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Le Bourlingueur

Cologne, acte 2

Cologne, c’est bien plus que sa grande cathédrale inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est des quartiers bien diversifiés qui donnent l’impression qu’on a agglutiné plusieurs petits villages pour en faire une grande communauté. C’est aussi l’efficacité du transport en commun et de la mobilité durable.

Juste avant que Montréal accueille ses premières trottinettes électriques, j’ai expérimenté celles de Cologne, en Allemagne. Sont pareilles ici et là. Sauf qu’on peut les utiliser sur des pistes cyclables très clairement marquées dont les corridors sont souvent peints en rouge ou en vert. Ceux qui se sentent moins équilibristes peuvent opter pour le vélo en libre partage.

Dans une ville à la topographie aussi planche, avoir deux roues est beaucoup plus rapide que d’utiliser ses deux jambes. Même une promenade a été aménagée le long du Rhin. Mais côté rapidité, rien ne battra le métro ou le tram, qui permettent aussi de sillonner de bonnes portions du territoire. 

Mon grand coup de cœur aura été le quartier d’Ehrenfeld, qui a déterré le gamin hipster profondément enfoui dans le fond de mes talons. Les petits cafés l’air de rien, minimalistes dans le mobilier, côtoient les épiceries en vrac et les librairies où on peut aussi se boire une tasse. L’art de rue y est omniprésent, qu’il témoigne des horreurs et de l’héroïsme de la guerre, qu’il envoie des messages socialement engagés ou qu’il transforme le mot « fuck » en « lucky » grâce à deux petites altérations.

Je m’y suis plu parce que je n’ai pas senti de prétention, parce qu’on est loin des ruelles commerciales du centre, aussi, en termes d’atmosphère. Là, dans un café, une maman en train de siroter une infusion avec une amie m’a tendu son poupon pour que je le surveille le temps qu’elle règle une petite urgence biologique. On a tous des amis inconnus sans le savoir, semble-t-il.

Et malgré mes yeux grands comme des oranges et mes efforts pour scruter toutes les ruelles et tous les murs colorés qui méritaient mon attention, j’ai réussi à manquer la plus grande mosquée de Cologne, bâtiment à l’architecture moderne contenant une pincée d’excentricité. 

Le quartier belge est plus branché. Il regorge de restaurants, de terrasses, de bars de toutes sortes. Dans les grandes villes, on peut boire un verre dans un bar petit comme ça avec des dizaines d’autres noctambules. Ou se retrouver dans un endroit complètement éclaté comme le café-bar Die Wohngemeinschaft.

L’endroit, aussi un hôtel, accueille les touristes dans ses chambres toutes plus disjonctées les unes que les autres. Les lits peuvent avoir la forme d’une fusée ou être installés dans une grande chaloupe. D’autres chambres sont munies d’un mobilier contemporain ou sont rehaussées d’une murale kitsch d’un couple qu’on dirait sorti d’un roman Harlequin. 

Le côté bar, lui, ouvert à toute la population, prend les airs d’un appartement moyen avec différentes pièces thématiques où se poser avec son verre. Près de l’entrée, un lit vieillot est installé dans une fausse chambre ornée de tapisserie fleurie. On s’y échoue si la journée a été longue. Les plus hippies prendront place sur la banquette d’un Westfalia, stationné dans la pièce d’à côté. 

De jour, on préférera peut-être les randonnées le long du Rhin, à vélo si on souhaite atteindre des plages relativement désertes un peu au nord, ou à pied pour profiter de la verdure du Rheinpark. De là, on change de rive en empruntant le pont… ou en montant dans un téléphérique. 

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Cologne sait se raconter

CHRONIQUE / «Ce n’est pas une ville où il y a beaucoup de choses à visiter pour quelqu’un comme toi… » Ça, c’est mon ami Chris qui m’accueillait chez lui, à Cologne en Allemagne, avec la plus faible confiance du monde dans sa ville pourtant tellement jolie. Ça, c’est encore mon ami Chris, qui sous-estime grandement ma capacité à m’émerveiller.

Le copain allemand s’imaginait que l’Europe avait bien peu à offrir quand on s’était promené sur des continents un peu plus loin de nos origines de Caucasiens. Pourtant, déjà, j’étais impressionné par le train régional qui m’avait attendu à l’aéroport de Francfort et qui, comme un métro doté d’écrans pour suivre le nom des stations, m’avait conduit à Cologne en une heure coupée en deux.

Le Bourlingueur

Sur la route avec Alexandre

CHRONIQUE / Demandez-moi où nous nous sommes rencontrés, Alexandre et moi. C’est qu’il y a de ces noms de ville qu’on ne prononce jamais et qui se placent comme si de rien n’était, dans une conversation, avec l’assurance de vous tatouer des points d’interrogation au fond des yeux.

J’ai serré la pince d’Alexandre Paquin, Louperivois de dix ans mon cadet, pour la première fois à mon arrivée à Cluj-Napoca, une ville universitaire un tantinet branchée de l’ouest de la Roumanie. En vérité, le hasard était le fruit d’une préméditation nonchalante.

Le jeune gaillard, barbu par la force du voyage, rêvait de tour du monde. Il avait le rêve tenace, comme sa préparation qui l’avait amené à lire tout ce qui s’écrit sur la blogosphère en matière de bourlingue. Dans son sac à dos, il avait emmagasiné les trucs des globe-trotters expérimentés, du choix de tissu de ses t-shirts aux médicaments qu’il trimballait par précaution.

Les poules mouillées comme moi ne se trempent que l’ongle du gros orteil lors d’une première incursion à l’étranger. J’avais choisi la France, l’Espagne, où le choc culturel se résumait à chercher la différence entre l’espagnol et le catalan. Alexandre, lui, avait plongé. Avec des amis, il s’est enlisé dans les dunes de la Namibie, a parcouru l’Afrique du Sud. L’appel de l’Europe de l’Ouest n’avait pas fait entendre sa sonnerie. Même pas fait sentir sa vibration.

Il a poursuivi en solo en Hongrie, où il a noté sur les médias sociaux que je me prenais pour Dracula vers Bucarest, dans l’État voisin. Cluj-Napoca traçait une médiane entre nos deux ancrages. Je me dirigeais vers l’ouest. Sa flexibilité l’a convaincu de sauter la frontière. Nous avons pris le risque de nous saluer, d’échanger avec l’accent québécois à l’autre bout de l’Europe.

Nous avons trouvé la poutine d’un restaurant canadien de Cluj, joué au mini-golf dans une mine reconvertie de Turda, fait un tour de chaloupe en pagayant comme des débutants en dérive au fond de la même mine et faussé compagnie à des voyageurs fêtards pour dénicher un gâteau au fromage dans un restaurant qui s’apprêtait à fermer.

Réunis par la même passion de ne pas être chez nous, de déjouer le quotidien dans une langue que nous ne comprenons pas, nous nous sommes rapidement posés sur la même longueur d’onde. Il avait planifié un an sans domicile fixe; je lui racontais mes six mois à découvrir le monde. Il se disait fasciné par l’Éthiopie, entre autres, mais prévoyait s’enligner davantage vers l’Asie. Et il était toujours prêt à chasser le dessert pour combler sa dent sucrée.

Nous étions faits du même moule et avons convenu de traverser le nord du pays en voiture de location. L’épopée ayant mal tourné, nous nous sommes plutôt envolés vers Iasi, d’où il reprendrait l’exploration solo vers la Moldavie, l’Ukraine et la Turquie. Il ne suivait déjà plus son itinéraire de départ.

Il a entendu les combats de Syrie, à Mardin, une ville du sud de la Turquie délaissée par les touristes. Alors qu’il avait oublié son passeport, les autorités lui ont demandé s’il revenait de faire le djihad. 

Il a pris goût aux zones moins explorées, a succombé pour le Liban, qui me faisait de l’œil, alors que j’optais finalement pour l’Éthiopie, berceau de l’humanité dont nous avions tant parlé. 

Notre rencontre remontait à trois mois, quatre au plus.

Il a pourtant repris le crayon à dessiner pour gruger encore plus dans son crédit de flexibilité. Il a traversé l’Égypte et Djibouti pour arriver en même temps que moi à Bahir Dar, en Éthiopie.

Encore des inconnus en début d’année, nous nous entendions rapidement sur les décisions qui nous feraient voir des monastères traditionnels, des lieux de pèlerinage, des églises monolithiques et des chapelles perchées à 2000 m d’altitude. Voyager avec Alexandre, c’était comme parcourir le monde avec mon double, qui confirme ou infirme mes instincts, mais qui tombe dans les mêmes panneaux que moi quand mes talents de négociateur font défaut. Même à deux, nous n’avions pas la patience longue avec les arnaqueurs.

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Les yeux grands pour la ville de Luxembourg

CHRONIQUE / Naviguer la ville de Luxembourg en voiture paraît facile et compliqué à la fois. Pour une capitale, elle se fait discrète, assurément calme, tellement qu’elle se présente sans s’imposer. On réalise qu’on l’a rencontrée alors qu’on a presque déjà atteint son cœur.

Luxembourg-Ville avait presque vidé ses rues pour mon arrivée, ce qui ne rendait pas nécessairement le pilotage plus facile en raison des nombreux sens uniques et de la présence d’un tramway. À première vue, c’était un peu comme être dans une grande ville suisse qui se serait découvert une personnalité flamboyante.

Mine de rien, en contournant la Ville-Haute, je me suis retrouvé sur le boulevard Victor Thorn au moment où le soleil se dégourdissait les derniers rayons avant de les mettre au lit pour de bon. Les fenêtres de l’horizon s’illuminaient comme des dizaines de petits lampions. Le boulevard, comme une corniche au bord d’une falaise, offre un panorama saisissant où la ligne d’horizon fait une chute vertigineuse vers les quartiers de la basse ville.

On dit que c’est beau, Luxembourg-Ville, mais personne n’avait jamais mis en mots la beauté qui s’offrait à mes yeux. Le paysage me surprenait comme un baiser en pleine gueule qu’on n’attendait pas. Je venais de recevoir un gros « french » d’une capitale dont le vieux quartier est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Probablement que la première impression ne peut être meilleure qu’à la tombée de la nuit, quand la moitié des gens animant la ville pendant la journée quittent Luxembourg-Ville pour rentrer chez eux. Les airs mystiques de la Ville-Haute, mais surtout du Grund, ne sont nullement troublés par les citoyens ou touristes faisant la fête. 

Dans la nuit naissante, je suis parti à pied du quartier de Clausen pour remonter sur le boulevard Victor Thorn, marcher un peu sur le chemin de la Corniche et descendre vers le Grund, où les terrasses, à la différence du personnel des restaurants, sont accueillantes. J’ai marché tout ça avant de découvrir qu’un ascenseur permet de ménager les mollets fatigués entre la haute et la basse ville. 

Après les vues imprenables du haut des fortifications, c’est l’aperçu en contre-plongée à partir de la rue Münster, qui traverse l’Alzette, qui m’a coupé le souffle. Décidément!

Mais ne vous en faites pas, on s’habitue à aimer la ville de Luxembourg, où je vivrais bien, même si le coût de la vie y est, semble-t-il, très élevé. On s’en doute en recevant l’addition au restaurant. 

Parlant de l’Alzette, la rivière est bordée de sentiers magnifiques idéaux pour de longues promenades. L’église Saint-Jean-du-Grund, jolie sous tous ses angles, en est l’un des attraits phares, surtout pour sa silhouette. Le monastère Neumünster, attenant, a été transformé en centre d’arts qu’on visite gratuitement sans grands débordements de contemplation. Mais on trouvera aussi quelques curiosités le long de la promenade, comme cette statue moderne de la sirène Mélusine, qui rappelle un des mythes fondateurs de Luxembourg-Ville.

Elle est fascinante, cette ville remplie d’histoire, entre autres grâce à ses fortifications et à ses casemates. Le guide pour une de mes visites n’hésitait d’ailleurs pas à qualifier la ville de « Gibraltar du Nord », en raison de la presque impossibilité de la faire tomber lors d’attaques militaires. Luxembourg-Ville a d’ailleurs été l’une des plus grandes forteresses de l’Europe moderne. 

Le même guide raconte que certains murs des fortifications n’ont jamais été démantelés, par chance, parce qu’ils permettent littéralement à la Ville-Haute de tenir debout.

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La partie de balle maya

CHRONIQUE/ Le Festival de las Animas battait son plein à Mérida, dans la péninsule du Yucatan. Comme partout au Mexique, les activités du jour des Morts se succédaient jour après jour, soir après soir. Mais en ce qui me concerne, ne le répétez surtout à personne, c’est la partie de balle maya présentée chaque vendredi qui nourrissait mon impatience.

Le concept avait toujours été un peu flou dans mon esprit depuis que j’avais vu ces deux grands anneaux de pierre accrochés dans une arène d’un autre temps, dans le site archéologique de Chichén Itzá. Le juego de pelota, comme ils le désignent en espagnol, ou pok ta pok, consistait pour deux équipes à faire voler une balle de caoutchouc, en la frappant avec les hanches, avec l’objectif de la faire passer dans un anneau surélevé.

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Magique jour des Morts

CHRONIQUE / La foule se dirige en essaim vers l’entrée du cimetière général, marquée par une énorme barrière de fer. Le cortège ralentit et s’immobilise par manque d’espace. Déjà, le long de la rue 66, qui s’enfonce dans le Cementerio General de Mérida, au Mexique, curieux et festivaliers s’entassent en attendant la procession des âmes, le Paseo de las Animas.

Le 31 octobre en soirée, en pleines célébrations du jour des Morts, la procession anime toute la ville. Au cimetière, à la lueur des chandelles, la fébrile magie s’empare d’un cortège qui entraînera à sa suite des centaines de touristes ou citoyens rassemblés à la mémoire de disparus. Déjà, quantité d’entre eux arborent un maquillage squelettique, le visage blanchâtre, les yeux et le nez nimbés de noir.

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De château en château au Luxembourg

CHRONIQUE / La nuit était partie sur la pointe des pieds, mais avait tout de même réveillé les oiseaux d’Asselborn, dans le nord du Luxembourg. Ils piaillaient à travers le bruit du ruisseau qui grondait sous la fenêtre du vieux moulin où j’avais passé la nuit.

Asselborn, c’est la campagne verdoyante, des rues désertes, des sentiers où se perdre en nature. Asselborn, avec ses quelque 400 habitants, c’est un exemple sans artifice de la beauté du Luxembourg, qu’on explore de village en village pour son calme, pour ses panoramas que les touristes n’ont pas encore inondés. Contenons donc notre émerveillement pour éviter qu’il contamine trop de visiteurs à la fois.

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Artisanat et Petite Italie au lac Atitlan

CHRONIQUE / Le plan de visiter un chaman à San Pablo La Laguna, sur les rives du lac Atitlan, venait d’échouer. Le village guatémaltèque, aussi touristique que le fond de ma botte, est tellement petit qu’il ne possède pas de quai pour accueillir les lanchas, ces navettes reliant les communes par la voie de l’eau.

J’ai marché une partie de la route vers San Juan La Laguna, le village voisin, avant de constater qu’il me faudrait vraisemblablement héler un tuk-tuk. Pour environ un dollar, il mettrait une dizaine de minutes à contourner les cratères creusés dans le bitume avant de me laisser descendre à destination.

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Le Mexique des Mexicains

CHRONIQUE / Mon dernier passage au Mexique ne s’est pas déroulé comme prévu : peu de visites touristiques. Au lieu de monter dans un bus ou une voiture pour explorer de nouveaux villages ou de nouveaux « pueblos magicos », j’ai tiré la plogue et j’ai regardé la vie passer à Monterrey, au nord, dans l’État du Nuevo León.

Les « pueblos magicos », ce sont des « villes magiques », des villes ou des villages ayant reçu une appellation pour leur importance historique, leur culture, leurs légendes… Attirants non pas pour leur proximité avec une plage, mais pour leur architecture ou leur atmosphère, ils sont considérés comme des incontournables.

À Monterrey, on est loin de la ville magique. Le passé industriel demeure bien présent, entre autres dans le parc Fundidora, où l’ancienne aciérie a été transformée en musée. On est aussi dans la troisième ville en importance dans le pays, avec plus de quatre millions d’habitants dans la zone métropolitaine qui y est rattachée. 

Parce qu’il s’agit d’un pôle commercial où se trouvent de nombreux sièges sociaux, la proximité avec les États-Unis aidant, Monterrey est l’une des villes les plus riches du Mexique. Le Mexique des Mexicains que j’y ai observé n’est donc pas complètement représentatif du reste du pays. Mais m’arrêter aux détails m’a tout de même ouvert les yeux.

Monterrey a beau être riche, elle n’est pas parvenue à développer efficacement son réseau de transport. La congestion routière y saute au pare-brise. À moins de circuler à des heures improbables, les chances d’avoir le nez rivé à la plaque d’immatriculation devant soi sont plus qu’élevées. Et à défaut de prévoir ses déplacements, on arrivera forcément en retard à destination. 

Les routes sont donc omniprésentes et elles sont pour la plupart longées de centres commerciaux où sont regroupés des bureaux de spécialistes, des boutiques et des restaurants. Quantité d’entre eux sont vitrés, sur deux ou trois étages. La circulation se fait sur des espèces de balcons à l’extérieur.

La Ville s’étend d’ailleurs à une vitesse folle. Si les centres commerciaux poussent comme des champignons, les quartiers résidentiels apparaissent aussi aux confins du territoire. Au diable l’étalement urbain. On rase tout et on bâtit des complexes entourés de grands murs. À l’intérieur, toutes les maisons sont collées. Toutes les maisons sont pareilles. Et il faut une carte magnétique pour s’aventurer dans le périmètre. Pour supporter la chaleur, à défaut d’arbres sur des espaces gazonnés inexistants, on installe l’air conditionné à tous les étages.

Vers le centre-ville, les gratte-ciel d’appartements et de bureau se multiplient eux aussi. D’ici quelques années, c’est à Monterrey qu’on devrait trouver le bâtiment le plus haut de toute l’Amérique latine. Il devrait surpasser la Gran Torre, de Santiago au Chili, qui compte une soixantaine d’étages et 300 mètres de hauteur.

Comme bien des villes mexicaines, Monterrey compte un vieux quartier aux allures coloniales. Le dimanche, le marché qui y est déployé attire les foules, autant pour son artisanat que pour ses babioles destinées aux touristes. Quelques institutions branchées, bars ou restaurants, attirent également le regard.

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Dimanche au marché de Chichicastenango

CHRONIQUE / Au bout de la 6e Avenue, où la foule avait été dense d’un bout à l’autre, les bouffées d’air commençaient à venir plus facilement. Pour descendre la rue construite en grosses pierres, perpendiculaire sur la gauche, la 3e Avenue, il fallait manœuvrer entre les vieilles camionnettes remplies à craquer qui menaçaient de s’ébranler à tout moment.

L’espèce de trottoir largement surélevé, en banquette, servait de siège pour une grande quantité de femmes et d’enfants qui attendaient vraisemblablement qu’on les récupère en même temps que leurs emplettes. Entassées les unes sur les autres, les dames en habits traditionnels tenaient qui un grand panier, qui un poulet qui ne bronchait pas.

Et à l’autre intersection, au bout de la 7e Avenue, les voitures s’avançaient doucement à travers les piétons fourmillant de tous les côtés.

Bienvenue à Chichicastenango, une ville de 150 000 habitants de l’ouest du Guatemala qu’on visite principalement le jeudi ou le dimanche pour son marché public. Celui-ci est considéré comme un des plus impressionnants d’Amérique centrale.

Ce jour-là, c’était dimanche. Au fond du marché, au bout de la dernière rue achalandée, à cette intersection où les femmes patientent et les camionnettes se faufilent dans les passages étroits, la population locale vend ses animaux. Planté sur le coin de la rue, j’observe cette valse qui ne ressemble en rien aux marchés touristiques auxquels je suis habitué. 

Un homme va et vient, avec sur le dos un énorme panier circulaire dans lequel sont accroupis une dizaine de poulets. Une espèce de gros filet fait de cordages le recouvre pour éviter que les volatiles s’enfuient. Les bêtes sont déposées à l’arrière d’un camion, dans des paniers qui s’empilent les uns sur les autres.

De l’autre côté de l’intersection, une femme un peu ventrue tire deux poulets, par les pattes, d’un grand sac de jute blanc. Elle leur secoue les plumes un peu, semble se plaindre de leur état de santé avant de les reposer dans les sacs. Elle en trouvera d’autres ailleurs.

Tout près, en plus des poulets, des canards et des oies se partagent un autre panier. Un petit schnauzer attend lui aussi de trouver preneur. 

Un dindon, debout en bordure de rue, retenu par une corde accrochée à une patte, demeure immobile. Il fait fi des trois chatons d’au plus un mois qui s’emmêlent sous son plumage. « Trois dollars pour ce chaton » annonce une femme avant que sa voisine ne lui fasse concurrence en ne demandant que quatre caribous. Un gros dollar pour un chaton alors qu’on exige trois fois plus pour une poule maigrichonne. 

Je suis reparti vers la Plaza, cette place centrale au cœur du marché public, dans une rue où on grillait de la viande et où les tortillas de maïs jaune ou mauve cuisaient sur une plaque chaude. 

En m’approchant de la chapelle del Calvario, une petite église blanche construite au sommet d’une volée de marches, les marchands habitués aux touristes se font plus nombreux. La sollicitation devient bien présente. On tente de nous refiler des ceintures, des vêtements et des produits de l’artisanat.

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Aix-la-Chapelle et les trois frontières

CHRONIQUE / Passer dans quatre pays la même journée, ça se peut. Surtout en Europe, où les frontières sont tellement proches les unes des autres qu’on les traverse presque sans le remarquer.

C’était prévu que je taquine les frontières ouest de l’Allemagne en louant une voiture qui me conduirait du nord au sud du pays. En partant de Cologne, sachant que je décollerais ensuite de Zurich, j’envisageais la tournée du Luxembourg, un crochet vers l’Alsace et une traversée de la Forêt Noire.

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Sur la route avec Chrissy

CHRONIQUE / Varkala, sud de l’Inde. La grande plage de la petite ville touristique était bondée d’étrangers. À l’écart, dans un secteur encore boisé, aux derniers jours d’un mois au pays de Gandhi, je regardais le temps passer sur la terrasse de mon auberge de jeunesse tout aussi bondée.

C’était le genre d’auberge où on avait construit sans tout raser. Outre le bâtiment principal, où des dortoirs avaient été aménagés, de petits bungalows paisibles avaient été érigés entre les arbres.

Le Bourlingueur

Jamais apprivoisé

CHRONIQUE / Jamais! Un mot comme une enclume qui nous cale les pieds dans un sable mouvant, incontestablement, un peu plus vers le fond au fur et à mesure qu’on allonge ses syllabes pourtant si courtes.

Jamais! Un mot comme un animal qui refuserait de se laisser apprivoiser, qui nous enfonce ses crocs dans la peau chaque fois qu’on allonge la main, un tambour qui résonne, lancinant, en écho, pour sonner une finalité, un mur qu’on frappe sans réaliser qu’on peut le contourner. 

Je réfléchissais au mot jamais. À son sens profond. Au deuil des endroits, des gens, des moments qui ne reviendront plus. J’y réfléchissais dans le contexte du voyage et de l’acceptation qui, avec l’âge, la sagesse peut-être, laisse planer une paix un peu plus grande que la fois d’avant, quand je rentre au bercail.

Jamais et la paix qui vient rarement avec, j’avais l’impression de les avoir emprisonnés un brin, au creux de ma main, et de les avoir secoués tellement fort qu’ils avaient commencé à s’entremêler.

Mais voilà que la nouvelle est tombée, par un après-midi de septembre, dans un message accompagnant une photo de deux complices joyeux sur mon fil Facebook. Joao est parti. 

Subitement.

Joao, c’est le gars qui dormait tellement fort, à l’accueil de son auberge de jeunesse de Sao Paulo, qu’il ne m’a pas entendu sonner, à mon arrivée au milieu de la nuit. C’est lui qui ronflait si paisiblement sur le canapé, quand une autre cliente m’a laissé entrer, que je n’ai pas osé le réveiller.

C’est son pote Felipe qui, au moment de prendre le quart du travail de la matinée, m’a accueilli et m’a conduit à ma chambre. L’auberge avait ouvert cinq jours plus tôt : un projet entre deux grands amis qui faisaient tout eux-mêmes, qui avaient décidé de passer plus de temps ensemble.

C’était il y a sept ans. J’avais salué Joao une ou deux fois par jour, sans plus. Mais nous sommes devenus amis sur Facebook. Nous nous sommes suivis, apparemment, à distance, sans jamais échanger un mot de plus. Quelque part, loin, loin dans un horizon trop loin pour qu’on imagine à quoi il pourrait ressembler, planait la promesse que nous nous reverrions peut-être. Que nous parlerions peut-être pour vrai, avec l’impression que nous nous connaissons. Mais il est parti, quelque part dans la trentaine.

Mon petit choc à moi n’a rien à voir avec celui des proches ayant perdu un des leurs. Mais il m’a rappelé que les gens, les lieux, les moments nous sont prêtés. Qu’on finira par croiser des gens de partout qui iront leur chemin et ne reviendront peut-être jamais vers le nôtre. 

Le bourlingueur

Passage éclair à Bâle

CHRONIQUE / Mauvaise idée. C’était l’expression qui me tournait en tête, vers les 21 h, dans le Grand-Bâle, où les rues quasi désertes s’enfonçaient dans une noirceur d’un silence troublant. Bâle, troisième ville la plus peuplée de Suisse, respire le calme à la tombée de la nuit.

« You know… That’s Basel », m’a répondu l’employée de l’hôtel quand je lui ai demandé si j’étais tombé sur une soirée d’exception. Apparemment pas. Mais, recommandait-elle, il fallait traverser le Rhin vers le Petit-Bâle pour profiter de l’animation nocturne.

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Les 300 ans du Liechtenstein

CHRONIQUE / Cinq ans! Cinq ans que je cassais les oreilles d’un ami européen avec mon envie de poser les pieds au Liechtenstein. Cinq ans que j’étais fasciné par ce petit pays enclavé entre l’Autriche et la Suisse. Le hasard faisant bien les choses, j’y passerais par le plus grand des hasards le jour où on soulignerait avec force son 300e anniversaire de création.

Non, mais les coïncidences font parfois bien les choses.

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Le clown géant du lac de Constance

CHRONIQUE / Le clown, c’est Rigoletto. Celui-là même de l’opéra de Verdi. Parce que c’était là le spectacle présenté pendant un mois sur la scène flottante du lac de Constance, à Brégence (Bregenz), en Autriche. Émergeant des eaux, au centre de la scène, une tête de bouffon mobile de 14 mètres de hauteur fait écarquiller les yeux bien avant le début du spectacle.

Les yeux du personnage, justement, s’ouvrent et bougent, comme sa bouche, d’où les chanteurs d’opéra interpréteront quelques chansons. De chaque côté du visage géant se trouvent deux énormes mains, capables de mouvements également, dont une tenant en sa paume une montgolfière qui cherche à s’envoler.

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Voyager en ville

Dans l’ultime espoir de réaliser le palmarès des palmarès, un site internet demandait récemment à des voyageurs expérimentés de nommer leurs trois villes les plus intéressantes à visiter. Les destinations chouchous, urbaines assurément, qui pourraient faire partie d’une compilation des 50 cités à explorer dans sa vie.

Parmi les critères, les caractéristiques prévisibles : ambiance, architecture, modernité, patrimoine, alouette…

En me foutant de toute forme de grille d’évaluation, j’ai rapidement identifié mon numéro 1. Mais une partie de moi s’est demandé s’il fallait vraiment déchaîner les hordes de touristes dans ces endroits qu’on aime, au risque de les changer. Prague, en République tchèque, est qualifiée d’une des plus belles villes du monde. Elle perd néanmoins de son charme quand on a l’impression que tout est organisé pour le tourisme, quand tout autour de nous se met à nous ressembler.

Idem pour Dubrovnik, en Croatie, magnifique vue d’en haut comme d’en dedans. Pour éviter la strangulation par claustrophobie imposée, on s’aventure dans sa vieille ville en soirée, quand les passagers des bateaux de croisière sont partis et que ceux du lendemain sont encore en route. Zagreb, un peu moins jolie, est pourtant plus intéressante à mon avis.

Prague et Dubrovnik se fraieront certainement un chemin parmi les 50 premières positions des villes coup de cœur. Et je soupçonne Paris, Rome ou New York de convoiter le premier rang. Pas de bol pour ma sélection à moi, mon grand coup de cœur pour la capitale danoise : Copenhague.

La place énorme faite au vélo, l’architecture d’antan se mélangeant aux prouesses de l’urbanisme moderne, la beauté d’une ville bâtie au cours de l’eau… Dieu que je m’y suis attardé et que j’ai eu du mal à m’en séparer. J’arrivais dans la dispendieuse capitale en prévoyant n’y passer que deux jours, trois au plus. J’y suis resté collé toute une semaine. À quoi bon chercher ailleurs quand le cœur nous bat déjà beaucoup trop fort?

Et pour me rendre jaloux, on m’annonçait pas plus tard que la semaine dernière qu’Oslo et Hambourg se montraient encore plus belles. Alors très bien : n’envahissez pas trop le Danemark et cherchez plutôt à conquérir ses voisins. C’en fera plus pour moi.

Pour les deux autres marches du podium, j’ai hésité. Quito, en Équateur, m’avait fait le même effet que Copenhague. Elle m’avait hypnotisée au point de me détourner des îles Galapagos, raison principale de mon détour par l’Amérique du Sud. 

Du balcon de mon auberge, dans un quartier où il ne faisait pas bon sortir la nuit, on apercevait le volcan Pichincha au loin et les traces d’un marché de rue dans l’ombre que je projetais devant moi. L’âme de cette belle ville a enlacé la mienne. Son parc Itchimba, moins fréquenté des touristes, ou son musée de la Capilla del hombre, consacré à Guayasamin, m’ont littéralement retenu dans la capitale.

Valparaiso, au Chili, a usé de tactiques semblables pour me faire regretter de n’y avoir passé qu’une journée. La combinaison des collines et de la mer, peut-être, un peu comme à San Francisco, me réconforte. Ce sont les avantages de la montagne et du bord de l’eau à la fois. Ce sont les conditions, peut-être, qui alimentent la créativité d’artistes qui fleurissent dans ces belles villes.

Au risque de me perdre dans le champ gauche, j’ai néanmoins décerné la médaille d’argent à Santiago de Querétaro, au Mexique, dont je ne suis pas encore revenu depuis mon passage en février. Elle m’a fait fondre, littéralement, sous son chaud soleil de février, en même temps qu’elle cultivait le mystère en se voilant d’une extrême simplicité. 

Le Bourlingueur

Immersion dans les traditions innues

CHRONIQUE / En fin de journée, à marée basse, quand le vent s’essouffle, les conditions deviennent idéales pour la pêche au homard. Au large de l’île Apinipehekat, sur la Basse-Côte-Nord, les pêcheurs de la communauté innue d’Unamen Shipu pêchent encore de manière traditionnelle.

S’ils utilisaient autrefois des crochets pour hameçonner les crustacés, ils les récoltent désormais à l’épuisette. Le bateau pratiquement immobilisé en zone peu profonde, Stanley asperge les vaguelettes d’huile de maïs. La surface devient alors beaucoup plus claire, assure-t-il, ce qui permet d’apercevoir les bêtes cachées dans les algues ou autres végétaux sous-marins.

Tantôt on aperçoit une pince, tantôt une queue de homard. Si le crustacé paraît suffisamment gros pour être capturé, le pêcheur plonge son épuisette pour placer le filet derrière l’animal. C’est que le homard nage généralement à reculons. Mais attention. S’il sent le danger, il cherchera à se retourner pour partir dans une autre direction.

Un à un, les homards sont donc pris dans les filets. Les plus petits, de même que les femelles, sont remis à l’eau. Quand on aperçoit des œufs, quelle que soit la grosseur du homard, on lui rend sa liberté.

À Unamen Shipu, le homard est donc toujours frais. Et les pêcheurs, si on les laisse palabrer, raconteront des bobards comme tous les pêcheurs du monde. Le « menteur » du village jurait même avoir déjà pris un homard aussi grand que lui.

De retour au camp, sur l’île, une grande marmite est rapidement placée sur le feu pour préparer le souper.

Après notre copieux repas, ce soir-là, l’aîné Joséphis, 81 ans, s’est installé sur une chaise, dans une tente comme les Innus savent en monter en un peu moins de deux heures. Un tapis de sapinage couvrait le sol.

Joséphis a déballé son grand tambour. Vêtu de ses habits traditionnels, il a entonné, en langue innue, des chansons que lui ont inspirées ses rêves. Son Anastasia, 79 ans, s’est levée pour lancer la danse. Parce qu’une fois la prestation du musicien commencée, il est de tradition de danser.

Le Bourlingueur

L’infiniment grand des Innus en Basse-Côte-Nord

CHRONIQUE / Trois drapeaux claquent au vent. Dans le silence de l’aube déjà bien claire, l’air du bout du monde souffle en accéléré et siffle en envahissant les grands espaces à perte de vue. Quel que soit le moment du jour ou de la nuit, il laisse rarement tomber les drapeaux du Canada, du Québec, et de Tourisme Winipeukut nature, plantés sur l’île Apinipehekat (qui signifie « le passage étroit de l’est »), dans le golfe du Saint-Laurent.

Le vent et l’infiniment grand nous happent d’emblée sur cette île de la communauté innue d’Unamen Shipu, à l’est de Natashquan et de Kegaska, où s’arrête pour le moment la route 138. On se trouve alors à 400 km au nord-est de Sept-Îles. Sur les cartes, on verra aussi le nom de La Romaine, à ne pas confondre avec le barrage, qui désigne le secteur non autochtone de la communauté.

L’infiniment grand, c’est le lichen qui couvre les îles, la mer qui s’agite en même temps que le vent, les tentes innues dressées un peu à l’abri des éléments, à travers les épinettes, pour les moments de socialisation. C’est l’internet sans fil qui ne se rend pas, comme l’électricité qu’on produit à l’aide d’une génératrice pour la préparation des repas. 

L’infiniment grand, teinté de liberté et de calme, devient pourtant secondaire dans un trop court séjour d’immersion dans la culture innue. Les traditions et le savoir millénaires, de la cuisson du pain dans le sable à la pêche au homard à l’épuisette, touchent une corde sensible. Ils nous rebranchent avec nos racines trop profondément enfouies, avec la richesse des façons de faire des Premières Nations.

Tourisme Winepeukut nature a lancé cette année ce nouveau forfait de quatre jours et trois nuits qui comprend la traversée à bord du Bella-Desgagnés, à partir de Kegaska, l’hébergement en chalet et en tente traditionnelle et huit repas. Surtout, il s’agit d’une immersion incontournable dans la culture innue d’Unamen Shipu, qui, en langue innue, veut dire rivière et peinture, en référence à la peinture rouge qui devait protéger les canots des mauvais esprits. 

Le bourlingueur

L’indécence touristique

CHRONIQUE / « C’est permis de prendre des photos à Auschwitz? » Ça, c’est moi, quelques mois avant mon quart de siècle. À l’auberge de jeunesse de Cracovie, en face de la gare principale, j’avais posé la question à une voyageuse qui arrivait d’une tournée des camps de concentration.

La jeune touriste avait formulé l’évidence : les portraits étaient déconseillés. Par respect, on évitait de se mettre en valeur et de sourire sur les clichés croqués sur les lieux d’une tragédie, d’un génocide. L’évidence, que je croyais.

Le bourlingueur

Sur les dunes en planche à sable

CHRONIQUE /«Et maintenant, vous vous levez et vous descendez la dune », a lancé l’instructeur de planche à neige (à sable), à San Pedro de Atacama, au Chili. Les touristes inexpérimentés, les pieds contraints par les fixations, regardaient avec scepticisme la dénivellation un tantinet vertigineuse. Personne ne se portait volontaire pour se lancer en premier.

L’activité est populaire dans les déserts d’Amérique du Sud. En planche à neige ou en toboggan, on dévale les dunes de sable sous un soleil de plomb. Souvent, c’est de l’expérience de Huacachina, au Pérou, qu’on entend le plus parler. N’ayant pas fait d’arrêt dans le désert au Pérou, cette activité me fascinait toujours.

Le bourlingueur

Chocolat, mole et alcool à 45 %

CHRONIQUE / Si la séduction passe parfois par le ventre, Puerto Vallarta utilise généreusement ses atouts en mettant en valeur la cuisine mexicaine. Dents sucrées, amateurs de saveurs exotiques et fêtards y trouveront tous de quoi combler leur petit creux.

La cuisine mexicaine n’est pas classée au patrimoine mondial de l’UNESCO pour rien. Elle est variée, goûteuse et parfois plus complexe qu’elle n’en a l’air.

Le bourlingueur

Tacos, tacos… tacos

CHRONIQUE / Le mythe et les stéréotypes se déconstruisent peu à peu. L’image d’un Mexique touristique exclusif aux tout-inclus tombe de plus en plus avec chaque visite au sud du mur de Donald Trump. Après les Cancun et Playa del Carmen, sur les plages d’un autre océan, à Puerto Vallarta, je me suis lancé à l’assaut d’une ville qui ne se limite pas qu’au yoga en piscine et au service aux chambres 24 h par jour.

Puerto Vallarta, qui compte environ 200 000 habitants, est située au nord de l’État de Jalisco. Desservie par un petit aéroport international, elle attire notamment une clientèle âgée qui souhaite se prélasser sous le soleil. Elle est aussi la première destination gaie au Mexique, le fruit d’une décision de marketing qui visait à empocher les économies d’une clientèle réputée pour être à l’aise financièrement. Les drapeaux multicolores flottent d’ailleurs partout dans la Zona Romantica, le quartier au sud du centre-ville.

Voyages

Le charme discret de Chiloé

CHRONIQUE / Chiloé, cette île de la côte ouest du Chili, est un peu la petite sœur discrète qu’on ne remarque pas devant les prouesses des autres enfants. Entre les montagnes de Patagonie, le désert d’Atacama, les lacs de la région du même nom et les vignobles qui s’étendent entre Santiago et Valparaiso, Chiloé peut paraître bien pâle.

Contrairement aux autres régions du pays, là, il faut remplir ses bagages de temps et disposer d’une voiture. Si on veut tâter le pouls de cette île de pêcheurs, on peut difficilement accepter d’être à la merci des horaires de bus, qui relieront néanmoins la grande ville de Castro et d’autres agglomérations d’importance, comme Ancud et Quemchi.

Le bourlingueur

Pour un instant à Puerto Varas

CHRONIQUE / Je n’ai pas vu Puerto Montt, sans aucun doute la plus grande ville de la région des lacs, au sud de Santiago, au Chili. Et c’est très bien comme ça. Avec ses quelque 220 000 habitants, la ville n’a semble-t-il de charmant que ses très bons restaurants accueillant les voyageurs en transit.

Le Lonely Planet, que je consulte beaucoup trop, je le concède, avait pourtant prévenu qu’il serait presque impossible d’éviter Puerto Montt sur tout itinéraire qui plongeait plus au sud, soit vers l’île de Chiloé ou sur la Carretera Austral, une des plus belles routes du pays, semble-t-il. Parce que c’est forcément par la grande ville que transiteront tous les moyens de transport longue distance.

Le bourlingueur

Une nuit à Wadi Rum

CHRONIQUE / La Jordanie s’était imposée par hasard, en escale entre l’Asie et l’Europe. Les Émirats arabes unis, Dubaï en l’occurrence, avaient davantage piqué ma curiosité. Mais cette année-là, les Canadiens devaient vider leur portefeuille pour payer le visa qui donnait le droit d’entrer au pays.

Ce serait donc la Jordanie et sa cité mythique de Pétra, dont je ne connaissais presque rien. Déjà, à l’aéroport d’Amman, le chauffeur de taxi, qui s’était arrêté en cours de route pour faire monter un de ses amis à qui il n’a rien chargé, m’a presque forcé à me diriger directement à Pétra. Bonne idée, oui, de faire plus de 200 kilomètres avec le compteur du taxi qui tourne…

Le Bourlingueur

Valparaiso, ville de chaos artistique

Valparaiso tardait à se tirer du lit. Comme tous les matins, paraît-il. La ville aux 42 collines, sur la côte ouest du Chili, se lève bien à l’heure qui lui convient, laissant ses rues relativement désertes jusqu’au milieu de l’avant-midi.

À moins de deux heures de route de la capitale, Santiago, Valparaiso constitue une option populaire pour les allers-retours d’une journée quand on est pressé. Mais il y a fort à parier que la ville portuaire aux accents artistiques marqués convainc la plupart de ses visiteurs qu’ils auraient eu besoin d’au moins une journée de plus pour la découvrir vraiment.

Valparaiso, c’est un léger chaos. Le marché de fruits et de légumes qui débordait dans les rues, le jour de mon arrivée, paraissait désorganisé. Il n’était pas encore achalandé et on n’y voyait que les gens de la rue, réveillés par le barda, qui y trouvaient de quoi briser le jeûne des heures précédentes.

Alors que j’étais en route pour la Plaza Anibal Pinto, les grands boulevards ne voyaient marcher que quelques piétons qui donnaient l’impression d’être égarés. Les façades placardées, couvertes de graffitis, donnent un aspect négligé à la ville. Là, on ne trouve pas le même standard de propreté qu’à Santiago.

Valparaiso, c’est comme une vieille tante ou un vieil oncle qui vous accueille à midi, un vieux pyjama sur le dos et la coiffure encore ébouriffée par l’oreiller. Un peu négligée, elle se montre néanmoins franchement sympathique. 

Le plaisir à Valparaiso, il vient à se promener au hasard des rues qui partent dans toutes les directions, qui grimpent tantôt la colline Concepcion, qui bifurquent tantôt pour nous ramener à notre point d’origine. D’un monticule à l’autre, on découvre des escaliers, des ruelles étroites, pour la plupart peintes ou couvertes de graffitis, ou encore des funiculaires un tantinet âgés. 

Ces funiculaires, autrefois au nombre de 30, font partie des raisons pour lesquelles le quartier historique est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. On en trouve aujourd’hui moins d’une dizaine encore en fonction. Le droit de passage y est très bas, environ 25 sous, et permet parfois d’économiser un peu d’énergie pour les longues marches à venir.

Le bourlingueur

Sur le flanc du volcan Villarrica

CHRONIQUE / L’autobus avait quitté Santiago, la capitale du Chili, en même temps que le jour finissait de s’effacer sous un ciel obscur. Il s’était immobilisé, les vitres couvertes des gouttelettes de condensation, presque neuf heures plus tard, à environ 800 kilomètres de là, dans la petite ville de Pucón.

Le ciel, à Pucón, était encore nimbé de sa rosée du matin. C’était l’heure où l’humidité et les rayons neufs du soleil nous dardent avec la même force. Les volutes s’échappant des cheminées faiblissaient à vue d’œil laissant dans le fond de l’air frais un subtil arôme boisé.

Le bourlingueur

Craquer pour le Chili

CHRONIQUE / «Ça faisait longtemps que vous vouliez aller au Chili? » a demandé le douanier, suspicieux. « Non pas particulièrement », que je lui ai répondu au retour à Montréal.

De toute évidence, annoncer qu’on revient du longiligne pays d’Amérique du Sud soulève des soupçons à l’aéroport. Et s’il est vrai qu’à mes yeux, le Chili présentait au départ un attrait moins grand que ses voisins, comme le Pérou, la Bolivie ou l’Argentine, j’ai découvert un pays de nature beaucoup plus intéressant que je ne le croyais.

C’est peut-être parce que le Chili fait moins les manchettes. Du Brésil, on connaît le Carnaval de Rio et l’Amazonie. De l’Argentine, Buenos Aires est célèbre, comme l’est le Machu Picchu au Pérou ou le désert de sel d’Uyuni en Bolivie. Du Chili, on retient peut-être la très isolée île de Pâques, ou plus probablement… de nombreux tremblements de terre.

Comme sa voisine l’Argentine, le Chili n’est pas particulièrement à l’image du reste de l’Amérique du Sud. Les airs y sont plutôt européens. Les prix aussi. Pas étonnant que les voyageurs du sac à dos, qui font un grand tour du continent en comptant les sous, ou les pesos, aient tendance à éviter de s’aventurer trop loin au sud-ouest. Ceux qui le font ne fréquentent pas les restaurants. Ils ne peuvent, non plus, aspirer à traverser les 4300 km, du nord au sud, entre le Pérou et le cap Horn, à moins d’y aller par petites bouchées, avec beaucoup de temps.

Il reste que le transport est particulièrement bien organisé pour franchir les parallèles. Les vols intérieurs permettent d’atteindre la Patagonie ou le désert d’Atacama sans difficulté. C’est sans compter les autobus, munis d’énormes fauteuils qui, parfois, se transforment en lits, et qui arpentent les routes jour et nuit pour parcourir d’énormes distances. Confortables, ils coûtent moins cher que l’avion, sont moins polluants, et permettent d’économiser une nuit à l’hôtel.

On dit de Santiago, la capitale, qu’elle n’a rien de bien charmant. Pourtant j’ai eu envie de m’y attarder… ce que je n’ai pas fait. J’ai plutôt voulu voir les routes de bitume, celles de gravier et de sable aussi, qui relient les grandes villes et les villages éloignés. J’ai voulu voir l’aridité du nord, l’altitude des montagnes et des volcans à la rencontre de deux plaques tectoniques. J’ai voulu voir les villages de pêcheurs, où les prises sont toujours fraîches. 

Le Chili, c’est vouloir jouer dehors tout le temps. C’est se féliciter d’avoir accroché ses bottes de randonnée au sac à dos. Parce qu’on voudra galoper jusqu’au Pacifique pour regarder les vagues se briser sur les rochers. Parce qu’on voudra grimper les sommets enneigés à 5000 mètres si nos poumons finissent par s’adapter à l’altitude. Parce que marcher, marcher, marcher dans les rues des grandes villes sans vouloir s’arrêter, c’est un peu comme randonner. Et parce qu’il faudra bien dépenser toutes ces calories qu’on ne pourra s’empêcher d’engloutir en trop grande quantité. 

Le bourlingueur

Le calme de Bundi

CHRONIQUE / Il y a parfois ces petites surprises qu’on n’attendait plus. Ces doutes qu’on n’avait pas raison d’entretenir et qu’on regrette un peu au bout du compte. En Inde, la plus belle surprise est venue d’une petite ville appelée Bundi, quelque part au sud-ouest de Delhi.

J’ai beau frôler compter plus d’une soixantaine de pays au compteur, je ne retiens toujours pas, d’une fois à l’autre, que je préfère le charme des petites villes moins touristiques. J’aime voir les gens, leur parler, faire partie de leur quotidien. Ça me change des temples, des musées, des circuits qui nous mènent un peu toujours aux mêmes endroits plus ou moins mémorables.