Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
À mesure qu’on apprend à connaître Joe Biden, le contraste entre son caractère et celui de Donald Trump apparaît tellement évident qu’un de ses super-pouvoirs pourrait passer inaperçu : son humilité. 
À mesure qu’on apprend à connaître Joe Biden, le contraste entre son caractère et celui de Donald Trump apparaît tellement évident qu’un de ses super-pouvoirs pourrait passer inaperçu : son humilité. 

La leçon de l’humble Joe

CHRONIQUE/ Quand Joe Biden a gagné ses élections, son équipe a publié une vidéo de victoire où on ne voyait nulle part le futur président. Ce n’était pas un oubli.

La vidéo montrait des Américains croqués dans leur quotidien — une femme qui attend le métro, une fillette qui suit ses cours en ligne, un garçon qui lance un ballon de foot, un papi sur sa moto. Le titre : «America The Beautiful», la magnifique Amérique. 

Pendant ce temps, Donald Trump, lui, continuait à fabuler des fraudes électorales et à clamer son propre triomphe. «J’AI GAGNÉ CETTE ÉLECTION, DE BEAUCOUP!» a-t-il tweeté au lendemain du scrutin. Après des semaines de déni, Trump a finalement donné le feu vert cette semaine à son éviction de la Maison-Blanche. 

À mesure qu’on apprend à connaître Joe Biden, le contraste entre son caractère et celui de Donald Trump apparaît tellement évident qu’un de ses super-pouvoirs pourrait passer inaperçu : son humilité.

Joe Biden incarne une sorte de contrepoison à l’autopromotion à la Trump. Il parle au nous, félicite les autres, abhorre la vantardise, reconnaît ses  défaites, ses gaffes, son bégaiement.  

Vous ne l’entendrez pas, comme Donald Trump, dire : «Je suis le seul à pouvoir réparer le système». Il dira plutôt : «Il n’y a jamais rien eu que nous n’ayons pu faire quand nous l’avons fait ensemble». 

La victoire de Joe Biden, c’est aussi le triomphe de l’humilité sur le narcissisme. Et il y a peut-être là une leçon pour nous tous. 

Toutes les grandes traditions spirituelles célèbrent l’humilité. De plus en plus, la science révèle aussi ses vertus.

Professeure à l’Université de l’Arizona du Nord, Heidi Wayment a développé un programme de recherche sur le concept de «l’ego tranquille» ces dernières années. 

Avec d’autres collègues qui ont étudié ce concept voisin de l’humilité, la chercheuse en psychologie sociale a montré que les gens humbles sont moins susceptibles d’être agressifs envers les autres autres, de les manipuler, d’être malhonnêtes ou de polluer la planète sans remords, rapporte un article du site Greater Good, de l’Université Berkeley. 

Selon cet article, des recherches suggèrent que l’humilité n’est pas juste bénéfique pour les autres, mais pour nous aussi. 

Les gens humbles gèrent le stress plus efficacement et affichent des niveaux plus élevés de bien-être physique et mental. Les gens qui cultivent un «ego tranquille» sont aussi plus susceptibles d’être généreux, serviables et reconnaissants. 

Comme beaucoup d’autres, Joe Biden a forgé son humilité à travers la souffrance. En décembre 1972, quelques semaines seulement après avoir remporté les élections au Sénat du Delaware, sa femme et sa fille ont été tuées dans un accident de voiture. Puis, en 2015, Biden a perdu son fils aîné Beau, une étoile montante du Parti démocrate, mort d’un cancer du cerveau à l’âge de 46 ans. 

Dans son livre Promets-moi, Papa (Promise Me, Dad) (2017), Joe Biden raconte qu’avant de mourir, son fils lui a fait promettre de continuer à s’engager dans la vie publique. 

«Alors, qu’est-ce que je veux faire du reste ma vie? a écrit Joe Biden. Je veux passer le plus de temps possible avec ma famille, et changer mon pays et le monde pour le mieux. Ce devoir me donne beaucoup plus qu’un sens; il me donne quelque chose à espérer.» 

L’humble Joe a surmonté les grandes tragédies qui ont marqué sa vie en se mettant au service des autres, et non de lui-même. 

Son parcours est peut-être hors-norme. Il prouve néanmoins que l’humilité n’est pas un aveu de faiblesse, mais une force tranquille.