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L'appel de la «van life»
L'appel de la «van life»
Loïs Desfarges dans son futur resto-bus-loft.
Loïs Desfarges dans son futur resto-bus-loft.

Van life : un chef en tournée… en autobus jaune [VIDÉO]

DOSSIER / Un cuisinier français installé à Québec depuis trois ans abandonne ses fourneaux pour partir en tournée dans la province à bord d’un autobus scolaire qu’il transforme… en restaurant.

Ce projet étonnant est celui de Loïs Desfarges, un homme de 25 ans du Périgord, dans le sud-ouest de l’Hexagone. Dès la fin juillet, si tout roule, il deviendra un chef à domicile itinérant, se déplaçant d’une ville à l’autre pour cuisiner chez l’habitant ou l’accueillir dans son bus aménagé.

«Dans un resto, on travaille 80 heures par semaine, six jours sur sept», lance celui qui bossait jusqu’à tout récemment comme sous-chef au Bello Ristorante, dans le Vieux-Québec. «Je veux maintenant découvrir autre chose. Quand je suis venu au Québec, je voulais visiter, rencontrer des gens, mais le travail étant ce qu’il est, c’était pas mal ce que je ne faisais pas du tout!»

Loïs Desfarges dans sa «bête» en chantier.

Quand un autobus scolaire de 40 pieds à prix raisonnable (6500 $) s’est présenté en mars, le cuistot a bondi sur l’occasion. Depuis, il métamorphose son véhicule en loft-cuisine-salle à manger roulant depuis la résidence d’amis de la famille à Stanstead, au sud de Sherbrooke, à 200 mètres de la frontière américaine. Rien ne manquera dans ce bus de 200 pieds carrés pour y vivre, dormir et travailler : divans, lit, poêle au gaz à six ronds, four, poêle à bois miniature Cubic, panneaux solaires et piles installés grâce à un partenariat avec Batteries Expert, etc. Un ambitieux projet de 30 000 $.

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«Ça deviendra un VR [véhicule récréatif]. Et je serai comme un artiste qui part en tournée pour faire un show à Montréal, puis à Toronto! Cela dit, je vais commencer par le Québec, question de me faire connaître. Plus tard, ce sera le Canada entier. J’ai envie de donner la vraie image du Québec, pas seulement le côté américain qu’on peut percevoir de l’étranger et qui n’existe pas vraiment au final.»

Le chantier du futur resto-bus va bon train.


L’utopie de l’autobus jaune

Pourquoi diable choisir un autobus jaune? «L’autobus scolaire me fait rêver depuis que je suis petit. En Europe, on le voit comme un des symboles de l’Amérique et de la liberté! On a l’utopie de monter dedans un jour, explique-t-il. En France, on a des cars qui n’ont vraiment pas de charme. C’est carré, c’est des boîtes d’aluminium.»

Surtout, n’allez pas comparer son projet — baptisé Loïs Bus — à un food truck. «Ce n’est pas de la cuisine de masse ou du fast food. Je ne veux pas faire un food truck. Je veux un échange entre les gens qui mangent ma nourriture et moi qui la prépare. Je veux arriver chez eux pour leur faire découvrir des produits locaux travaillés d’une manière différente», affirme-t-il.

Le Loïs Bus sera équipé de panneaux solaires et d'un poêle à bois miniature.

Si M. Desfarges a choisi le Québec comme terre d’accueil, c’est parce qu’il a fait un stage il y a cinq ans au Manoir Richelieu, dans Charlevoix, pendant ses études culinaires. C’est à ce moment qu’il est tombé amoureux de la Belle Province et du Rest of Canada. «J’ai découvert un beau pays et des gens incroyables. Je me suis senti comme dans une deuxième famille.»

Des menus locaux

Difficile pour l’instant de dévoiler ce qui se retrouvera dans les assiettes de M. Desfarges. L’inspiration viendra du lieu où il appliquera son frein à main. Les ardoises, comme les prix, varieront en fonction des trésors locaux. «Disons que je vais me balader au lac Brome, l’idée est de cuisiner leur produit phare, le canard, et de le faire traditionnel au four, mais avec une sauce à l’orange et au sirop d’érable, accompagné de pommes de terre de l’île d’Orléans au four avec de l’ail et du persil, lui aussi de l’île. Ça reste très basique, mais je vais tenter de sublimer le produit», explique celui qui affectionne la pâtisserie et la cuisine asiatique.

Un exemple de plat que M. Desfarges préparait au Bello Ristorante et qui représente le type d’assiettes qu’il veut servir dans son bus : un flétan poché dans un bouillon asiatique, salsa de chorizo et et de fenouil, crevettes grillés et coulis de mangue.

Son précédent patron n’a aucun doute sur les chances de succès de son ancien poulain. «Loïs est un excellent chef qui s’est démarqué dans nos cuisines. Toujours prêt à travailler, il est exceptionnel, un futur patron de grand restaurant», prédit Yanick Parent, propriétaire du Bello.

Carnet de route en ligne

La cuisine ne représente qu’une partie de l’aventure pour M. Desfarges. Il documente également ses progrès pour les diffuser sur YouTube et sur Instagram. «J’aime l’idée de pouvoir être vu par tout le monde, autant au Québec qu’en Europe. Je veux montrer là-bas tout ce que je vis et je fais ici. Mon but est d’arriver dans une petite ville, me garer près d’une rivière, tourner de la vidéo avec mon drone, pêcher le saumon, me filmer en train de le cuisiner et le monde en train de le manger, puis de mettre toutes ces images sur les réseaux sociaux. Ce sera comme mon carnet de route!»

Par ailleurs, il confie que la crise de la COVID-19 ne lui a pas trop nui, même si son paternel n’a pu traverser l’Atlantique pour l’aider avec le bus en raison de la fermeture des frontières. Il croit même que les circonstances pourraient jouer en sa faveur. «Quand les restaurants seront rouverts, peut-être que les gens préféreront rester chez eux et recevoir plutôt que de risquer de sortir. Alors, j’ose espérer que ça pourra m’être bénéfique.»

Ne reste qu’un dilemme : garder l’autobus jaune ou le peindre? «C’est sûr que le jaune est classique, mais en noir ou en blanc, ç’aurait plus de gueule!» Pour le moment, il penche pour le jaune. À suivre…

Info : loisbus sur YouTube et @desfargeslois sur Instagram