Le Bourlingueur

Changer le visage de Tokyo

CHRONIQUE / Quand j’ai demandé conseil à des amis adeptes du Japon pour connaître les meilleurs quartiers où flâner à Tokyo, je n’ai pas obtenu de réponse claire. Tokyo change trop, tout le temps. À la lumière de cette déclaration, je devais me débrouiller.

Tokyo change beaucoup, oui, si on en croit le directeur principal aux relations publiques de la Mori Building Co., Masa Yamamoto. Selon lui, c’est 3 % de la ville qui est détruite, chaque année, pour des projets de reconstruction.

La Mori Building Co., fondée par Minoru Mori, a somme toute métamorphosé le visage du district de Minato, où se trouve le complexe Rappongi Hills, dominé d’une tour de 53 étages. J’ai pu visiter ses bureaux, quelque part en altitude, en m’arrêtant dans un local où se trouvent des maquettes à l’échelle de Tokyo, New York et Shanghai.

« Nous voulons donner une cure de rajeunissement à Tokyo pour qu’elle puisse se mesurer à d’autres grandes villes comme New York, Londres, Paris et Shanghai. Pour y arriver, nous devons changer le mode de vie de la population en transformant les infrastructures. Nous visons une plus grande efficacité dans le mode de vie », explique M. Yamamoto.

Les maquettes permettent entre autres de se comparer, de voir ce qu’il manque à Tokyo pour surpasser les autres villes d’importance. « Nous avons mesuré les façons de faire de 44 villes majeures, dont Boston et Toronto, pour voir les forces et les faiblesses de chacune. Une ville attirante est une ville qui peut répondre aux différents besoins de sa population. Les villes qui maintiennent leur attractivité investissent maintenant dans les services, notamment la promotion du tourisme. »

Le tourisme, toutefois, connaît parfois des soubresauts, comme à Paris après les attentats de 2015, ou à Tokyo, après le tremblement de terre de 2011.
Rappongi Hills est en quelque sorte devenu une attraction touristique, notamment grâce à son araignée géante à l’entrée, une œuvre intitulée Maman et réalisée par Louise Bourgeois. On en trouve une également devant le Musée des beaux-arts d’Ottawa et au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

On y trouve aussi un parc, un studio de télévision, des bureaux, plus de 200 magasins et restaurants et des appartements. Son cinéma compte une plantation de riz sur le toit alors que le 53e étage de la tour principale abrite le Musée des arts Mori, un musée d’art contemporain.

Le Bourlingueur

Revoir Tokyo

CHRONIQUE / Revoir quelqu’un après plusieurs années provoque un vertige, une petite pression au creux de l’estomac. Peur que ça se passe mal. Peur que la chimie n’y soit plus. Peur que le temps ait trop passé. Comme si on ne pouvait pas se reconnaître avec en plus quelques cheveux gris et un kilo et demi. Ou dix.

Pareil, on dirait, pour une ville qu’on a visitée six ans plus tôt. Pas n’importe quelle ville. Une grande, qui grouille, qui se transforme, qui avance à la vitesse des pas de ses quelque 13 millions d’habitants. Vite, donc. Une ville qui ne rénove pas, qui démolit et reconstruit plus grand, plus gros, plus beau.

Tokyo s’est replacée sur ma route de manière inattendue. Je m’étais présenté à elle pour la première fois dans la même foulée où j’effeuillais des dizaines d’autres villes comme les pétales d’une marguerite : les unes après les autres, pays après pays. Fin janvier, je revenais pour la première fois sur le trajet de mon tour du monde avec la nervosité de celui qui revoit pour la première fois la maison où il a grandi.

Étrangement, j’ai reconnu Tokyo plus que je ne le pensais. Je n’ai pas trop galéré pour acheter mon billet de métro, sachant trop bien que je devais payer selon la distance que je parcourrais. J’ai décodé rapidement la carte des trains, me suis rappelé qu’il fallait faire une distinction entre les wagons JR et le métro de Tokyo, deux des compagnies assurant le transport sur rail dans la capitale.

J’ai esquissé un demi-sourire en apercevant la bannière bleue des Lawson, ces dépanneurs faisant compétition à l’international 7 Eleven, mais dont j’avais zappé l’existence. Ils n’évoquent pourtant rien de particulier les Lawson, mais ils me rappelaient tout à coup que j’étais en terre nippone.

En fait oui. Je me suis souvenu d’une tartelette au chocolat, divine, que j’achetais dans l’une de ces petites épiceries. Laquelle? Je ne sais plus, mais parole de bourlingueur, il n’est plus possible d’en trouver des comme ça aujourd’hui. Légère déception.

J’ai reconnu l’efficacité japonaise, celle des transports en commun passant aux trois minutes, du service des repas presque immédiatement après qu’on eut franchi la porte des restaurants. À Tokyo, on n’attend pas avant de recevoir sa commande.

Je me suis souvenu du respect des Japonais, qui ne bousculent jamais, ne lancent jamais leurs déchets par terre, ne tournent jamais le dos volontairement aux gens avec qui ils discutent. Ils offrent des saluts en inclinant le torse, le tronc même, à l’entrée des hôtels, quand ils vous abandonnent à un ascenseur, quand ils vous rencontrent pour la première fois.

J’avais oublié ces aliments de cire, déployés dans la vitrine des restaurants pour illustrer les plats qui y sont servis, mais j’avais bien en mémoire comment commander tout un repas dans une machine à coupons.

J’ai revu la tour de Tokyo, cette mini-tour Eiffel dans laquelle je n’avais pas eu le temps de monter la première fois. J’ai remédié à la situation, vu des milliers de lumières et des milliers de gratte-ciel à 150 mètres de hauteur. J’ai vu Tokyo s’étendre sur tout l’horizon, de tous les côtés. Et je me suis presque laissé tenter par les crêpes gâteau fromage, crème fouettée et fraises. Presque.

Idem pour le Tokyo Skytree, la deuxième plus haute structure autoportante de la planète au moment de son inauguration, à peu près au même moment où je partais du Japon la dernière fois. À 634 mètres, elle est plus haute que la tour du CN.

Au temple de Senso-ji, dans Asakusa, j’ai tenté ma chance une nouvelle fois avec une tradition de bonne fortune. Je n’aurais pas dû. On fait un souhait, on secoue un contenant dans lequel sont placées des dizaines de bâtons. Le premier qui en tombera, à l’aide d’un numéro, nous guide vers un tiroir où est inscrite notre bonne fortune. Ou notre mauvaise, comme dans mon cas.

On s’exorcise en abandonnant le mauvais sort sur un petit présentoir installé à cette fin. On peut aussi se purifier avec une fumée divine. Rien de moins.

En retournant dans Shinjiku, le quartier des grivoiseries, j’ai retrouvé les foules de touristes, les néons à perte de vue. En moins de deux, j’ai été approché par des proxénètes africains qui m’offraient une invitation dans leur salon de massages. Rien n’a changé de ce point de vue. 

Les arcades ont toutefois été remplacées par des salles de jeux munies de grues miniatures permettant parfois d’attraper des figurines de mangas ou à l’effigie de Star Wars.

J’ai aussi retrouvé les toilettes à siège chauffant, installées partout, même dans les toilettes publiques, et découvert les taxis dont les portes s’ouvrent et se ferment toutes seules. N’y touchez pas, vous risquez d’insulter le chauffeur.

Enfin, Tokyo, c’est aussi croiser un vison sauvage dans un parc, des signes d’interdiction de fumer peints directement sur le trottoir et... une course de Mario Kart grandeur nature, dans les rues de la ville, avec des touristes déguisés en personnages de jeux vidéo.

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com.

Le journaliste était l’invité du Foreign Press Center Japan.

Le Bourlingueur

Trois sièges en attente

CHRONIQUE / Mine de rien, l’Éthiopie figure au 27e rang des pays présentant la plus grande superficie. C’est plus grand que la Turquie, la France ou l’Allemagne. La terre africaine ne dispose toutefois pas des moyens de transport d’une grande efficacité qu’on trouve au nord de la Méditerranée.

Les « autoroutes », en Éthiopie, ne sont souvent rien de plus qu’une route à une voie de chaque côté, relativement étroite, qui ralentit chaque fois qu’elle traverse un village. Et ces villages, ils sont parsemés à distance régulière, si bien que les véhicules n’atteignent jamais une vitesse de croisière élevée.

Le Bourlingueur

San Blas : le paradis de l’ornithologie

CHRONIQUE / Quelque part au sud-ouest de Melbourne, en Australie, je m’apprêtais à quitter l’auberge où je m’étais arrêté pour la nuit quand ils se sont posés. Des cacatoès rosés s’étaient perchés sur des fils électriques.

Quelques-uns se laissaient guider par leur curiosité, à même le sol, à deux sauts de crapaud de la voiture.

À peine plus d’une semaine plus tard, dans un parc de Sydney, quantité d’ibis déambulaient nonchalamment dans un parc public en plein centre-ville. Les passants, eux, montraient un désintérêt complet. Tous à part moi, impressionné d’approcher en vrai ces volatiles d’une autre partie du globe.

Comme pour les cacatoès, ou encore les toucans observés quelque part au Brésil, je me suis décroché la mâchoire d’admiration. Je n’ai de l’ornithologue que la capacité à m’émerveiller devant la faune ailée, toute colorée soit-elle, quand il m’arrive d’apercevoir plus qu’un vulgaire goéland. Mais je ne manque pas d’ouvrir grands les yeux quand j’aperçois ces bêtes magnifiques.

J’aurais cru que les vrais de vrais, ceux qui sifflent dans toutes les langues et sont capables de tromper les oiseaux de toute nationalité, auraient tendance à s’expatrier en Afrique, au fin fond de l’Amazonie ou justement, dans les îles de l’Océanie pour trouver la plus grande diversité.

Pourtant, la deuxième destination la plus prisée par les ornithologues en Amérique du Nord et dans les Caraïbes se trouve à San Blas, dans l’État de Nayarit au Mexique. De la populaire ville de Puerto Vallarta, sur la côte Pacifique, il faut compter un peu plus de 150 km ou environ trois heures de voiture pour s’y rendre.

Le Bourlingueur

Vous cherchez le bonheur? Voyagez!

Il était une fois des gens heureux... Le titre de la chanson de Nicole Martin pourrait très bien coiffer une récente étude commandée par les « experts en voyage » de Contiki. Elle se résumerait par une flopée de statistiques démontrant que les jeunes voyageurs sont plus heureux, mieux éduqués, et connaissent plus de succès dans leur vie professionnelle que ceux qui ne prennent jamais le large.

Holà! Vous me direz que des « experts en voyage » ont tout intérêt à ce que les chiffres prouvent que « le monde est beau » et que ceux qui choisissent de l’explorer en tirent de grands avantages. Mais c’est l’étude qui le dit...

En gros, on retient que 59 % des Québécois de 18 à 35 ans voyageant régulièrement se disent heureux et 56 % croient que leur expérience à l’extérieur du pays leur permet de mieux réussir dans leur carrière puisqu’ils ont appris à se fixer des buts et à les atteindre.

À l’échelle canadienne, 70 % des voyageurs se disent plus enclins à accepter le risque et les défis contre 50 % de ceux qui ne sont jamais sortis du pays. Ce sont 40 % des voyageurs qui se sentent responsables pour l’ensemble de l’humanité contre 27 % pour ceux qui n’ont pas choisi le mode de vie nomade.

Bref, franchir des frontières, au sens propre, pousse à en transgresser au sens figuré. Selon l’étude, les voyageurs ont plus confiance en eux, créent de meilleurs liens avec les autres, apprennent à avoir l’esprit ouvert, développent le sens de la citoyenneté et sont généralement plus heureux. Fait intéressant, 44 % des jeunes Canadiens ayant fait tamponner leur passeport ont voté aux dernières élections fédérales, contre 28 % de ceux qui n’ont jamais quitté l’Ô Canada.

C’est l’étude qui le dit.

Voter.

Le Bourlingueur

Les églises perchées de Tigré

CHRONIQUE / Le ciel se nimbait doucement de rose pendant que la camionnette filait sur la route à deux voies. Les hameaux de trois, cinq, douze maisons de fortune défilaient sans qu’on leur porte attention. Toute la journée durant, nous avions été ballotés au rythme du bitume et des chemins de terre irréguliers.

Justement, le bolide bifurquait et s’enfonçait entre les cactus. Les sièges tanguaient plus qu’ils ne l’auraient fait sur n’importe quel navire. Vitesse tortue vers la falaise, jusqu’à ce que les freins soient appliqués. À partir de là, il faudrait marcher.

Nous arrivions à l’église Petros We Paulos, quelque part au sud d’Adigrat, au nord de l’Éthiopie. La région de Tigré, à la frontière de l’Érythrée, est connue pour ses églises aménagées à flanc de falaise, dans les montagnes ou dans les grottes. Chacune vaut les efforts qu’on mettra pour l’atteindre. Et sans guide, impossible de s’y retrouver et impossible d’y avoir accès.

Des enfants, immanquablement, se sont élancés à notre rencontre. Argent? Bonbons? Stylos? Ils demandent parce qu’on leur a déjà donné, dans le passé. Ils demandent parce que certains touristes adorent jouer à « sauver les pauvres africains ».

Les chiens n’aboyant pas contre le soleil qui avait amorcé sa chute quotidienne jouaient les intimidateurs avec les touristes que nous étions. Quelques aboiements, mais une conviction qui manquait un peu de nuances pour être crédible.

« Attendez ici », a demandé notre guide avant de s’élancer à travers champ pour avertir le moine agissant comme maître des clés.

On apercevait l’église, en altitude, sur la gauche. À droite, une pile de bois faisait office d’escalier. On aurait dit qu’il s’était effondré et qu’on l’avait abandonné à son sort. C’est pourtant par là qu’on nous a guidés pour nous encourager à grimper. 

D’en haut, la plaine se révélait sans gêne pendant que le ciel finissait de rougir. La plaine, calme jusqu’au fond de l’horizon, étalait toutes ses largesses.

En prenant soin de ne pas se cogner le coco sur le trop bas cadre de porte, où ma tête irait s’échouer de toute façon, on pénètre dans la vieille église où seule la lueur des chandelles nous permet d’apprécier les fresques du plafond. La pièce, grande comme la distance entre la paume d’une main et la moitié du petit doigt, recèle pourtant de trésors artistiques impressionnants.

Sous la lueur de la lune, pendant que le froid commençait à nous cajoler, nous avons emprunté le même amoncellement de bois pour redescendre vers la voiture.

Le Bourlingueur

Cirque et recyclage à San Pancho

CHRONIQUE / La plage de San Francisco, dans la province de Nayarit au Mexique, est prise d’assaut par les touristes. Les surfeurs s’en donnent à cœur joie toute la journée sur la côte Pacifique alors que les épicuriens ont amplement de quoi combler leur dent creuse dans l’un des restaurants de la plage.

Par exemple, le restaurant Las Palmas sert la cuisine locale directement sur la plage depuis trois générations. Le chef Sergio Contreras a d’ailleurs revisité les recettes familiales, servant un excellent aguachile aux fruits de la passion.

En soirée, si le vent frisquet de la plage nous pousse à nous en éloigner, le choix parmi tous les restaurants qui animent les rues coloniales est particulièrement difficile.

Mais l’arrêt le plus intéressant à San Francisco, connu au pays sous le nom de San Pancho, ne réside ni dans son blond sable fin ou ses délicieux fruits de mer. C’est plutôt le centre communautaire Entreamigos, dont le travail a été souligné par nul autre que le dalaï-lama, parce qu’il a été le premier à mettre sur pied un programme de recyclage dans toute la province de Nayarit.

La coordonnatrice bénévole Andrea Ruiz raconte que l’initiative a vu le jour il y a une douzaine d’années grâce à une Américaine qui s’était rendue à San Pancho pour des vacances de deux mois. Aujourd’hui, elle vit au Mexique à temps plein.

« Au départ, elle invitait ses amis à enseigner de nouvelles connaissances aux enfants. Les cours se tenaient sous un grand manguier », raconte Mme Ruiz.

De fil en aiguille, le centre communautaire a vu le jour, a permis de recycler de vieux entrepôts pour accueillir les moins nantis, les enfants, les bénévoles. Le grand manguier n’est plus, a été abattu. Un arbre de métal, fait de matières recyclées, a été construit en sa mémoire à l’entrée du centre communautaire.

Au moins 80 % de ce qu’on aperçoit dans le centre communautaire a été recyclé. Un plafonnier, construit avec des bouteilles de plastique enduites de peinture, fait office de décoration. Des bouchons ont été récupérés pour faire des murales.

Le centre compte une bibliothèque, un fait rare pour une ville aussi petite. L’internet sans fil permet aux enfants de faire leurs devoirs dans un environnement où des bénévoles peuvent leur venir en aide. Et parce qu’ils prêchent par l’exemple, les plus vieux doivent aussi acquérir de nouvelles compétences jour après jour.

Le Bourlingueur

Tout ce que je ne vous ai pas dit

CHRONIQUE / Grande respiration. Petit regard par-dessus l’épaule. La dernière année, vécue à vitesse grand V, donne un peu le vertige.

Malgré mon irrépressible envie de sauter dans le prochain avion, jour après jour, jamais je n’aurais imaginé la chance qui m’a mené dans onze pays, sur quatre continents, en à peine douze petits mois. En rétrospective, les 29 avions qui m’ont soulevé à un moment ou un autre me donnent envie de planter toute une forêt pour compenser mes émissions de gaz à effet de serre. Surtout qu’à bien compter, c’est un avion de plus que pendant tout le tour du monde que je me suis payé en 2012...

Si jamais l’envie vous prenait de visiter l’une ou l’autre des destinations que j’ai choisies en 2017, je vous propose quelques informations supplémentaires pour vous guider dans votre préparation.

Rwanda et Ouganda

Le Rwanda n’est pas un pays facile à visiter, d’abord en raison de l’omniprésence des rappels du génocide, ensuite parce que les moyens de transport rendent les journées éreintantes. Il n’est pas conseillé de conduire, mais louer une voiture et engager un chauffeur coûtera les yeux de la tête. L’autobus prend pour sa part une éternité à franchir les distances.

En matière de coûts, le Rwanda essaie de plus en plus de se positionner comme une destination de luxe. Une des attractions principales, la visite des gorilles de montagne, coûte maintenant 1500 $ US par personne pour une heure avec ces grands primates. Le prix a doublé en courant d’année. On compte d’ailleurs construire de nouveaux hôtels haut de gamme à Kinigi, le village de départ pour les excursions en montagne.

Si les gorilles demeurent incontournables pour vous, il vaut peut-être mieux se tourner vers l’Ouganda et, pour encore une fraction du prix, le Congo.

L’Ouganda paraît un peu plus facile d’approche, plus populaire aussi, avec ses nombreux safaris. Je n’y suis resté que quelques jours, mais l’accueil était suffisamment bon pour que j’aie envie d’y retourner.

Qatar et Allemagne

Ces deux pays s’ajoutent à ma liste en raison d’escales un peu longues pendant lesquelles j’ai décidé d’y aller d’une exploration.

Au Qatar, pour toute escale de plus de huit heures, il est possible d’obtenir une chambre à l’hôtel et un transfert vers la ville. Dans certains cas, Qatar Airways propose de payer pour le forfait, qui inclut aussi le visa et un repas. Si le prix du billet d’avion est bas, il est fort probable qu’on vous demandera de débourser pour la chambre. Le musée d’art islamique et le marché public sont les deux principales attractions.

En Allemagne, c’est à Francfort que mon avion se posait. La proximité de l’aéroport avec le centre-ville en fait une escale parfaite, à condition que les douaniers se magnent un peu. Si on raconte que la Ville n’a rien de bien intéressant, la promenade le long de la rivière Main vaut le déplacement.

Pérou et Bolivie

S’il y a une chose que je retiens de mon passage en Amérique du Sud cette année, c’est l’intérêt qu’on devrait porter aux petits villages qui se situent en dehors des circuits touristiques. Il faut parfois valider les moyens de s’y rendre avant de partir, mais un village comme Santiago de Okola, sur les rives du lac Titicaca, nous permet de prendre le pouls de la vraie vie bolivienne.

Pour tout arrêt en Amérique du Sud, un détour dans l’Amazonie devrait être incontournable. Le petit vol entre La Paz et Rurrenabaque, avec son avion d’une vingtaine de places, était une première expérience du genre pour moi.

Le bourlingueur

Les dangers de la montagne fumante

CHRONIQUE / Quand j’ai choisi l’Éthiopie comme destination, un peu à l’aveuglette, à la dernière minute, j’ai omis de consulter le site du gouvernement du Canada, comme je le fais toujours. Pour plusieurs zones du pays, on recommandait d’éviter tout voyage non essentiel.

Quand j’ai choisi l’Éthiopie comme destination, un peu à l’aveuglette, on m’a immédiatement suggéré de visiter la dépression de Danakil, une des régions les plus inhospitalières dans le monde. L’Erta Ale, dont le nom signifie « montagne fumante », est un volcan qui culmine à 613 mètres d’altitude. On peut le visiter en même temps que les déserts de sel et les lacs de soufre de la région.

Grimper le volcan, c’était le point culminant du voyage, le moment que j’attendais avec le plus d’impatience. Le seul vrai moyen d’y accéder passe par un tour organisé. Des guides négocient un droit de passage avec le peuple Afar, installé dans la région. Des gardes armés assurent notre protection, à deux kilomètres de marche de la frontière tumultueuse de l’Érythrée.

J’avais bien lu qu’en 2012, cinq personnes ont été tuées et deux kidnappées par des rebelles. Mais le calme semblait revenu. Pourtant, le jour de mon ascension, le 29 novembre, je ne me doutais pas qu’une fusillade prendrait la vie d’un touriste allemand, quatre jours plus tard, là où j’avais posé les pieds. Ces kalachnikovs, trimballées nonchalamment par nos gardes armés, n’étaient donc pas vouées qu’à nous impressionner.

Ce jour-là, pourtant, rien ne laissait croire à un réel danger. Sous le soleil de plomb de Mékélé, la deuxième ville en importance en Éthiopie, une caravane d’une dizaine de voitures a pris la route du désert, s’arrêtant dans un village le temps de boire un thé.

À travers la steppe, les 4X4 roulaient ensuite sur un bitume tout neuf avant de bifurquer dans le sable où les Chinois ont amorcé la construction d’une nouvelle route. En attendant le chemin balisé, comme des enfants, les chauffeurs ont pris chacun une direction, contournant des obstacles et laissant à leur traîne des nuages de poussière. Pour les derniers 11 kilomètres, ils ont toutefois adopté la vitesse tortue, roulant pendant plus d’une heure sur d’inégales pierres volcaniques.

À l’entrée du campement de base, un épouvantail revêtant un habit militaire offrait un salut figé. Perchés quelques mètres plus haut, des soldats bien vivants observaient tout le campement. En toile de fond, un danger tacite dont personne ne parlait vraiment.

Nous nous sommes posés en attendant que la nuit tombe, assis sur des chaises de fortune pour engloutir un plat de pâtes. L’accès au cratère était prévu une fois la nuit tombée à cause de la chaleur trop accablante le jour. Parce que le spectacle de la lave en fusion, aussi, serait plus impressionnant en pleine noirceur.

Le bourlingueur

La liberté derrière le volant

Marcher, c’est bon pour la santé. Encore plus à l’étranger. Parce qu’il n’y a rien comme découvrir une ville en se perdant d’une rue à une autre, en tombant par hasard sur un parc, une église étrange ou un restaurant dissimulé au fond d’une cour.

N’est-il pas satisfaisant de déambuler dans Paris, sans plan ni guide, et de voir se déployer les Champs Élysées devant nous, par pur hasard? Orgueil et esprit d’aventure s’emportent, comme un pied de nez aux circuits touristiques préfabriqués. Nous y sommes arrivés sans l’aide de qui que ce soit!

Je préfère donc toujours la marche au métro ou au transport en commun, quand la distance le permet, pour explorer davantage. Mais il est là le hic : la distance. Et quand on choisit de se perdre au-delà des gratte-ciel et des boucles des circuits de tram, il reste à s’acheter un billet de bus ou de train, et à se laisser porter, ou à louer une voiture et la laisser nous conduire dans les lieux les plus inusités.

Road trip! Y’a pas d’expression francophone qui décrive mieux l’ivresse d’être son propre chauffeur vers nulle part dans un fuseau horaire tellement loin qu’on oublie les largesses du décalage.
Mon permis de conduire international en poche, j’ai entrepris de louer une bagnole à Melbourne, Australie. 

Il y a les frais de location, l’assurance, l’essence, mais il y a aussi la satisfaction d’être maître de son chemin.

Voyageant en solo, j’avais lancé un appel à tous dans mon auberge de jeunesse pour me trouver quelques passagers. Direction : la Great Ocean Road, considérée comme une des plus belles au monde, qui longe la côte vers le sud jusqu’à Warrnambool. Les bus touristiques remplis de photographes amateurs la parcourent aller-retour en une journée. Trois petits clichés et puis s’en vont. Moi, je voulais prendre mon temps.

Un Français et une Allemande ont répondu à l’invitation. Pendant que je tenterais de maîtriser la conduite dans la voie de gauche, mon volant bien fixé à la droite du véhicule, mes nouveaux compagnons apprendraient à se connaître.

Et nous étions en route.