus, munis d’énormes fauteuils qui, parfois, se transforment en lits, et qui arpentent les routes jour et nuit pour parcourir d’énormes distances. Confortables, ils coûtent moins cher que l’avion, sont moins polluants, et permettent d’économiser une nuit à l’hôtel.

On dit de Santiago, la capitale, qu’elle n’a rien de bien charmant. Pourtant j’ai eu envie de m’y attarder… ce que je n’ai pas fait. J’ai plutôt voulu voir les routes de bitume, celles de gravier et de sable aussi, qui relient les grandes villes et les villages éloignés. J’ai voulu voir l’aridité du nord, l’altitude des montagnes et des volcans à la rencontre de deux plaques tectoniques. J’ai voulu voir les villages de pêcheurs, où les prises sont toujours fraîches. 

Le Chili, c’est vouloir jouer dehors tout le temps. C’est se féliciter d’avoir accroché ses bottes de randonnée au sac à dos. Parce qu’on voudra galoper jusqu’au Pacifique pour regarder les vagues se briser sur les rochers. Parce qu’on voudra grimper les sommets enneigés à 5000 mètres si nos poumons finissent par s’adapter à l’altitude. Parce que marcher, marcher, marcher dans les rues des grandes villes sans vouloir s’arrêter, c’est un peu comme randonner. Et parce qu’il faudra bien dépenser toutes ces calories qu’on ne pourra s’empêcher d’engloutir en trop grande quantité. 

Le bourlingueur

Le calme de Bundi

CHRONIQUE / Il y a parfois ces petites surprises qu’on n’attendait plus. Ces doutes qu’on n’avait pas raison d’entretenir et qu’on regrette un peu au bout du compte. En Inde, la plus belle surprise est venue d’une petite ville appelée Bundi, quelque part au sud-ouest de Delhi.

J’ai beau frôler compter plus d’une soixantaine de pays au compteur, je ne retiens toujours pas, d’une fois à l’autre, que je préfère le charme des petites villes moins touristiques. J’aime voir les gens, leur parler, faire partie de leur quotidien. Ça me change des temples, des musées, des circuits qui nous mènent un peu toujours aux mêmes endroits plus ou moins mémorables.

Le bourlingueur

Les macaques de Gibraltar

CHRONIQUE / Des singes à l’état sauvage en Europe! Il n’y a qu’un seul endroit pour en admirer, voire en côtoyer de très près : Gibraltar. La petite péninsule anglaise, au sud de l’Espagne, comporte bien d’autres surprises.

Je l’avoue d’emblée, je ne me serais probablement pas donné autant de mal pour visiter Gibraltar si ce territoire d’environ sept kilomètres carrés avait appartenu à l’Espagne. Il y a quelque chose de particulier à l’idée de traverser tout un territoire à pied en une seule journée.

Le bourlingueur

Ballet et balade nautique à Mexico

CHRONIQUE / Retenir son souffle. C’est toujours un peu ce qu’on fait en achetant des billets pour un spectacle à l’étranger. Vouloir un aperçu d’une culture qui nous fascine peut se transformer en interminable soirée de performances amateures. C’est l’expérience qui parle. Mais dans la ville de Mexico, il n’y a rien à craindre.

Le ballet folklorique de Mexico a beau être présenté dans le célèbre Palais des beaux-arts (Palacio Bellas Artes), qu’on surnomme à juste titre la cathédrale des arts de Mexico, mais il y a ce je-ne-sais-quoi à propos du mot folklorique qui sème un léger doute. C’est que je m’imagine des artistes un peu blasés, se produisant soir après soir pour des touristes qui applaudiraient n’importe quoi.

Le bourlingueur

Jouer les Colombo au Sri Lanka

CHRONIQUE / «Quand j’ai sorti la photo, l’homme avait l’air de se demander d’où ça venait. Il nous a rapidement invités à rentrer chez lui et à rencontrer sa famille », dit Daniel Richard de North Hatley.

La photo, c’est celle que j’avais prise en 2015 avec Gamini et sa famille, à Ella au Sri Lanka. Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, Daniel Richard et sa conjointe Diane Perras, véritables Colombo, ont relevé le défi de retrouver la maison de ces villageois, en bordure d’une voie ferrée, pour leur offrir un cadeau qu’ils n’attendaient certainement pas.