Quand le GPS vous dit où tourner, la partie du cerveau réservée à la navigation s’éteint, ont récemment montré des scientifiques britanniques.

Lâche ton GPS!

CHRONIQUE / C’est rendu un automatisme. Vous n’êtes jamais allé sur la rue machin chose, vous ouvrez vote GPS et, hop!, l’itinéraire se déroule sur votre écran. Après, il y a une petite madame — chez nous, on l’appelle Brigitte — qui vous dit par où passer, où tourner, et vous confirme que «vous êtes arrivé».

Plus besoin de perdre du temps à planifier son chemin sur une carte ou de confier le soin à vos amis de vous mélanger avec leurs directives directionnelles. Non, vous pitonnez et vous laissez Brigitte vous guider. 

Quinze ans après leur arrivée sur le marché de masse, les appareils personnels munis d’un système mondial de positionnement par satellites (GPS) nous ont rendus accro, ou presque. Rares sont ceux qui choisissent délibérément de laisser l’appareil dans le coffre à gants. C’est beaucoup trop pratique. 

Il y a juste un problème : cette technologie affaiblit une partie de votre cerveau — celle qui est réservée au sens de l’orientation. Les conséquences sont beaucoup plus profondes que vous pensez. Alors, laissez-moi plaider pour une solution que vous n’aimerez pas : lâchez votre GPS. 

Mais d’abord, je vous explique un truc. Il y a une structure au centre de votre cerveau qui ressemble à un cheval de mer : l’hippocampe. Chaque fois que vous vous déplacez quelque part, les cellules de l’hippocampe s’activent pour construire un souvenir de votre trajectoire. 

Quand vous retournez au même endroit, vous pouvez récupérer ces «cartes cognitives» qui simulent les chemins possibles. Le cortex préfrontal fait le reste du boulot en planifiant et en choisissant le meilleur chemin. 

Or, quand le GPS vous dit où tourner, cette partie du cerveau réservée à la navigation s’éteint, ont récemment montré des scientifiques britanniques. 

Ce que ça change pour vous? Le cerveau a tendance à perdre ce qu’il n’utilise pas. «Use it or lose it», disent les anglos. Alors, si un jour la technologie vous lâche — téléphone déchargé, GPS brisé, signal introuvable —, votre «GPS interne» risque d’être hors service lui aussi. 

Alors là, vous serez perdus pour vrai. Et vous zigonnerez longtemps avant de vous rendre à destination. Ou peut-être que vous serez contraint de demander au caissier de la station-service, qui lui aussi ouvrira son GPS... 

De toute façon, vous le savez, le GPS n’est pas toujours fiable. Il vous expédie au mauvais endroit, vous fait passer par d’interminables routes de campagne ou vous distraie au point où vous frisez l’accident. Mais passons. Il y a pire.

Dans une série d’études menées en 2010, de chercheurs de l’Université McGill ont démontré qu’exercer quotidiennement son sens de l’orientation et sa mémoire spatiale augmente la matière grise dans l’hippocampe, tandis que celle-ci diminue à force d’éviter la navigation. 

Or, un hippocampe atrophié est fortement associé à plusieurs problèmes mentaux, notamment la dépression, la schizophrénie et l’Alzheimer... 

Chez les enfants, c’est autre chose. La sous-stimulation de l’hippocampe peut nuire au développement de l’intelligence. 

Le psychologue Lewis Terman a montré à quel point l’intelligence est liée aux habiletés de visualisation spatiale, particulièrement en maths et en sciences. Sauf que, de plus en plus, nos enfants et nos ados passent leur temps à la maison devant un écran. Et, quand ils sortent, ils se fient à leurs GPS pour s’orienter.

Alors voilà, je vous suggère de lâcher votre GPS, ne serait-ce que de temps en temps, pour vous rendre à une destination qui vous n’est pas familière.

En fait, vous pouvez employer Google Maps pour générer une carte — ce n’est pas si différent d’une carte papier, après tout. Mais après, essayez de vous débrouiller comme en 1990. Visualisez le chemin dans votre tête et tentez de vous rendre sans regarder l’écran et, surtout, sans vous laisser guider par la voix de Brigitte. 

Ce sera légèrement désagréable. Vous risquez de prendre la mauvaise sortie, de tourner sur la mauvaise rue et de devoir faire demi-tour. Mais, au moins, vous allez muscler votre hippocampe. Et, qui sait, la prochaine fois, vous serez peut-être capable d’y aller tout seul.