Le bourlingueur

Ballet et balade nautique à Mexico

CHRONIQUE / Retenir son souffle. C’est toujours un peu ce qu’on fait en achetant des billets pour un spectacle à l’étranger. Vouloir un aperçu d’une culture qui nous fascine peut se transformer en interminable soirée de performances amateures. C’est l’expérience qui parle. Mais dans la ville de Mexico, il n’y a rien à craindre.

Le ballet folklorique de Mexico a beau être présenté dans le célèbre Palais des beaux-arts (Palacio Bellas Artes), qu’on surnomme à juste titre la cathédrale des arts de Mexico, mais il y a ce je-ne-sais-quoi à propos du mot folklorique qui sème un léger doute. C’est que je m’imagine des artistes un peu blasés, se produisant soir après soir pour des touristes qui applaudiraient n’importe quoi.

Le bourlingueur

Jouer les Colombo au Sri Lanka

CHRONIQUE / «Quand j’ai sorti la photo, l’homme avait l’air de se demander d’où ça venait. Il nous a rapidement invités à rentrer chez lui et à rencontrer sa famille », dit Daniel Richard de North Hatley.

La photo, c’est celle que j’avais prise en 2015 avec Gamini et sa famille, à Ella au Sri Lanka. Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, Daniel Richard et sa conjointe Diane Perras, véritables Colombo, ont relevé le défi de retrouver la maison de ces villageois, en bordure d’une voie ferrée, pour leur offrir un cadeau qu’ils n’attendaient certainement pas.

Le bourlingueur

Genève cosmopolite

CHRONIQUE / «Ça fait du bien d’entendre parler français! » avait-elle dit. Elle, c’était la femme assise à côté de moi dans le train Zurich-Genève, en Suisse. Mini choc culturel.

Probablement comme tout le monde qui s’attend à ce que le Canada soit bilingue d’un océan à l’autre, j’avais cru que le français était plutôt répandu en Suisse. Même si on ne me parlait qu’en allemand à Zurich, j’étais resté sous une fausse impression. En même temps, je me rassurais de constater que je me dirigeais vers une ville où j’arriverais à me faire comprendre la plupart du temps.

Le bourlingueur

Des momies et des troubadours

CHRONIQUE / Guanajuato, capitale de l’État du même nom au Mexique, sourit aux visiteurs avec ses couleurs vives et son immense basilique au creux des montagnes. La Basilica de Nuestra Señora de Guanajuato, rayonnante d’ocre et de rouge, peut être aperçue dans toute la vieille ville. Pareil pour l’université, avec son imposant escalier qui offre un point de vue pas mal du tout. Guanajuato est festive, avec ses mariachis qui chantent à tue-tête au Jardin de la Union, devant le grandiose Teatro Juárez, là où tous les arbres ont été émondés pour que leur feuillage prenne une forme carrée. On y trouve le musée de Don Quichotte, celui de Diego Rivera, et des dizaines d’ateliers d’artistes où se traîner les pieds. Pour peu qu’on aime l’art un brin, on espionne plus ou moins discrètement dans les fenêtres donnant sur les ruelles en espérant y trouver un repère artistique où s’engouffrer.

Guanajuato, c’est le meilleur repas que j’ai mangé dans tout le Mexique, sans exagération. Quand on retient un point d’exclamation pour chaque bouchée, ou pire, qu’on le laisse échapper, c’est qu’on a la papille contente. Chez Maztito, un restaurant familial, on restera marqué par le suprême de poulet au miel d’agave, à la poire cactus et aux arachides. Réserver est prudent et préférable.

Les gourmands romantiques voudront peut-être s’arrêter au Santo Café pour le petit-déjeuner. On préfèrera une des deux tables sur un pont enjambant une rue piétonne. 

Point de vue romantisme, la callejón del Beso (l’allée du Baiser) libère le Roméo ou la Juliette chez les touristes les plus sensibles (moyennant quelques pesos). L’allée la plus étroite de tout Guanajuato est surplombée par deux balcons qui se touchent presque. Eh oui, à la Roméo et Juliette, un couple dont l’amour était interdit utilisait ce stratagème pour nouer leurs lèvres le moins discrètement du monde. Fin tragique à prévoir.

Au hasard des rues de la vieille ville, on tombe forcément sur des musées d’art qui émoustillent l’œil. Le classique et le contemporain accessible se côtoient.

Ce qui relève moins du hasard et qui émoustille moins l’œil, c’est l’étrange Musée des momies. Suffit de prononcer Guanajuato pour qu’on vous demande si vous irez voir les momies. Le musée un peu lugubre, à longue distance de marche du cœur du vieux Guanajuato, relève de la curiosité. C’est qu’il semble plutôt désert et délaissé pour une attraction qu’on mousse sans ménagement.

Là, pas de trucages d’Halloween. Avant de voir la centaine de corps exposés derrière des vitrines, une vidéo explique la provenance des momies. Elles ont été retirées de leur crypte pour faire de la place dans le cimetière, principalement parce que la parenté des défunts avait cessé de payer pour le lot de l’enterrement. Plutôt que de trouver des squelettes comme elles s’y attendaient, les autorités ont plutôt découvert des corps momifiés.

On présume que les défunts sont morts dans les années 1830 lors d’une épidémie de choléra et exhumées une trentaine d’années plus tard. Tant des bébés que des adultes ont trouvé leur place dans cet étrange musée. Un fœtus momifié est même qualifié de plus petite momie du monde sur le panneau descriptif qui l’accompagne. Dans une autre pièce, on émet l’hypothèse qu’une femme a été enterrée vivante.

Le bourlingueur

Un amour de daïkon

CHRONIQUE / Une fois, en arpentant les allées de mon épicerie, j’ai pris une chance de déposer un daïkon dans mon panier. Jamais auparavant je n’avais goûté ce radis blanc, que certains appellent radis d’hiver ou radis japonais. Son goût très prononcé ne m’avait pas convaincu.

À Tokyo, au Japon, le restaurant Kameido Masumoto a réhabilité le daïkon, plus précisément une variété rare, le daïkon kameido, qui a presque disparu des tablettes des épiciers. Autrefois très populaire, ce légume-racine se vend maintenant à gros prix en raison de sa rareté.

Le bourlingueur

L’importance historique de Santiago de Querétaro

CHRONIQUE / Le site de Booking.com laissait entendre que ce serait la folie furieuse, qu’il serait difficile de trouver où loger à Santiago de Querétaro (Querétaro pour les intimes), en plein cœur du Mexique. À voir les rues piétonnes de la vieille ville grouiller de badauds à la recherche d’aubaines, j’ai cru qu’il s’agirait d’une autre de ces villes artificielles où les touristes ont pris le dessus sur la population locale.

La voiture s’est garée dans une petite rue à sens unique, entre deux rangées de bâtiments coloniaux colorés. Des fanions mexicains aux couleurs vives étaient suspendus entre les toits. Là, l’agitation du centre-ville, pourtant à cinq minutes de marche, laissait place au calme plat.

Le Bourlingueur

Visiter les pyramides... la nuit

CHRONIQUE / Les sites mythiques, la nuit, s’enrobent d’une atmosphère magique. En pleine obscurité, les bruits paraissent exacerbés. Les foules, souvent moins denses, se montrent parfois plus silencieuses. Et le mercure qui chute nous force parfois à nous emmailloter confortablement.

Tout petit, j’avais été impressionné par les puissantes chutes de Niagara. Dans cet ancien temps pas si lointain, la ville ontarienne n’avait pas encore vu pousser tous ses casinos et ses commerces d’amusement.

Au motel où il était de tradition de passer la nuit, j’avais enfilé mon pyjama en attendant que le ciel se peigne au fusain. À l’approche de l’heure du dodo, j’étais particulièrement impatient de revoir les chutes, éclairées de faisceaux colorés. Des feux d’artifice avaient même couronné la soirée. J’observais les trombes d’eau avec un œil différent, émerveillé.

Comme quoi il y a quelque chose de marquant avec la nuit.

Ainsi ai-je abordé, avec la même fébrilité, la découverte de deux des sites archéologiques les plus connus du Mexique. À la tombée du jour, à Teotihuacan et à Chichén Itzá, on propose un spectacle sons et projections sur les grandes pyramides. Les deux sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO se drapent ainsi d’une touche de modernité tous les soirs. 

Le site de Teotihuacan, à environ une heure de la ville de Mexico, est l’une des destinations les plus visitées près de la capitale. Si la cité a déjà couvert plus de 20 kilomètres carrés, on n’en visite aujourd’hui que deux kilomètres carrés. 

Choisir le spectacle de projections peut entraîner quelques problèmes de logistique. Le site ferme ses portes vers 17 h et ne laisse entrer les noctambules qu’à la tombée de la nuit. Il faudra donc trouver de quoi s’occuper si on a passé une partie de la journée sur le site. Pour les autres, comme moi, qui n’ont pu admirer la pyramide du Soleil sous l’astre du même nom, il faut se résigner à ne voir qu’une partie des vestiges.

C’est qu’on ne nous laisse pas de temps libre pour explorer, même si les deux structures les plus importantes sont couvertes par la visite. 

La foule est divisée en petits groupes et chacun se voit remettre un iPod et des écouteurs. L’histoire du site, dans un vocabulaire un peu technique à l’occasion, nous est racontée en plusieurs langues, si bien que le spectacle s’adresse à toutes les clientèles. 

On marche à un rythme soutenu sur la calzada de los Muertos (l’allée des Morts), qui était autrefois entourée de palais. Elle mène à la pyramide de la Lune. La promenade est ponctuée de dix arrêts historiques où notre imagination est mise à profit pour figurer l’allure des bâtiments autrefois érigés à ces endroits.

De retour devant la pyramide du Soleil, on nous fournit des coussins pour que nous puissions nous installer à même les escaliers faisant face à la grande structure. Une fois tout le monde bien calé dans son coussin, on synchronise tous les iPod avec la bande sonore du spectacle. Et c’est parti.

Dans le style du mapping, que l’on peut voir sur des grands bâtiments historiques partout dans le monde, on nous raconte l’histoire de Teotihuacan. Avec narration dans la langue de votre choix, s’il vous plaît.

Le bourlingueur

Playa del Carmen pour la première fois

CHRONIQUE / Playa del Carmen dort peu, ce qui n’est pas nécessairement si clair que ça quand on y arrive en début de nuit et qu’on évite sa 5e Avenue, LA rue commerciale fréquentée par tous les touristes.

Le bus arrivant de l’aéroport de Cancún s’est immobilisé au terminus aux environs de minuit. Dans le porte-bagages, j’emmagasinais mes idées préconçues : Playa del Carmen, c’était certainement une ville bondée de touristes où la culture mexicaine avait été évincée. Playa del Carmen, où je passerais quatre jours en attendant le mariage de mes amis Dalia et Christophe, m’ennuyait déjà.

Le Bourlingueur

Refuser de sombrer

CHRONIQUE / C’est qu’ils ne nous donnent pas le droit, les gens, d’être déçu de rentrer de l’étranger. #lesgens. Parce qu’ils étaient tout bonnement à la maison pendant qu’on apprenait à prononcer « moussaka », nous, il faudrait qu’on rayonne de bonheur 24 h/24.

Quand on y pense, la nature humaine nous pousse à juger de ce que les autres ont le droit de ressentir. Les gens beaux n’ont pas le droit de se sentir moches. Les enfants qui réussissent bien n’ont pas le droit de stresser avant, pendant ou après un examen. Ceux qui dépriment n’ont aucun droit d’être triste si on juge qu’ils ont quoi que ce soit de plus que nous.

Le bourlingueur

Le Cupidon de Valladolid

CHRONIQUE / Les rayons du soleil me dardaient le visage à travers une fenêtre sans rideaux. Le matin s’était installé depuis une heure ou deux, à Rio de Janeiro, quand le réveil s’est imposé.

J’ai descendu les escaliers de l’auberge, un bout de rêve encore collé derrière les yeux, quand je l’ai vue passer la porte. Je me souviens avoir été impressionné, gêné un peu aussi, qu’elle ait déjà terminé son jogging matinal alors que mon pied gauche dormait encore quelque part à l’étage.

Sociable mais indépendante, Dalia essaimait les conversations avec les voyageurs présents ce jour-là. J’ai remarqué sa grande intelligence et son côté taquin à la fois. Elle m’a raconté un peu son Mexique natal avant de prendre la route pour Sao Paulo. Elle m’a promis de me refiler les bonnes adresses qu’elle y trouverait.

À Sao Paulo, où j’étais arrivé en pleine nuit, le propriétaire de l’auberge dormait beaucoup trop dur pour entendre la sonnette de la porte. Prisonnier du grand air, prenant mon mal en patience dans la nuit noire, je m’étais adossé contre la porte verrouillée. Par le plus grand des hasards, c’est Dalia qui m’a ouvert en rentrant d’une soirée qui s’était prolongée.

Nous nous sommes croisés à quelques occasions dans les jours qui ont suivi, si bien que nous nous sommes promis de garder contact.

Trois ans plus tard, une pause soleil s’imposait dans un automne qui se prolongeait. Cuba? Guatemala? Pourquoi pas le Mexique?, m’a suggéré Dalia. Établie à Mexico, elle n’avait jamais mis les pieds dans le Yucatan. Si je répondais à l’appel de Chichén Itzá, elle m’y rejoindrait assurément. 

Ainsi avions-nous rendez-vous à Valladolid, magnifique ville coloniale à moins de deux heures de Cancún. L’auberge de jeunesse était dotée d’un grand jardin et donnait sur une place publique où les groupes de musique et de danse venaient répéter.

Je farfouillais dans mes bagages, la porte de ma chambre entrouverte, quand j’ai entendu parler français. Au téléphone, l’homme confiait sa solitude à son interlocuteur. Si l’occasion se présentait, plus tard, je me promettais de lui faire la conversation.

Mais voilà, mon amie est apparue à travers les feuillages du jardin. Pour célébrer les retrouvailles, nous avons pris le bus vers Ek Balam, un site archéologique maya au nord de la ville. Le pépin, c’est que pour rentrer, le bus ne semblait pas vouloir se pointer. Nous avons attendu et attendu, dans le stationnement, sans le moindre signe d’un transport en commun.

Le Français, seul à bord d’une voiture, est apparu pendant que nous jouions à cache-cache avec l’ennui. Dalia et moi avons pensé la même chose. Tentés de lui demander son aide, nous nous sommes retenus en constatant qu’il venait tout juste d’arriver et qu’il nous faudrait encore patienter avant qu’il soit prêt à partir.

Deux matins plus tard s’est présentée la première occasion de mélanger les accents français, québécois et mexicain. Valladolid constitue un arrêt logique sur la route vers Chichén Itzá, d’où plusieurs poursuivent vers Mérida. Les autres reviennent vers Cancún à la fin de la journée. Toujours est-il qu’il faut être prévoyant pour obtenir sa place dans un des bus qui roulent vers l’ouest parce que la demande est forte.

Au petit-déjeuner, un voyageur allemand a lancé la question : « Quels sont vos plans pour aujourd’hui? » Chichén Itzá, a répondu la France. Nous aussi, ont ajouté l’Allemagne et le Mexique. Comble du hasard, tous devaient passer la nuit à Mérida.

Christophe, seul à bord de sa bagnole louée, venait de se trouver trois compagnons de route prêts à diviser le coût du voyage.

Comme à la petite école, chacun a choisi son siège et a gardé sa place pour tout le trajet. Dalia avait hérité du fauteuil à l’avant. Quand nous nous immobilisions un contrôle routier, elle était la seule à bien savoir converser avec les gendarmes qui s’inquiétaient de la voir seule avec trois étrangers.

Les liens d’amitié se sont noués. Après la première nuit, nous avons tous déménagé au même hôtel. Le périple d’une journée s’est étiré. Ensemble, nous avons aussi visité Celestun. Puis Campeche. C’est là que le quatuor est devenu trio.

Enfin, parce que le plan initial prévoyait que je rentrais à Mexico avec mon amie, notre conducteur désigné nous a déposés à l’aéroport. Christophe aussi se rendrait dans la capitale. Mais il devait d’abord rapporter sa bagnole à Cancún.

Les adieux sont toujours déchirants. Entre Christophe et Dalia, pourtant, l’au revoir semblait moins singulier. Les yeux humides trahissaient plus que de l’amitié. Lui, comme au premier jour à Valladolid, retrouvait le poids de sa solitude.

En arrivant à Mexico, à sa mère venue nous accueillir, Dalia a lancé : « Il faut que j’apprenne le français. »

Comme prévu, Christophe s’est retrouvé à Mexico plusieurs jours plus tard. Il a retrouvé Dalia aussi. Ils se sont promis de garder le contact.

Faisant mentir les pronostics, ils ont fait les allers-retours entre le Mexique et la France plusieurs fois depuis trois ans. Aujourd’hui, sur une plage de Cancún, ils se diront officiellement oui. Comme au premier jour, à Valladolid, j’y serai un témoin privilégié.

Suivez mes aventures au
www.jonathancusteau.com