La première partie du labyrinthe nous mène à une passerelle.

Labyrinthes: perdre le nord

Défi amusant pour les uns, activité angoissante pour les autres… les labyrinthes prennent des allures d’expédition où il faut se creuser les méninges tout en faisant preuve d’un certain laisser-aller… et de patience! Se perdre dans un dédale de chemins qui finissent en cul-de-sac ou qui nous font tourner en rond s’avère une expérience paradoxale, fantasque, à la fois comique et insensée. Bienvenue dans l’univers des labyrinthes!

LE GRAND LABYRINTHE SERVLINKS

On retrouve plusieurs labyrinthes de toutes sortes un peu partout au Québec… mais saviez-vous que le plus grand se trouve à La Pocatière? À Sainte-Anne-de-la-Pocatière, plus précisément. Il s’agirait, selon son concepteur, du plus grand labyrinthe dans un champ de maïs au monde à l’heure actuelle! «Le record Guinness, il a été enregistré en 2014 en Californie, mais depuis, le labyrinthe [conçu par la ferme Cool Patch Pumpkins] est un peu moins grand… ce qui fait que cette année, c’est ici le plus grand!» affirme Luc Pelletier.

Son labyrinthe de 50 acres — soit quelque 20 hectares ou 202 300 mètres carrés — compte environ 8 kilomètres de chemins aménagés de façon «artisanale» par M. Pelletier. Pas de machinerie ici, il trace ses chemins à l’aide d’un taille-bordure — il a commencé à la mi-juin, pour ouvrir les trois quarts de son labyrinthe le 30 juillet (la dernière partie devrait être complétée d’ici la fin de la semaine prochaine, si tout va bien). Le tout est imaginé durant l’hiver précédent, le tracé conçu dans un fichier Excel.

Ouvert tous les jours jusqu’à l’Halloween, le labyrinthe peut aussi être parcouru à la lampe de poche les jeudis, vendredis et samedis soir, pour les plus téméraires. La soirée d’Halloween clôt la saison en beauté — ou en horreur! — avec des monstres qui peupleront le dédale pour donner quelques frissons aux visiteurs.

Le Grand labyrinthe Servlinks 2018 : photo prise le 13 août montrant trois des quatre parties.

La genèse d’une idée un peu folle

Comment en vient-on à consacrer temps et énergie à imaginer des labyrinthes? Il faut remonter à 2014, alors que Luc Pelletier était chargé de projet pour la Ville de La Pocatière. «On m’avait demandé d’organiser une activité pour l’Halloween, comme j’avais déjà de l’expérience en organisation d’événements. J’ai accepté, mais à condition d’avoir carte blanche […] Lorsque j’ai dit que je voulais faire un labyrinthe dans un champ de maïs, à Sainte-Anne-de-la-­Pocatière en plus, qui est moins central, disons qu’il y avait des sceptiques!» se remémore M. Pelletier. L’organisateur espérait la participation de 2000 personnes… c’est finalement le triple qui a pris part à l’activité. 

De quoi confondre les sceptiques, et remettre ça les années suivantes. Depuis 2017, Luc Pelletier a repris la gestion du labyrinthe à son compte, et ses idées de grandeur n’en sont que décuplées! «Deuxième plus grand labyrinthe au monde» dans un champ de maïs en 2017, son activité a attiré de la mi-août à la fin octobre quelque 17 000 personnes, selon son décompte. 

En 2019, l’entrepreneur souhaite égaler le record Guinness en créant un labyrinthe de 60 acres, puis établir un nouveau record en 2020 avec un labyrinthe s’étalant sur «70 à 75 acres». De quoi donner le tournis à bien des gens… et les occuper une bonne journée durant!

Ah oui, M. Pelletier aspire aussi à créer un labyrinthe de neige : «Je ne pense pas que ce sera l’hiver prochain, probablement plus en 2020 ou 2021, parce qu’il faut se procurer un canon à neige».

Et pourquoi avoir nommé son labyrinthe «Servlinks», lui a-t-on demandé? «Il s’agit de notre commanditaire, Servlinks Communication, une entreprise en informatique spécialisée en infonuagique… Ça n’a rien à voir avec les labyrinthes, mais leur philosophie nous rejoint.»

Les plus téméraires peuvent parcourir le labyrinthe à la noirceur (photo prise en 2017).

On a testé

C’est bien beau d’en parler, mais c’est encore mieux de le tester! L’auteure de ces lignes est allée faire un tour au grand labyrinthe de La Pocatière le 10 août, par une chaude journée ensoleillée. Premier constat : il faut s’armer d’une bouteille d’eau et de crème solaire — on a regretté de ne pas avoir de casquette en arpentant le champ de maïs sur l’heure du midi.

Comme le labyrinthe peut changer d’emplacement d’une année à l’autre, il n’y a pas d’installation permanente : une petite cabane avec terrasse et tables à pique-nique fait office d’accueil. Là, Luc Pelletier donne ses directives avant de laisser les visiteurs «se perdre» dans son labyrinthe.

Le Soleil a la surprise d’arriver en même temps qu’un groupe de jeunes du camp du Centre Durocher, situé dans le quartier Saint-Sauveur à Québec. La première partie du labyrinthe a été parcourue en leur compagnie. Plutôt comique de voir les jeunes — ils devaient avoir 8-9 ans en moyenne — se séparer en petits groupes pour tenter de trouver leur chemin, faire demi-tour dans un cul-de-sac ou déclarer que «ben non, pas par là, on y est déjà allé!» Chapeau aux animateurs, qui ont dû craindre d’en perdre un ou deux en cours de route. 

On compte environ 8 kilomètres de chemins aménagés de façon «artisanale» dans le Grand labyrinthe Servlinks.

La première partie du labyrinthe prend fin en arrivant à une passerelle. De là, on peut poursuivre ou prendre un chemin directement vers la sortie. Les jeunes quittent pour retourner à leur autobus — le lunch les attend —, on poursuit notre chemin dans la deuxième partie, qui nous mène (si tout va bien) vers une toilette chimique située tout au fond du champ. Comme l’a judicieusement expliqué Luc Pelletier : «plusieurs chemins vous font passer tout près, mais ce n’est qu’une illusion… il ne faut pas désespérer!» 

On y arrive enfin, après maints culs-de-sac et impressions de retour sur nos pas. De là, on peut continuer vers la troisième partie du labyrinthe, faite en boucles plutôt qu’avec des culs-de-sac, ou prendre le chemin de la sortie (on a cette option après chaque section). Étourdie par le soleil, on choisit la sortie… pour cette fois!

La quatrième partie presque achevée sera quant à elle une spirale, qu’il faudra bien retourner essayer.

En cas de panique ou d’urgence? L’avantage d’un champ de maïs, c’est qu’on peut toujours «piquer au travers»… mais interdit de tricher par contre!

Pour info : grandlabyrintheservlinks.com

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CRÉATIVITÉ SANS LIMITES

L’imagination est sans limites et un champ de maïs semble un écrin idéal pour laisser aller sa créativité! Voici des exemples de labyrinthes que l’on pourrait qualifier d’œuvre d’art tant l’effet du haut des airs est saisissant. Aux États-Unis, des centaines de champs de maïs sont ainsi transformés chaque année. Cette vague gagne aussi le Canada, surtout dans les provinces des Prairies.

La ferme familiale Kraay, en Alberta, fait chaque année un design différent. En 2017, on faisait référence aux 150 ans du Canada, tandis que cette année, c’est le rodéo qui est la thématique à l’honneur. En 2015, on soulignait les 35 ans du Marathon de l’espoir de Terry Fox.
Un requin à l’attaque dans le champ de Corn Maze in the Plains en 2015, en Virginie.
À la Treinen Farm Corn Maze and Pumpkin Patch, au Wisconsin, les animaux sont à l’honneur : éléphant et serpent en 2018, trilobite en 2017, licorne en 2016, renard en 2015…
En 2016, County Line Orchard dans l’État de l’Indiana incitait les gens à voter aux élections présidentielles en mettant les visages de Donald Trump et de Hillary Clinton en vedette dans leur champ.
C’est la ferme Cool Patch Pumpkins, en Californie, qui détient le record Guinness du plus grand labyrinthe dans un champ de maïs au monde. Ce record a été établi en 2014 (on voit ici la version 2016).
Version hivernale : le labyrinthe du parc historique de Fort William, à Thunder Bay au Canada, est devenu le plus grand labyrinthe de neige au monde en février 2015, selon les records Guinness. Le dédale de 1696 m2 était l’une des principales attractions du Voyageur Winter Carnival.

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DANS LES ENVIRONS DE QUÉBEC

Labyrinthe de la Ferme Marie-Noëlle Beaulieu

À Baie-Saint-Paul, Marie-Noëlle Beaulieu a proposé pour la première fois l’automne dernier un labyrinthe dans son champ de maïs. Ce fut un tel succès — «on a accueilli entre 4000 et 6000 personnes», estime-t-elle — que l’activité sera de retour à compter de la fête du Travail. 

«Le labyrinthe fait environ 3 km, ça prend 1 heure à 1 heure et demie le parcourir. On a des thématiques à l’intérieur : les enfants doivent trouver des petits personnages [des épouvantails l’an dernier], les ados doivent repérer le maïs bleu et se prendre en selfie avec, et les adultes doivent trouver un mot mystère grâce à des lettres cachées», explique Marie-Noëlle Beaulieu, précisant que l’emplacement des objets et le mot mystère changeaient toutes les semaines. 

Certaines activités spéciales sont organisées, dont l’incontournable fête d’Halloween : «l’an passé dans le jour, il y avait des personnages déguisés qui donnaient des bonbons aux enfants dans le labyrinthe, et le soir c’étaient des zombies qui faisaient peur aux gens. Mon conjoint [qui était déguisé] a reçu un coup de poing en faisant faire un saut à quelqu’un, et une dame a même fait pipi dans ses pantalons!» raconte Mme Beaulieu en riant.

Les profits amassés grâce à l’activité sont versés à un organisme — la Société Alzheimer de Québec l’an dernier.

Ouvert tous les vendredis, samedis et dimanches (en semaine sur réservation pour des groupes).

Pour info : fermemarienoellebeaulieu.com

Labyrinthe de la Ferme Marie-Noëlle Beaulieu en 2017

Labyrinthe Inukshuk

À Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, Aventure Inukshuk propose de juin à octobre de parcourir son labyrinthe en bois. Il s’agit d’une structure dodécagonale (à 12 angles), faite de clôtures de 2,5 m de haut et comptant quelque 275 portes. L’objectif est de trouver les bonnes portes pour se rendre jusqu’au centre du labyrinthe. Le parcours est agrémenté d’énigmes, de charades ou de questions qui changent régulièrement, indique-t-on au Soleil. Le parcours du labyrinthe, qui existe depuis quelque 20 ans, est aussi modifié chaque année. On estime que l’activité dure environ 1 heure à 1 heure et demie. Ouvert les fins de semaine seulement à partir du 18 août. 

Pour info : aventureinukshuk.qc.ca 

Le Labyrinthe Inukshuk

Labyrinthe de la Ferme Roberge

À partir de la fête du Travail, la Ferme Roberge à l’île d’Orléans propose aux gens qui viennent y faire l’autocueillette de courges, d’essayer également son labyrinthe, aussi dans un champ de maïs. «Ça prend environ une demi-heure pour le faire, et les enfants sont souvent meilleurs que les adultes!» signale Isabelle Mathieu, de la Ferme Roberge. Ouvert tous les jours, du 1er septembre jusqu’à l’Halloween (date de fermeture conditionnelle à la météo). 

Pour info : facebook.com/FermeRoberge

Labyrinthe de la Ferme Roberge en 2017

Labyrinthe du Domaine Maizerets

Le Domaine Maizerets, dans Limoilou, abrite depuis plus de 20 ans un labyrinthe taillé dans des haies de cèdres. Conçu en même temps que l’arboretum (musée-jardin inauguré en 1997), ce petit labyrinthe est taillé de la même façon chaque année. Au fil du temps, certains «raccourcis» ont été façonnés par le passage fréquent des visiteurs… À voir aussi aux alentours : jardin d’eau, tour d’observation, aires de pique-nique et plus. L’accès est gratuit.

Pour info : domainemaizerets.com

Au Domaine Maizerets

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QUEL MAÏS?

L’avantage de faire un labyrinthe dans un champ de maïs, c’est qu’il peut être complètement différent chaque année. On sème… et on recommence! Mais qu’advient-il du maïs? 

En fait, il ne s’agit pas du maïs que nous consommons alors que les épluchettes sont à l’honneur au mois d’août. Il s’agit plutôt de maïs qui sert à nourrir le bétail. 

«Le maïs qu’on mange, les plants font environ quatre pieds de haut, tandis que le maïs à vache, les plants vont faire jusqu’à douze pieds», explique Marie-Noëlle Beaulieu, de la ferme du même nom à Baie-Saint-Paul. Un plus grand défi quand on ne voit pas où on va. 

Ce maïs est récolté à l’automne, après l’Halloween pour ceux qui veulent profiter de leur labyrinthe.

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QUELQUES SUGGESTIONS AILLEURS EN PROVINCE

SOS Labyrinthe

Dans le Hangar 16 du Vieux-Port de Montréal, il faut retrouver quatre trésors en explorant un labyrinthe de toiles de deux kilomètres rempli d’obstacles et de culs-de-sac. Durée : 1 heure. Ouvert tous les jours. Le parcours change chaque semaine. Pour info : ­soslabyrinthe.com 

Verger Labonté

Le Verger Labonté à Notre-Dame-de-l’Île-Perrot com­pte deux hectares de labyrinthes dans un champ de maïs : trois parcours selon l’âge des participants, sous le thème «Frégates et pirateries», avec énigmes et épreuves à compléter. Une activité de rencontres pour célibataires est même organisée le 8 septembre! Pour info : vergerlabonte.com 

Éco-Odyssée

Un labyrinthe… d’eau! Situé près de Wakefield, en Outaouais, Éco-Odyssée propose de parcourir en pédalo un labyrinthe composé de 64 intersections étalées sur six kilomètres, à la découverte de l’habitat du castor. Plusieurs aventures sont proposées dans le marais. Pour info : eco-odyssee.ca

Labyrinthe suspendu

Au Domaine de la forêt perdue, à Notre-Dame-du-Mont-Carmel, le labyrinthe suspendu comprend 70 jeux répartis sur quatre paliers pour les grimpeurs en herbe (harnais fourni!). Pour info : ­domaineenchanteur.com

Ferme Guy Rivest

Cette ferme familiale à Rawdon, dans Lanaudière, propose pour la première fois cette année son grand labyrinthe, d’une superficie de six hectares. Ayant pour thème les animaux, deux circuits sont aménagés et comptent des devinettes, charades et jeux le long du parcours. Pour info : ­fermeguyrivest.com