Durant le festival de floraison des cerisiers de Jinhae, début d’avril, une locomotive de Korail devient un élément de décor sur le vieux chemin de fer de la ville.

La Corée du Sud en trois temps

Depuis une semaine, les Jeux de PyeongChang initient les téléspectateurs du monde entier à l’hiver sud-coréen. C’est toutefois au printemps, lorsque la neige fond au sommet des montagnes et les cerisiers commencent à fleurir, que les merveilles naturelles du pays se révèlent réellement. Visite sud-coréenne en trois temps loin des forêts d’immeubles de Séoul.

Les cerisiers de Jinhae

Dans l’imaginaire collectif, la magnifique floraison des cerisiers est souvent associée au Japon. Pourtant, ces arbres ne fleurissant que quelques semaines par année prennent également racine un peu partout en Corée du Sud. 

Busan, au sud de la péninsule, est la première grande ville sud-coréenne où les branches des cerisiers se drapent de pétales rose bonbon. Une douzaine de jours plus tard, les fleurs colorées envahissent Séoul, puis finalement Gangneung, sur la côte est.

Profitant de cette courte période avant que les pétales ne tombent, des villes et villages aux quatre coins de la Corée du Sud tiennent leur propre festival de floraison des cerisiers. Aucun plus connu que le festival de Jinhae. 

Située à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Busan, la petite municipalité devient l’espace d’une dizaine de jours, début avril, un immense tapis de fleurs roses à travers lequel déambulent touristes, artistes en prestation et vendeurs ambulants. 

Si l’on ne loge pas à Jinhae, mieux vaut sauter dans un autobus tôt le matin pour éviter la cohue du festival. C’est qu’en début d’après-midi, les plus beaux coins peuvent devenir un champ de bataille d’égoportraits où l’on se bouscule pour une photo.

Avant que la foule de touristes n’arrive, toutefois, les paysages sont quasi-irréels. En marchant le long du vieux chemin de fer traversant la ville, on se retrouve entouré de cerisiers dont les branches fleuries viennent cacher le ciel bleu au-dessus de nos têtes. Une pluie de pétales roses tombe doucement sur une locomotive colorée, immobilisée au milieu du rail durant toute la durée du festival. 

En continuant le long du chemin de fer jusqu’à la gare de train, on se retrouve tout près du canal dans lequel coule le ruisseau Yeojwacheon. De part et d’autre du cours d’eau décoré durant toute la durée du festival, des trottoirs de bois bordés de cerisiers sont reliés par une multitude de petits ponts. Une marche au paradis.  

La marée recouvre une pointe de roche à la tombée de la nuit, sur l’île de Jeju. Quelques heures plus tard, le cratère Seongsan Ilchulbong, à l’arrière, se remplira dans l’obscurité de lève-tôt désireux d’y regarder le lever du soleil.

L’île de Jeju, l’Hawaï coréenne

Ce n’est pas pour rien que Jeju, située au large de la Corée du Sud, est parfois comparée à Hawaï. En Asie de l’Est, cette Île volcanique dominée en son centre par le volcan éteint Hallasan jouit de la même réputation de paradis tropical.

En partant des aéroports du sud de la Corée, le vol vers Jeju dure une trentaine de minutes et coûte parfois aussi peu que 20 $. Une fois sur place, mieux vaut éviter la cohue de Jeju City, plus grande ville de l’île, et aller s’installer à Seogwipo, au sud. 

Peu importe où les visiteurs décident d’élire domicile, toutefois, ils peuvent facilement se lancer dans de longues journées de randonnée. L’ascension du volcan Hallasan, plus haut sommet de Corée à quelque 2000 mètres d’altitude, est un passage obligé. Le sentier bien aménagé rend la marche accessible aux randonneurs de tous âges, récompensés une fois au sommet par une vue plongeante sur le cratère du volcan éteint se couvrant de fleurs au printemps et à l’été. 

Pour pleinement découvrir Jeju, il faut toutefois se prévoir plusieurs jours et arpenter le réseau de sentiers «Olle» qui relie le tour de l’île sur 422 kilomètres. 

Le long de petits chemins de terre, les palmiers poussent à côté des conifères et les champs des réputés orangers de Jeju s’étendent à perte de vue. De hautes chutes d’eau entrecoupent les falaises spectaculaires puis font place à des plages de sable blond.

À marée basse, au sud de l’île, on trouve des bassins naturels de roche volcanique où l’eau salée de la mer Jaune est réchauffée par le soleil, parfait pour une petite baignade. À l’est, c’est plutôt une excursion nocturne sur Seongsan Ilchulbong, le «sommet du soleil levant», qui fait courir les foules. Né d’une éruption volcanique sous-marine, il y a plus d’une centaine de milliers d’années, ce cratère inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO émerge de l’océan pour se rattacher à l’île, offrant aux courageux qui montent quelques centaines de marches dans l’obscurité un incroyable point de vue pour admirer le lever du soleil. 

Jeju, finalement, est incontournable pour son unique héritage. Territoire stratégique lors de différentes guerres sur la péninsule coréenne, tombée entre les mains mongoles et japonaises, notamment, au cours de son histoire, l’île possède une culture différente du reste de la Corée et un dialecte qui lui est propre.

Dans cette société matriarcale, la coutume veut, depuis des centaines d’années, que les pères de famille de Jeju restent auprès des enfants pendant que les mères arpentent les fonds marins à la recherche de fruits de mer à vendre. Des talents de plongeuses transmis de génération en génération. Encore aujourd’hui, des femmes aussi âgées que 80 ans enfilent leurs habits de plongée chaque jour, retenant leur souffle en fouillant les eaux peu profondes, ressortant à mains nues des dizaines de pieuvres et autres mollusques prêts à être apprêtés par les restaurateurs de l’île. 

Les pics rocheux de Seoraksan

Les pics rocheux de Seoraksan

Dans les auberges de jeunesse de Sokcho, une soixantaine de kilomètres au nord de la ville olympique de Gangneung, tous les clients sont debout dès les premières lueurs du jour. On déjeune avec une carte ouverte devant soi, s’échangeant des infos sur divers sommets et planifiant la longue journée de randonnée à venir. Si la petite ville de la côte est a tant de visiteurs, c’est qu’elle est la porte d’entrée pour le magnifique parc national Seoraksan.  

En Corée du Sud, la randonnée pédestre est un loisir hautement populaire, particulièrement pour la population plus âgée qui ne se reconnaît pas dans l’obsession collective pour les jeux vidéos. Fort d’un territoire composé à près de 70 % de montagnes, le pays compte pas moins de 22 parcs nationaux. 

Nul n’offre des panoramas plus spectaculaires que Seoraksan, où d’immenses pics de granite déchirent la forêt tapissant les montagnes à perte de vue.  

Accessible au coût de 3500 wons (4 $), le parc offre également des sites de camping pour à peine 2 $. La plupart des randonneurs préfèrent toutefois le confort de Sokcho, sautant dans l’autobus où la voiture à chaque début de journée pour se rendre à l’entrée du parc. 

Comme la randonnée pédestre tient davantage du plaisir que du sport, pour les Coréens, il n’est pas rare de voir des groupes de marcheurs s’arrêter pour un véritable repas et quelques bouteilles de vin de riz au sommet du mont Daecheongbong, le plus haut du parc. 

Les randonneurs plus casse-cou peuvent ensuite se lancer dans un long périple ralliant Daecheongbong à un autre sommet fort populaire, Biseondae. Il faut toutefois s’infliger une éreintante crête de cinq kilomètres d’escalade et de descentes abruptes. Genoux sensibles s’abstenir. 

N’empêche, tous trouvent leur compte à Seoraksan. La marche vers les deux chutes du parc, Yongso et Daesung, se fait en une heure ou moins. Monter sur l’iconique rocher Ulsanbawi, surnommé «crête du dinosaure» pour son long et mince sommet au relief particulier, prend généralement moins de deux heures. 

Le temple bouddhiste de Sinheungsa, finalement, près de l’entrée du parc, vaut à lui seul le détour avec ses charmants pavillons et son immense statue de Buddha. Si l’enceinte du temple peut être visitée gratuitement par les randonneurs, ceux prêts à débourser pour pousser l’expérience plus loin peuvent même s’offrir une retraite de méditation de quelques jours parmi les moines. 

Après une pause au sommet du mont Daecheongbong, au parc Seoraksan, une randonneuse entame le chemin du retour vers l’entrée du parc.