Impossible pour le moment de savoir quel pourcentage de la population est réellement réceptif à l'ASMR.

L'ASMR dans l’œil de la science

Au Québec, difficile de trouver un chercheur ou un expert pour se prononcer sur l’ASMR, phénomène plutôt méconnu. Seul Jean-Philippe Thivierge, professeur de psychologie à l’Université d’Ottawa, a accepté notre demande d’entrevue.

Celui qui travaille en neurosciences a lu la littérature scientifique «pas très étendue» sur le sujet et visionné quelques vidéos d’ASMR. Sans avoir ressenti les fameux picotements, il ne balaie pas les effets du revers de la main. 

Il rapporte qu’une étude réalisée en 2018 en imagerie cérébrale a démontré que certaines zones du cerveau sont plus actives pendant une expérience d’ASMR. Notamment celles associées au sentiment de récompense, par exemple apprendre une bonne nouvelle, ce qui procure un bien-être immédiat.

En contrepartie, les zones associées au stress quotidien, comme la prise de décisions, les interactions sociales et la planification, seraient moins actives pendant l’ASMR. Ce qui expliquerait l’effet relaxant.

Le professeur Thivierge nuance tout de même les résultats de la dizaine de travaux scientifiques recensés dans le domaine. «Ce sont des rapports subjectifs de participants basés sur des questionnaires. Les gens qui acceptent d’y répondre ont tendance à avoir une affinité avec l’ASMR.»

Impossible pour le moment de savoir quel pourcentage de la population y est réellement réceptif. 

Prédispositions

Les études réalisées à ce jour pointent toutefois certaines prédispositions. Des chercheurs ont fait passer des tests de personnalité aux participants qui avaient une forte réponse à l’ASMR. «Ces gens semblent avoir une plus grande ouverture aux expériences nouvelles, être plus enclins à l’anxiété et à la dépression et moins extravertis.»

Toujours selon ces rapports «subjectifs», des patients répondent mieux à certains stimuli que d’autres, préférant le chuchotement au froissement de papier, illustre le professeur Thivierge.


« Il y a une constance à travers ces vidéos : la personne qui parle au micro est souvent très proche de l’écran. Je me demande s’il n’y a pas une recherche d’un sentiment d’intimité »
Jean-Philippe Thivierge, professeur de psychologie à l’Université d’Ottawa

«Plusieurs personnes rapportent que ces vidéos diminuent leur anxiété, ont tendance à leur donner une meilleure nuit de sommeil et aident même à réduire certaines douleurs chroniques. Ça n’a pas été démontré de façon clinique.»

Par contre, le professeur y voit un potentiel intéressant et aurait tendance à encourager des études plus poussées sur le sujet.

«Le bémol, je dis toujours aux gens de faire attention de ne pas délaisser leurs médicaments contre l’anxiété ou la douleur chronique pour les remplacer par l’ASMR, mais d’y voir plutôt un complément.»

Pourrait-il y avoir un effet placébo? «Si beaucoup de gens en entendent parler, ça peut créer certaines attentes. Ils rapportent un effet positif parce que ça correspond à leurs attentes. Il peut aussi y avoir un phénomène de désirabilité sociale. Si des personnes que vous connaissez réagissent de façon positive aux vidéos d’ASMR, peut-être que vous allez vous aussi prétendre avoir cet effet.»

Source: Étude d’Emma L. Barratt et Nick J, Davis de l’Université de Swansea, au Royaume-Uni, publiée dans la revue PeerJ en 2015